« La nef où elle se tenait, comme un trône bruni, brûlait sur les eaux ; la poupe était d’or battu ; pourpre les voiles, et si parfumées que les vents en défaillaient d’amour. » (William Shakespeare)
Il en est des parfums comme des êtres, certains ont la vocation du bonheur. Créé en 2000, J’adore est un parfum joyeux qui a l’odeur de l’allégresse. Le bouquet floral est le genre idéal pour incarner la féminité irradiante et heureuse, cette déesse moderne au teint d’or et à la chevelure dénouée dont le corps souple ondule avec charme. Le premier grand floral du siècle à la fois très fleuri, très fruité et très musqué brille des notes de tête aux notes de fond. En 2008, il est n°2 des meilleures ventes de parfums féminins. Il se taille aussi une robe du soir ou plutôt un absolu et une concrète. François Demachy, le parfumeur-créateur de Dior a ciselé cet accord lumineux pour mieux révéler de nouvelles intensités florales et susciter des variations dans la gestuelle du parfumage.
Par cette eau de Parfum infiniment raffinée, J’Adore incarne le triomphe de la Haute Parfumerie, qui sait exprimer la noblesse des matières premières d’exception et qui s’appuie sur une expertise séculaire, celle de l’extraction, découverte au cours du XIXème siècle. De cette précieuse matière, aux allures de cire odorante et que l’on appelle la concrète, le parfumeur obtient une substance liquide, l’absolu. Cette expertise ne fait pas que s’apprendre, elle se vit au cœur de la fleur et au flair du parfumeur. François Demachy, enfant de Grasse, connaît bien ce procédé qui a fait la réputation de sa ville et il a choisi de mettre en avant quatre fleurs, parmi les matières premières les plus nobles de la parfumerie : l’Ylang-Ylang, la Rose Turque, le Jasmin Sambac et la Tubéreuse.
Dans l’Absolu de J’adore, François Demachy exalte le cœur précieux des fleurs. Plus riche et moins volatil que l’essence, l’absolu capte la facette la plus secrète et insoupçonnée de la fleur. Ainsi, le jasmin Sambac révèle son double visage : délicat à la manière de la fleur d’oranger mais aussi sauvage et animal. La tubéreuse délivre la senteur voluptueuse et enivrante de sa note fruitée. L’Ylang-Ylang exprime son visage tropical dans la beauté de son composant épicé, si rare dans l’univers floral. Quant à la reine des fleurs, la rose turque, elle vibre en rondeur d’un piquant irrésistible.
Pour habiller et parer de mille feux ce parfum, le flacon était fidèle à la tradition Dior et avait les allures de l’amphore, taillée chez Baccarat. Le col, comme un cou de femme, était paré d’or. Une inspiration qui fut tirée de la Collection Couture Massaï de John Galliano. Le flacon de l’Absolu est coiffé d’ un or légèrement rouge, afin d’exprimer la quintessence de la fragrance. Une gestuelle nouvelle est également introduite en 2008 avec le boîtier précieux, qui renferme la concrète et qui invite à un rituel délicat, nomade et contemporain. En 2010, nous attendons avec impatience les festivités qui vont entourer cet anniversaire. J’Adore n’est-il pas comme une femme : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre ?
Déjà en 1992, Vanessa Paradis avait joué pour Chanel un conte moderne, filmé par Jean-Paul Goude, illustrant leur parfum Coco. C’était l’histoire d’un petit oiseau et d’un gros chat, un soir d’orage, dans une suite du Ritz. L’oiseau sifflait gaiement dans sa cage dorée. Allongé sur la table, le chat le regardait avec convoitise. Le frêle oiseau avait les traits, l’ovale lumineux, les yeux verts et la fraîcheur de Vanessa. Dehors l’orage grondait et on entendait “Stormy Weather…”. Vanessa Paradis, en collant de danseuse, se balançait à 15 m du sol. Pour aucune de ces scènes périlleuses elle n’avait voulu être doublée. Les Français avaient découvert la publicité, sur leur écran, après ce fût les Américains, puis le monde entier.
