L’Orpheline de Serge Lutens

La dernière création de Serge Lutens s’inspire de la cendre.

Entre feu et poussière, fumigations montant photoau ciel et cimetière, l’auteur-parfumeur nous conte une histoire issue de ses entrailles, de son enfance la plus intime. Face cachée d’un passé douloureux, ce parfum révèle, sans apitoiement mais violence contenue, le cri d’un enfant, la douleur sourde d’un abandon sans mots mais enfoui sous des maux silencieux.

Comment s’en échapper, sinon par la création ? comment la dépasser si ce n’est pas l’élévation ?

L’encens et les muscs sont là pour lui tendre à la fois un escalier vers le ciel et le réconfort duveteux, qui a si cruellement manqué à l’enfant, à la part orpheline.

sl-lutens Devant tant de douleur, je m’incline devant l’artiste et lui laisse la parole libératrice et plus encore salvatrice.

1) Encore une fille !

Oui, si je considère qu’elle est la part abandonnée de moi-même. Enfant, j’ai coupé le monde en deux. D’un côté, La vaincue – pas la perdante ! – et plus précisément ce qui germait en elle et qu’en moi, je levais ; et de l’autre, Le vainqueur.

Pour un enfant, le monde se résume à trois personnes : lui-même, sa mère et son père. Sans que tous effectuent un choix aussi tranché que le mien, chacun en sera dépendant sa vie durant.

2) Votre choix s’est porté sur la mère ?

Pas la mère, sa blessure ; je la portais. C’est incontestablement une identification.

Comme tout un chacun, ma vie se doit au hasard. Celui fameux du coup de dés m’apparait exemplaire – c’est un sacré numéro – c’est lui qui nous conduit là où nous devions naître ou ne pas être. Je ne reprendrais pas les épisodes signifiants de ma destinée mais, entre ce qui était et mon ressenti, la différence était majeure. Cependant, l’enfant est le voyant : il devine. Puisque j’accordais à la blessure toutes les qualités du féminin, elle m’adouba.

3) A partir de ce temps, faut-il comprendre que le masculin fut nié en vous ?

De ce que par mes yeux il imposait d’officiel : l’armée, l’autorité, le pouvoir, l’ordre, le moralisme, oui. J’étais en guerre avec le Mâle : le mal. Attendu que dès ce moment, je m’invente une femme et nous mets au jour, c’est le baptême du sang.

4) Revenons à l’orpheline. Est-ce vous ?

Non, originellement, c’était une terre vierge, elle m’attirait mais je ne m’y reconnaissais pas ; ce territoire que je me refusais était celui des hommes. Ma mère, elle, était la colère et moi, son fils, sa vengeance.

5) Et le père, où est-il ?

Le père est l’ennemi déclaré. J’étais la haine sur Terre, sur Père.

De la mère, j’étais la figure proue et du père, l’assassin. La plaie ne se refermait pas. Je pouvais m’aveugler mais je voyais : le père était immortel. De lui je gardais le féminin qu’il reniait.

6) Comment avez-vous retrouvé la route du parfum en ce labyrinthe ?

C’est la mémoire, le pardon et de sorte, ce qu’aujourd’hui, il pourrait en subsister : de la poussière. Elle est non seulement au féminin mais n’a pas de pluriel. De ma vie, elle est le sillage, ce qu’il reste quand tout a disparu. Elle est l’invisible qui, voile après voile, là où on l’oublie, se décline en tous gris.

Serge Lutens

L’Orpheline. 50 ml – 99 euros

Disponible à partir du 1er juillet, au Palais Royal – Serge Lutens

A partir d’octobre 2014, dans les point de vente les plus prestigieux.

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Mon nouveau livre : Les 101 mots du parfum chez Archibooks

L101_PARFUM_COVER_17_10a collection de livres « Les 101 mots » me plaisaient beaucoup. Ces petits livres pratiques, au graphisme élégant ont l’art et la manière de partager la connaissance au plus grand nombre. Un BABA qui a de l’allure ! Ecrire les 101 mots du parfum m’enchantait mais au moment d’établir la liste des mots choisis, ce fut corneilien ! Lesquels choisir sans trop renoncer ?

