Cette fois-ci, Serge Lutens ne nous attendait pas au Palais Royal. Il avait à nous raconter une histoire, ailleurs et autrement. Une histoire d’eau pour nous déboucher les narines, polluées par un univers trop parfumé. Serge Lutens avait donc choisi de nous recevoir au “15, square de Vergennes” à Paris XV, dans l’atelier Barillet construit en 1932 pour le maître verrier Louis Barillet, par l’architecte Rob Mallet Stevens. Ce bâtiment industriel, magnifique témoin du style “Art Déco”, graphique, épuré et d’une lumière résolument moderne fut le cadre parfait pour présenter cette nouvelle rupture, voulue par Serge Lutens. De même que les vitraux blancs inventés par le maître-verrier fut un tournant dans la profession, l’anti-parfum de Serge Lutens est ce qu’il faut pour oxygéner notre monde, prendre l’histoire de la parfumerie a contrario. Une manière d’être et de vivre, à laquelle Serge Lutens nous a habitués.
Souvenez-vous : Nombre Noir, inspiré par l’armoire à poisons de Catherine de Médicis, tordait le cou en habits noirs de la tête aux pieds aux présentations tapageuses et criardes, trop dorées, trop sophistiquées des parfums des années 80. De même, Féminité du Bois en 1992 balayait les “soupes populaires” des années 90. Depuis, les Salons du Palais Royal continuent de décliner une parfumerie à matières, propre à Serge Lutens, à laquelle il croit et avec laquelle il s’amuse à nous enchanter sur d’autres rives olfactives. L’idée a fait bien des petits chez les voisins… ” L’inceste n’était plus possible” dit Serge Lutens, qui décide de s’imposer une nouvelle rupture, par rapport à lui-même.
Cet anti-parfum, qui fait appel aussi à la mémoire, Serge Lutens l’a commencé il y a 15 ans, peu de temps après Ambre Sultan. Il est un frisson, un sommeil parfait, une chemise propre, une page blanche qui s’envole vers l’avenir. Il s’appelle L’Eau, comme “le chat s’appelle le chat!”. Cette eau est une réaction , afin de trancher avec la fausse odeur qui règne partout. Davantage qu’une eau de Cologne qui se contente, avec bienfaits, de nous rafraîchir, l’Eau de Lutens donne une impression de netteté qui poursuit l’après-bain et le confort donné par le linge frais. D’une ténacité remarquable, elle est “le savon le plus cher du monde”, s’amuse à dire Serge Lutens, qui revendique l’odeur de la “crasse”, derrière celle de la somptuosité des soieries damassées et des manteaux d’hermine. Cette histoire culturelle toute française le ramène aux Rois et Reines de France, qui le font rêver et qui s’ imposèrent dans toute sa parfumerie.
Après ce frisson royal, il revient à la partie propre de la parfumerie. Un parfum blanc comme la neige, un duvet d’oie, une alcôve qui protège le sommeil du Dauphin de France. L’Eau de Lutens, comme toutes ses oeuvres précédentes, reste un parfum d’accords. On est fouetté par quelques zestes d’agrumes qui passent, en volant vite. On s’enfonce dans l’épaisseur des pétales propres du magnolia, qui nous offrent le côté paraffine de la fleur. La sauge salvatrice nous offre les vapeurs propres d’un linge blanc. Reste cette sensation spatiale, pure, diffusante et lumineuse qui s’enfonce dans la peau. Une empreinte oxygénée, qui touche à la notion du plaisir et du luxe : “Le luxe qu’on s’accorde ne peut être qu’à la première personne. Je dirais que la propreté est le départ du luxe. Porteriez-vous des bijoux sales ?” plaisante Serge Lutens. Alors, vite un peu d’Eau de Lutens pour créer cette saine rupture, entre la crasse royale française et la fraîcheur de l’oreiller du Dauphin.
Brigitte Bardot portait dans sa jeunesse “L’Heure Bleue “de Guerlain ! Un détail qui ne m’a pas échappé et que nous révèle la magnifique autant qu’ émouvante exposition Brigitte Bardot “Les années insouciance”, qui se tient actuellement à l’Espace Landowski à Boulogne Billancourt jusqu’au 31 janvier. Organisée et mise en scène par Henry-Jean Servat, écrivain – journaliste et grand ami de l’actrice, elle est plus qu’ une exposition, c’est un hommage à une figure de légende autant qu’ une page vivante d’Histoire de France.
En 1950, elle rencontre l’assistant de Marc Allégret, Roger Vadim, qu’elle épouse en 1952 et ce sera le choc de Et Dieu créa la femme. Devenue lumineusement blonde, elle incarne Juliette Hardy que Vadim définissait ainsi : “Je voulais à travers Brigitte, restituer le climat d’une époque. Juliette est une fille de son temps, qui s’est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société et dont la sexualité est entièrement libre.” Ce fut exactement aussi la vie de Brigitte Bardot, qui fit voler en éclats le corset de la société de son époque. Comme le dit Henry-Jean Servat : “Brigitte Bardot n’est pas convenable. Elle ne l’a jamais été (…) elle ne s’en soucia comme d’une guigne et choisit de vivre pieds nus en portant des carreaux Vichy” L’ exposition met magnifiquement en lumière la vie libre et sans contraintes qu’ elle a toujours choisie. On y comprend l’explosion médiatique sans précédent, au travers de l’assaut incessant de journalistes et de photographes autour de la star. On évoque ses conquêtes : ses quatre maris, nombreux amants, multiples amis qui font de BB un Dom Juan au féminin ! On y voit la Madrague, qui devint grâce à Brigitte Bardot un endroit de légende. On revoit ses innombrables films, émissions de télévision et campagnes de publicité pour lesquelles elle a posé. On l’admire en train de danser : danseuse classique ou danseuse sauvage, Bardot évolue avec tant de grâce et de sensualité. Elle chante plus de 80 chansons, dont celles écrites par Serge Gainsbourg, elle joue de la guitare qui la suit sur tous ses tournages de films ou chevauche une Harley Davidson. Ses talents sont uniques et multiples.
Brigitte Bardot instaure la BB attitude : une moue ravageuse, les pieds nus et les yeux étirés d’eye liner noir, une cascade de cheveux blonds, souvent rassemblés en choucroute. Une allure qui devint un style : un corsaire avec des ballerines Repetto, la taille marquée et les jupes crayons, le bikini et le vichy. On a toutes quelque chose de Bardot ou on rêve de l’avoir ! Véritable icône de mode et symbole de la féminité, elle inspira et continue d’inspirer les grands couturiers, les jeunes filles de l’époque, les actrices et les mannequins. En 1970, elle devient la Marianne et représente la France dans toutes les mairies, par un buste sculpté par Gourdon Aslan.
Brigitte Bardot a inspiré et illuminé son époque. Elle, dont Jean Cocteau disait : “Elle vit comme tout le monde en n’étant comme personne.”, a été photographiée et immortalisée par les plus grands artistes de son temps. Bien plus qu’une icône ou qu’une légende vivante, elle est un mythe, incarnant dans un corps sublime les forces invisibles et les désirs de son temps. De son vivant, elle est entrée dans l’éternité ! Ne vous privez surtout pas de ce beau moment en sa compagnie !
Déjà en 1992, Vanessa Paradis avait joué pour Chanel un conte moderne, filmé par Jean-Paul Goude, illustrant leur parfum Coco. C’était l’histoire d’un petit oiseau et d’un gros chat, un soir d’orage, dans une suite du Ritz. L’oiseau sifflait gaiement dans sa cage dorée. Allongé sur la table, le chat le regardait avec convoitise. Le frêle oiseau avait les traits, l’ovale lumineux, les yeux verts et la fraîcheur de Vanessa. Dehors l’orage grondait et on entendait “Stormy Weather…”. Vanessa Paradis, en collant de danseuse, se balançait à 15 m du sol. Pour aucune de ces scènes périlleuses elle n’avait voulu être doublée. Les Français avaient découvert la publicité, sur leur écran, après ce fût les Américains, puis le monde entier.