101 mots pour en parler, le chanter, voire même l’acclamer. 101 mots pour s’émouvoir, se souvenir et le décrire. Enchanteur, conteur, séducteur, le parfum attire le nez et l’esprit. En effet, « Cette haute puanteur », ainsi que le nommait Michel de Montaigne –donne naissance à un espace voluptueux, dont la résonance esthétique est capitale. Le parfum ne peut se résumer à une simple marchandise. Il est bien davantage. « Le parfum, c’est l’odeur plus l’homme », disait Jean Giono, soulignant cette nécessaire rencontre entre la peau et l’effluve, pour que s’exprime un parfum, en s’animant sur l’être qui le porte. Il prolonge l’individu, vivant ou disparu par la force de son pouvoir évocateur et émotionnel. Il fait parler le silence. Il habite l’absence. Il est pour Patrick Süskind, auteur du célèbre roman Le Parfum, le " royaume évanescent des odeurs ".

C’est pour cela que j’ai eu à cœur de mettre en valeur, au travers des mots du parfum, tout le romanesque qu’il contient. Un parfum raconte une histoire, celle des êtres et de leur époque. Il touche les sensibilités, unit les cultures, fait chanter les cœurs et il réconcilie les âmes. Le philosophe américain du XIXème siècle, Ralph Waldo Emerson pensait que : « Le bonheur est un parfum que l’on ne peut répandre sur autrui sans en faire jaillir quelques gouttes sur soi-même ».

Ainsi, je vous convie à butiner au gré de ses envies parmi « alambic », « Gabrielle Chanel », « Guerlain », « Henri IV », « Marilyn Monroe », « Paris », « Pyramide olfactive » ou encore « Rites », « Rose », « Ylang Ylang », « Venise » et bien d’autres encore … enfin 90 autres !

J’espère ainsi que ce livre vous aidera dans votre quête du parfum, vous guidera et mieux vous comblera.

Les 101 mots du parfum. Collection 101 lots, Archibooks 2013. 12,90 euros

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Portrait d’une coloriste : Catarina Lopes

 

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Avec ce Printemps éclatant, qui prend les allures d’un été s’invitant en avance, je fus prise d’une furieuse envie de mettre de la lumière dans mes cheveux. Il me fallait absolument un coup d’éclat, afin d’en virer le “terne” hivernal, mais en  en donnant une belle illusion du naturel, tout en nuances. Le bouche à oreilles étant toujours de bon conseil, je suis allée de bon matin à « L’Atelier des Couleurs », un espace dédié à la coloration et aux soins du cheveu, dont je suis heureuse de vous présenter la créatrice et maîtresse des lieux.

Catarina Lopes ouvre les portes de son « atelier écrin », un havre de paix et de sérénité, à toutes celles qui souhaitent une couleur la plus naturelle possible et sans fausse note. « Mon désir est d’offrir aux femmes un travail sur mesure avec des produits et des soins de qualité. J’adapte la couleur à chaque type de visage, en me basant essentiellement sur la pigmentation naturelle de la peau et des yeux. Cela permet de respecter scrupuleusement la qualité du cheveu et de garder une parfaite harmonie entre la couleur des yeux et de la peau », dit Catarina. Et elle dit vrai ! 

Après deux ans passés chez Carita, Catarina Lopes entre chez Christophe Robin où elle est reste 11 ans (elle a 32 ans). Créative, passionnée par les arts plastiques, les couleurs et les mélanges, elle  a une vision de la coloration qui se rapproche du make up. Un art bien à elle, qu’elle a décidé depuis peu de vivre à sa manière et de le partager avec toutes celles ou ceux qui lui feront confiance. Et on le peut !

Abrité dans un élégant appartement parisien, L’Atelier des Couleurs, c’est  un lieu chaleureux, sublimé par le talent de Catarina et de ses collaborateurs, des produits de coloration doux (antioxydant, sans ammoniaque, sans silicones) et des soins musclés (produits Christophe Robin), alliés à un savoir – faire unique pour répondre aux demandes et exigences d’une clientèle avertie. Le résultat est spectaculaire mais surtout en toute discrétion. Je suis sortie, les cheveux brillants, soyeux et lumineux … et le sourire aux lèvres. Comble du raffinement, ce joli appartement est un cocon parfumé, où les plantes et les fleurs s’épanouissent agréablement, éclairées par de jolies bougies, quand ce n’est pas le soleil, venu en hôte, leur caresser les feuilles. Tout en s’occupant de vos cheveux, on vous sert un thé délicieux de votre choix ou autres douceurs de votre goût. Alors, on se laisse aller, on prend le temps de vivre, qui finit enfin par suspendre son vol.

 ©gilles Serrand-VO-IMG_1174 copie Ce lieu ressemble à sa créatrice !

  1. Le principal trait de votre caractère ? la générosité
  2. Votre rêve de bonheur ? de partir de Paris pour aller vivre à la campagne, entourée de rosiers et de soleil
  3. La musique qui vous transporte ? Imany « you will never know »
  4. Votre couleur préférée ? le rouge
  5. Vos héros ou héroïnes dans l’histoire ? Marilyn Monroe
  6. Vos héros ou héroïnes dans la fiction ? Une héroïne d’un roman de Marvel (j’ai un fils de 4 ans)
  7. Vos héros ou héroïnes dans la vie réelle ? ma mère
  8. Le lieu qui vous ressemble ? Couto, mon village au Portugal
  9. Un accessoire qui parle de vous et dont vous ne vous séparez pas ?
  10. Un livre que vous ne quittez pas ? Les quatre accords Toltèques
  11. Votre peintre préféré ? La toile qui vous emballe ? Picasso, son tableau « Dora Maar au chat » me transporte
  12. Le plus délicieux moment de la journée ? chaque fois que je retrouve mon fils, en général en fin de journée.
  13. Votre repas idéal ? un plat bio : du poisson grillé, des tomates et des courgettes
  14. Votre boisson favorite ? le champagne rosé
  15. Avez-vous un parfum fétiche ? Jo Malone « Amber & lavander »
  16. La matière première naturelle qui vous inspire le plus ? le curcumin
  17. Votre première rencontre avec un parfum ? De quel(s) parfumeur(s) admirez-vous le style ?
  18. Votre palette idéale ? un parfum floral ou vert
  19. Jean Patou disait: « Ne faites rien de laid, on pourrait vous l’acheter », qu’est-ce que vous en pensez? ce qui est laid pour quelqu’un ne l’est pas forcément pour un autre
  1. Etat présent de votre esprit ? heureuse

L’Atelier des Couleurs

4, rue Bérenger – 75003 Paris

Du lundi au jeudi de 10h à 19h sur rendez-vous : 01 44 61 19 89

Nocturne le vendredi jusqu’à 22h

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Cartier, La Panthère

 

photo-1 « Toute femme recèle une part de félinité et toute fleur cache des notes animales en son cœur » nous dévoile Mathilde Laurent, parfumeur Cartier.

Et la panthère chez Cartier, c’est bien elle ! La panthère exprime la liberté. Elle est cet animal qui chasse en se tenant cachée et qui attire ses proies grâce à son parfum.  En effet, une tradition grecque considérait que la panthère était le seul animal à exhaler une bonne odeur. C’était ainsi qu’elle attirait ses proies par son parfum, qui exerçait un pouvoir irrésistible sur les autres animaux sauvages.

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Aristote qui rappelait que l’homme est le premier des animaux évoque ainsi le pouvoir de la panthère : « On dit aussi que la panthère, qui se rend compte que les animaux sauvages aiment sentir son odeur, se cache pour les chasser : ils s’approchent tout près, et elle prend ainsi même les biches » Aristote in Historia animalium (IX,6 612 à 614) « D’où vient-il qu’aucun animal n’ a une odeur plaisante sauf la panthère, qui est agréable aux bêtes elles-mêmes : car on dit que les bêtes sauvages la reniflent avec plaisir. » Aristote, Problèmes du Ps.-Aristote, XIII,9,4,907 b35