Une heure chez Cartier n’est pas seulement celle de la journée. Elle est surtout celle de la vie. Elle rôde délicieusement, se goûte, se sent et se respire et devient sous le nez de Mathilde Laurent un parfum, ou plutôt la nouvelle collection de parfums chez Cartier. “La seule heure qui compte, nous dit-elle c’est celle de la vie !”. C’est pour cela que “Les Heures de Parfum” se vivent comme autant de manifestes. Elles sont l’émanation d’une Maison mais aussi une manière de raconter une histoire dans sa totalité, plutôt que seulement dans un épisode. Elles offrent la possibilité à chacun de nous de se retrouver dans sa vie, comme autant de points sur un plan imaginaire. A chaque heure son parfum, à chaque instant son émotion et son souvenir, sa mémoire olfactive. Mathilde Laurent cite alors Marcel Proust :
Je sors du Palais de Tokyo, où fut inaugurée une magnifique exposition, consacrée aux 30 ans de création artistique de Tyen pour la maison Dior. Au travers de ces sublimes photos, nous assistons à la Rêve-alisation Dior in Tyen. Une mise en scène magique et magistrale, qui prouve une fois encore que Dior est passé maître dans l’art du spectaculaire. Du magnétisme très extraverti.
A toutes les Beauty addicts, je lance l’appel : foncez sans traîner au Palais de Tokyo : pendant 2 jours (les 29 et 30 septembre 2009), vous pourrez admirer gratuitement les plus beaux clichés de celui qui donne le ton des défilés Dior. Depuis 1979, Tyen met ses multiples talents au service du Maquillage Dior en tant que directeur artistique. Ces années d’expériences l’ont fait travailler avec les plus grands photographes de son temps, dont Richard Avedon, réputé pour ses portraits uniques de célébrités.
Toujours des miroirs -mais cette fois noirs- tapissent les murs d’un boudoir, consacré aux anciennes fragrances de la Maison Guerlain, présentées dans des niches lumineuses. Cet espace de transition est merveilleux : vous vous trouvez exactement entre la tradition et la modernité. Enfin, vous parvenez dans la salle des parfums, où cônes à sentir vous révèlent la magie de leur sillage. Un “suivez-moi-jeune-homme” très attractif et qui ne demande aucune résistance : franchissez le pas pour le plus doux des vertiges !
Les histoires d’eaux n’ont guère de secrets pour Roger et Gallet ! Depuis 1862, nous les partageons grâce à cette belle Maison, héritière de la formule authentique de l’Eau de Cologne créée à la fin du XVIIème siècle. Tant de pérennité fait rêver et confère une belle authenticité à son expertise. En 2000, la Maison Roger et Gallet lance des eaux parfumées : Thé Vert, puis Gingembre en 2003, Lotus Bleu en 2006.
Mon été est ainsi parfumé et c’est effectivement divin ! La promenade commence à l’ombre fraîche des orangers, l’esprit s’ apaise dans le bruissement des fontaines qui chargent l’air de mille et une senteurs délicates. Les sens sont comblés par cette nouvelle eau, qui joue sur les différentes facettes de l’oranger : fraîcheur de la feuille et du fruit, suavité de la fleur, profondeur des notes boisées. Ce thème hespéridé boisé convient autant aux hommes qu’aux femmes, se porte au soleil et renouvelle la tradition avec un vrai savoir-faire. L’essence de mandarine fuse, rencontrant l’accord basilic-verveine. En coeur, se trouve l’orange mêlant le néroli à la fleur d’oranger. Un subtil équilibre entre l’amer et la douceur, l’épice et le fruit. En fond, les bois (palissandre et cèdre de l’Atlas) s’allient à la chaleur musquée d’un ambre clair.
Et pour davantage apprécier ce plaisir olfactif, la gamme de Bois d’orange est une merveille de textures et de parfums : savon ou savon liquide, gel bain douche, lait hydratant ou crème très onctueuse pour le corps, déodorant. Mais point d’orgue et délicatesse ultime : la bougie fraîcheur parfumée qui enivre votre salle de bains et prolonge la rêverie.