Puis, Théophraste continue : « « La panthère est de tous les animaux le seul qui sente bon naturellement. La panthère exhale une odeur qui est agréable à toutes les autres bêtes, c’est pourquoi elle chasse en se tenant cachée et en attirant les bêtes vers elle grâce à son parfum. » in De causis plantarum, VI, 5, 2

Ce mythe antique exprime l’ensorcellement lié au parfum, qui entretient des rapports avec la magie et la séduction. Certains de ces mythes vont être récupérés par le christianisme, ainsi celui de la panthère parfumée dont l’haleine odorante attire jusqu’à elle ses proies qu’elle dévore ensuite aisément. La réputation de la panthère gagna ensuite la fabulistique médiévale et les bestiaires, qui s’inspirent du Physiologus, texte rédigé en grec à Alexandrie au IIe siècle. Il y est dit que quand la panthère a mangé et qu’elle est repue, elle dort dans son repaire, puis s’éveille du sommeil le troisième jour et crie d’une voix forte. Et les bêtes qui se trouvent aux alentours entendent ce cri, dont s’exhale toutes sortes de parfums et arrivent attirées par l’odeur, formant un cercle autour d’elle. Ils en tirent du plaisir et repartent en joie. Ainsi, la panthère semble être l’animal le plus beau et le plus chéri de toutes les bêtes. Il n’est plus ici question de chasse mais d’attraction et d’aura naturelle de la panthère.

cartier-broche-panthere_b La panthère, passionnée et insoumise, incarne la féminité de Cartier. Elle prit les traits tout d’abord de Jeanne Toussaint, courtisane très réputée de la Belle Epoque, qui devint la maîtresse de Louis Cartier et qui dirigea à partir de 1933  le département Haute Joaillerie de Cartier pendant plus de 20 années.

Elle fut surnommée « la panthère », ou « Pan-Pan Toussaint » à cause de son caractère farouche et inflexible. De son surnom de jeunesse, Jeanne Toussaint tire l’inspiration de ce qui devint l’animal fétiche de Cartier : la panthère. La broche Panthère est lancée en 1949 : « campée sur un saphir cabochon de 152,35 carats, revêtu d’un pavage de diamants tachetés de saphirs calibrés, la panthère est empreinte de férocité et de sensualité. » . Les clientes les plus inconditionnelles furent la duchesse de Windsor, Barbara Hutton et Nina Dyer. La broche Panthère est devenue un emblème de la Maison Cartier .

nd.314 En 1987, Cartier lance un parfum, simplement nommé Panthère. Les femmes le portent telle une parure et son flacon est un écrin, évoquant un diamant rond de 58 facettes. Composé par Alberto Morillas chez Firmenich, ce fleuri oriental s’ouvre sur un accord pétillant de mandarine et de fleur d’oranger. Le cœur du parfum est un bouquet composé de gardénia, de jasmin et de karo karoundé. L’harmonie du sillage se conclut sur un accord de fève tonka, patchouli, labdanum et bois de santal.

nd.23295 En 2014, Cartier reprend son animal fétiche, au coeur d’un parfum et nous offre La Panthère. Un floral fauve, au pelage chaud et frais à la fois. Ce parfum très texturé n’est pas sans nous rappeler les effluves féminins d’antan, qui continuent de séduire certaines femmes qui ne craignent pas le parfum : Mitsouko de Guerlain (1919) ou Femme de Rochas (1944). Ces parfums fauves, au sens artistique du terme, explosent sur la peau, chauffent les sens et se répandent en un sillage qui capte, attire et enchaîne. Une attraction certaine, un divin enchantement.

Dans le parfum, La Panthère, Mathilde Laurent a joué de la pureté d’une fleur et de sa couleur, qu’elle pousse dans tous ses retranchements,  à sa limite animale. Le gardénia y célèbre le charme de sa Majesté la panthère, piège d’amour tendu, hypnotique. A la fois vive et tapissée de nuances chyprées et veloutées, elle incarne l’animal intelligent et épris de liberté.

Un accord en trois temps, comme une valse : chypre, fleur, musc pour un floral fauve. Le flacon cache  une panthère, sculptée avec virtuosité à l’intérieur du verre, semblant scruter sa proie. Ce flacon magique protège la fragrance, en gardienne du temple. Cette panthère fascine, son faciès facetté fait jouer la lumière solaire, une géométrie parfaite divinise sa sensualité. Clin d’oeil au cubisme pour exprimer cette félinité florale. Il n’y a plus qu’à se laisser chasser et attraper !

Eau de Parfum La Panthère, en vente à partir du 15 mars 2014

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Les Extraits des Exclusifs : 1932, Beige et Jersey

 

EXTRAITS-etuis Comme souvent, on en rêve et Chanel le fait ! Il en est ainsi de la sortie en extraits de parfum de trois formules, issues de la collection des Exclusifs : 1932, Beige et Jersey. « Rare et précieux, l’extrait concentre le parfum dans sa vérité essentielle », nous dit la Maison Chanel. Mais qu’est-ce qu’un extrait ?

Un parfum est une odeur ou plus souvent une composition odorante plus ou moins persistante naturellement émise dans la nature. Les Anciens avaient aussi coutume de dire que lorsqu’une odeur était bonne, on l’appelait « parfum ». Le sens moderne, « d’imprégner d’un parfum » date de 1528.

La notion de parfum désigne aujourd’hui le plus souvent une composition olfactive particulière, proposée conditionnée et dans une certaine concentration olfactive par une Maison de parfums. Un parfum désigne aujourd’hui le plus souvent une composition olfactive particulière, proposée conditionnée et dans une certaine concentration olfactive par une Maison de parfums. Mais aussi, par abus de langage, le mot « parfum » est utilisé  pour désigner aussi bien une eau de parfum, une eau de toilette et même une eau de Cologne

EXTRAIT-1932 Cependant, les différentes déclinaisons d’un parfum ne sont pas des dilutions de concentré dans une plus grande quantité d’alcool, mais bien des compositions spécifiques adaptées à une concentration précise. On pourrait comparer ces différentes concentrations à l’effet de zoom en photographie : le parfumeur donne de la profondeur à un parfum, met en valeur certaines matières, les écrasent ou en utilise des plus neutres, pour révéler toutes les facettes d’un accord, au travers des différentes concentrations d’un parfum. C’est un exercice artistique d’équilibre très subtil et délicat, pour rendre un parfum au travers de ses concentrations, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

En effet, en fonction de la concentration, la formulation n’est pas la même. A chaque concentration, correspond une formulation pour laquelle il n’y a pas de règles et dont les pourcentages ne sont qu’indicatifs et variables, aussi selon les époques.

EXTRAIT-BEIGE Un extrait de parfum offre généralement une meilleure tenue, une plus belle évolution, tout en étant plus subtile et plus proche de l’idée que le parfumeur se faisait de la fragrance qu’il a créée. Il est une composition concentrée de 20 à 40% d’huiles essentielles dans l’alcool presque pur à 90° ou 95°. Il contient généralement environ 20% de notes de tête, 30% de notes de cœur et 50% de notes de fond.

C’est le luxe suprême de la parfumerie, la quintessence du parfum, sa forme ultime et absolue. Aujourd’hui, alors que le parfum s’est fortement banalisé et ne représente plus réellement un luxe, l’extrait reste fidèle durant de longues heures, plus tenace que tous les autres produits de la gamme, plus cher aussi et impliquant une gestuelle précise et éduquée. Il représente la référence du parfum, parfois composé sur mesure, et le savoir-faire suprême de la parfumerie de luxe. Peu de parfums ont leur version extrait de nos jours.

EXTRAIT-JERSEY Message précieux  de séduction, la femme en porte quelques gouttes le plus souvent au creux des poignets ou des coudes, derrières les oreilles, sur la nuque ou dans le décolleté. Une gestuelle très précise, très appliquée, à l’inverse de celle d’ une eau de toilette moins tenace et qui accompagne les différents moments de la journée.

Collier-Comete Pour l’Exclusif 1932 de Chanel, inspiré par  la première exposition de diamants de Gabrielle Chanel présentée en 1932, Jacques Polge y a révélé une interprétation inédite du jasmin, véritable diamant de la parfumerie. Son éclat est rafraîchi par un accord de poire et de pamplemousse pour irradier de tous ses feux, monté dans une quantité insolente de beurre d’iris. Elégant et racé, 1932 tutoie la perfection.

Gabrielle-Chanel-2 Beige de Chanel nous rappelle la citation de Gabrielle Chanel : « Je me réfugie dans le beige parce que c’est naturel ». Dans sa version extrait, Beige rend avec emphase un hommage aux reines des fleurs : l’absolue de jasmin exotique qui se mêle à l’absolu de rose de mai. Une association bien connue chez Chanel, puisque l’on retrouve les deux fleurs dans la plupart des parfums de la Maison. Ce sillage offre à Beige une nouvelle nuance, noble et intense.

Gabrielle-Chanel-1 Jersey de Chanel rend hommage à la lavande, unissant ainsi la simplicité d’un tissu à la modestie d’une fleur. En effet, ce matériau peu noble servait à confectionner les sous-vêtements masculins et Chanel en a fait une révolution de la mode en 1916. La lavande envahit armoires et produits ménagers dans le monde occidental et la Maison Chanel en a fait une merveille exclusive, au territoire ignorant le genre. Arrondie de vanille, de fève Tonka et de muscs, cette variété de lavande appelé Carla fait sortir la fleur de tous ses clichés. Dans sa version extrait, Jersey s’enrichit d’absolue de jasmin exotique, d’absolue de rose de mai sur un fond amplifié de muscs et de vanille. Onctueux et enveloppant comme la matière.

En fait, ces trois extraits des Exclusifs haussent le ton, montent les décibels olfactives, amplifient leur territoire, retiennent le temps mais avec discrétion et élégance. Un paradoxe qui caractérise un parfum de luxe.

Disponibles en boutiques depuis le 28 février 2014

Extrait 15 ml : 185 euros

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Les Parfums Salvador Dali : Dali Wild

« Des cinq sens, l’olfaction est indiscutablement celui qui donne le mieux l’idée de l’immortalité » Salvador Dalí

Cette citation de Salvador Dali me touche particulièrement, car elle nous ramène aux origines du parfum, celles du parfum réservé aux dieux, que les hommes s’approprièrent pour obtenir l’immortalité. Je ne connaissais pas cette phrase bien inspirée, qui m’a donné envie de découvrir les parfums Salvador Dali.

Né en Catalogne, Salvador Dali (1904-1989) connaît le succès en arrivant à Paris, grâce à sa rencontre avec Picasso. Il fut l’un des représentants les plus originaux du surréalisme, exprimant d’abord dans ses tableaux ses obsessions inconscientes. Aux États-Unis, à partir de 1940, il créa des modes, inspira la publicité et connut un succès considérable. Sa passion pour l’art s’étendait au cinéma, à la photographie et à la mode. En effet, pour ce peintre illustre, l’art ne se réduit pas à cette seule discipline. Artiste éclectique, il se passionne pour de nombreux domaines qu’il marque de son empreinte : décoration, design, littérature, joaillerie, publicité, médias, cinéma, parfumerie, édition, sculpture etc.

Il collabore avec Coco Chanel et Christian Dior dans la mode, Peter Brook au théâtre, les magazines Vogue et Harper’s Bazaar, Walt Disney et Hitchcock au cinéma, Maurice Béjart pour des décors de ballet, Man Ray pour la photographie ….Son audace créative unique et son esprit visionnaire si moderne en font aujourd’hui un des artistes les plus prisés de la jeune scène culturelle et artistique contemporaine Artiste adulé, « fou génial », Salvador Dalí, figure emblématique du surréalisme, occupe une place capitale dans l’histoire de l’art
moderne du XXe siècle.

Excentrique à l’extrême, volontiers provocateur et imprévisible, il est avant tout un créateur iconoclaste et avant-gardiste, parmi les plus célèbres de notre temps. Monstre sacré, son panache est légendaire. C’est sans doute pour toutes ces raisons, qu’il est un des artistes auquel sont consacrées tant d’expositions dans les plus grands musées du monde : à Londres, New -York, Los Angeles, Moscou, Osaka, Melbourne, Istanbul, qui attirent des foules de visiteurs, toutes générations confondues. Des artistes et designers de tous horizons comme Jeff Koons, Philippe Starck, Hervé van der Straeten, Serge Gainsbourg et même Lady Gaga revendiquent son influence majeure.

C’est en hommage à Gala, son épouse, sa muse, à laquelle il vouait un amour fou, que Salvador Dalí lance en 1983 son premier parfum. Pour lui, le parfum est « le plus beau messager » des souvenirs et des instants de bonheur… Jean-Pierre Grivory, fondateur et président de Cofinluxe, eut envie de s’adresser à ce créateur au talent multi-facettes. Jean-Pierre Grivory avait la conviction qu’il fallait unir le monde de l’art à celui du parfum, au travers de fragrances inspirées par un artiste aussi emblématique et éclectique que Salvador Dali. La rencontre avec le Maître se passa dans une parfaite osmose et complicité. Il était naturel pour Salvador Dali de s’intéresser au parfum – à la croisée de l’art et de la mode -, une autre forme d’expression artistique. Les Parfums Salvador Dali étaient en marche …

En 1981, achevant son tableau Apparition de l’Aphrodite de Cnide, il fait l’esquisse d’un flacon, en s’inspirant de la bouche sensuelle et du nez de la déesse de la beauté et de l’amour. C’est à partir de ce dessin, que sera lancé en 1983 au Musée Jacquemart André le parfum DALÍ, en édition limitée numérotée et en cristal. La fragrance féminine choisie par le Maître est un accord voluptueux, mariant les essences les plus nobles et les plus rares, de jasmin, la fleur qu’il portait souvent à l’oreille quand il peignait et de rose, la fleur préférée de Gala.

Le parfum DALI est le premier parfum d’artiste au monde, ce « flacon sculpture », véritable œuvre d’art, marque la naissance d’une collection de parfums Salvador Dalí pour femme et pour homme, toujours inspirée de l’univers de l’artiste et dont la célèbre bouche Dalinienne est la signature. « Divin Dalí » comme il se nommait lui-même, nous fait toujours voyager à travers ses œuvres dans la magie de son monde, peuplé de figures oniriques et extravagantes : Aphrodite, Christmas, Roy Soleil, Ruby Lips ou encore Kiss. Effluves et flacons surréalistes nous entraînent aux confins de l’art et du rêve. A chaque nouveau parfum, les Parfums Dali nous offre une invitation au voyage.

La dernière toile olfactive se nomme Dali Wild, sauvagement vivante et séduisante. Le flacon aux atours félins dégage d’emblée une sensualité vibrante, comme les cinq bouches qui y sont sculptées au centre. L’imprimé léopard beige tacheté de noir l’habille, comme une fourrure se pose sur le corps d’une femme. L’univers félin était très présent dans l’univers de Salvador Dali, que ce soit dans ses œuvres ou dans sa vie.

Il apparaissait souvent en public vêtu d’un manteau de léopard et son animal de compagnie était un ocelot, un chat sauvage avec une fourrure tachetée, que lui seul  avait su apprivoiser ! Pour incarner cette femme séductrice et magnétique, l’eau de toilette dégage des accords charnels et envoutants. Ce pacte de sensualité est imaginé par Raphaël Haury autour des fleurs blanches hypnotiques et animales (gardénia, tubéreuse, jasmin sambac, magnolia) et des bois exotiques chauds et sensuels (Zebrano, Mahogany et Okoumé). Ce parfum bien équilibré est sauvage et vertigineux. On pourrait imaginer qu’il ne s’adresse qu’à des femmes, à l’audace surréaliste ! Bien au contraire, il demande à être essayé et porté sans modération !

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« La légende de Shalimar » : une splendeur signée Bruno Aveillan pour Guerlain

 

C’est une merveille, une vision onirique sortie tout droit d’un conte d’Orient, magnifiquement conçue et réalisée pour Guerlain par Bruno Aveillan, réalisateur, photographe et artiste plasticien, à qui l’on doit aussi « L’Odyssée de Cartier ». Une équipe et un matériel dignes d’un long-métrage et une centaine de personnes ont été mobilisés pour réaliser ce film féérique, interprété par l’égérie de Guerlain, Natalia Vodianova. Elle a cette grâce naturelle, cette séduction idéale pour incarner un mythe, celui de Mumtaz Mahal, cette princesse de légende qui a inspiré le plus bouleversant des monuments dédiés à l’amour, le Taj Mahal, mausolée de marbre où rêvent de se recueillir les amoureux et qui a inspiré l’un des plus beaux parfums au monde : Shalimar de Guerlain devenu à son tour une véritable légende de la parfumerie.

C’est au Rajasthan, dans les splendeurs du « pays des Rois », que la légende de Shalimar a été tournée. Là où tout a commencé, il y 400 ans … A l’apogée de la dynastie moghole, Shalimar était le nom donné aux jardins parfumés de Srinagar, Lagore et Kapurthala. Le nom Shalimar signifie en sanscrit « demeure de l’amour », tant ces jardins représentaient le paradis sur terre.  L’empereur moghol qui régnait sur l’Inde au XVIIème siècle, le Shah Jahan et son épouse favorite Mumtaz Mahal s’y sont aimés dans cette luxuriance végétale. Cette histoire et cette palette de douceurs olfactives inspirèrent Jacques et Raymond Guerlain pour la création du parfum Shalimar en 1921, qui devint dès sa sortie en 1925 un immense succès.

A la manière d’un parfum, tout en intensité, en volutes de la mémoire et en émotion, le film raconte ce qui fit de ce parfum un chef d’œuvre, un songe éveillé, une fantasmagorie. Les références aux odalisques sensuelles et voluptueuses de Delacroix et Ingres, la somptuosité des décors naturels, la lumière sublime, la présence du Taj Mahal – hymne à la fidélité et magie de l’amour – nous touchent dans ce film car ils sont les échos de nos désirs profonds et demeurent des symboles éternels. Mais plus encore, tout se joue dans le regard magnétique de Natalia, qui incarne cette princesse belle, aimée mais disparue prématurément. Son regard, alors qu’elle traverse le lac à bord d’une frêle embarcation à tête de paon, est chargé d’émotion et de nostalgie. Son abandon nous ébranle car il suggère de manière subliminale et sensible la disparition de l’héroïne, qui rendit le Shah Jahan inconsolable.

Ce vrai film, qui n’a rien d’ une pub, raconte cette histoire d’amour légendaire, dans une débauche élégante de moyens : on est ébahi par les éléphants lourdement chargés, qui rappellent les 5000 utilisés pour transporter les marbres du Taj Mahal. Ce monument mythique, que l’on voit jaillir des eaux dans une séquence finale vertigineuse. On admire une équipe de grands talents : Hans Zimmer pour la musique envoûtante,qui accompagne les images comme un souffle en crescendo.  La créatrice de mode Yiqing Yin, qui a créé les costumes d’une grande beauté et justesse. Les effets spéciaux aussi spectaculaires que poétiques qui ont été conçus par Digital District.

tumblr ms539tibtG1sfs090o1 1280 550x358 LA LEGENDE DE SHALIMAR Bref, je ne vous en dirai pas plus pour ne pas briser votre surprise mais “La Légende de Shalimar” est un grand film, tourné en 35 mm et en anamorphique. La première diffusion aura lieu le 28 août sur TF1 mais une campagne média, des bandes – annonces, des diffusions dans les salles de cinéma en lumière éteinte complèteront le dispositif. « La Maison Guerlain change d’échelle, souligne son président Laurent Boillot. Ce film, fresque sublime au souffle épique, est l’expression de notre désir de renforcer notre statut de maison de luxe ». Il ne nous en faut pas plus pour nous convaincre du renouveau chez Guerlain et de penser que seules les belles histoires font les beaux parfums. C’est l’épaisseur du rêve, face au temps qui passe.

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