Une heure chez Cartier n’est pas seulement celle de la journée. Elle est surtout celle de la vie. Elle rôde délicieusement, se goûte, se sent et se respire et devient sous le nez de Mathilde Laurent un parfum, ou plutôt la nouvelle collection de parfums chez Cartier. “La seule heure qui compte, nous dit-elle c’est celle de la vie !”. C’est pour cela que “Les Heures de Parfum” se vivent comme autant de manifestes. Elles sont l’émanation d’une Maison mais aussi une manière de raconter une histoire dans sa totalité, plutôt que seulement dans un épisode. Elles offrent la possibilité à chacun de nous de se retrouver dans sa vie, comme autant de points sur un plan imaginaire. A chaque heure son parfum, à chaque instant son émotion et son souvenir, sa mémoire olfactive. Mathilde Laurent cite alors Marcel Proust :
Je sors du Palais de Tokyo, où fut inaugurée une magnifique exposition, consacrée aux 30 ans de création artistique de Tyen pour la maison Dior. Au travers de ces sublimes photos, nous assistons à la Rêve-alisation Dior in Tyen. Une mise en scène magique et magistrale, qui prouve une fois encore que Dior est passé maître dans l’art du spectaculaire. Du magnétisme très extraverti.
A toutes les Beauty addicts, je lance l’appel : foncez sans traîner au Palais de Tokyo : pendant 2 jours (les 29 et 30 septembre 2009), vous pourrez admirer gratuitement les plus beaux clichés de celui qui donne le ton des défilés Dior. Depuis 1979, Tyen met ses multiples talents au service du Maquillage Dior en tant que directeur artistique. Ces années d’expériences l’ont fait travailler avec les plus grands photographes de son temps, dont Richard Avedon, réputé pour ses portraits uniques de célébrités.
Toujours des miroirs -mais cette fois noirs- tapissent les murs d’un boudoir, consacré aux anciennes fragrances de la Maison Guerlain, présentées dans des niches lumineuses. Cet espace de transition est merveilleux : vous vous trouvez exactement entre la tradition et la modernité. Enfin, vous parvenez dans la salle des parfums, où cônes à sentir vous révèlent la magie de leur sillage. Un “suivez-moi-jeune-homme” très attractif et qui ne demande aucune résistance : franchissez le pas pour le plus doux des vertiges !
Les histoires d’eaux n’ont guère de secrets pour Roger et Gallet ! Depuis 1862, nous les partageons grâce à cette belle Maison, héritière de la formule authentique de l’Eau de Cologne créée à la fin du XVIIème siècle. Tant de pérennité fait rêver et confère une belle authenticité à son expertise. En 2000, la Maison Roger et Gallet lance des eaux parfumées : Thé Vert, puis Gingembre en 2003, Lotus Bleu en 2006.
Mon été est ainsi parfumé et c’est effectivement divin ! La promenade commence à l’ombre fraîche des orangers, l’esprit s’ apaise dans le bruissement des fontaines qui chargent l’air de mille et une senteurs délicates. Les sens sont comblés par cette nouvelle eau, qui joue sur les différentes facettes de l’oranger : fraîcheur de la feuille et du fruit, suavité de la fleur, profondeur des notes boisées. Ce thème hespéridé boisé convient autant aux hommes qu’aux femmes, se porte au soleil et renouvelle la tradition avec un vrai savoir-faire. L’essence de mandarine fuse, rencontrant l’accord basilic-verveine. En coeur, se trouve l’orange mêlant le néroli à la fleur d’oranger. Un subtil équilibre entre l’amer et la douceur, l’épice et le fruit. En fond, les bois (palissandre et cèdre de l’Atlas) s’allient à la chaleur musquée d’un ambre clair.
Et pour davantage apprécier ce plaisir olfactif, la gamme de Bois d’orange est une merveille de textures et de parfums : savon ou savon liquide, gel bain douche, lait hydratant ou crème très onctueuse pour le corps, déodorant. Mais point d’orgue et délicatesse ultime : la bougie fraîcheur parfumée qui enivre votre salle de bains et prolonge la rêverie.
Depuis de nombreuses années, je vis une idylle avec Guerlain ou plus exactement avec l’ un de leurs parfums, L’ Heure Bleue (1912). Il m’ avait emballée, il était ma “part non négociable”, je vous l’ avais déjà raconté. Aujourd’hui, je ne peux plus le porter que dans sa version extrait. Non pas que mes finances se soient considérablement augmentées mais la fidélité que l’ on doit à l’ amour d’ un parfum me porte vers cette version riche, texturée et magnifiquement architecturée. Alors, découvrir un nouveau parfum chez Guerlain est toujours une excitation, un rêve avec l’ anxiété de succomber éventuellement au charme d’ un autre et de laisser derrière moi, celui qui m’ accompagne, me précède et me suit. Un sillage, cela ne se malmène pas, on ne le laisse pas au vestiaire !
Telle une cigale en temps de crise, j’étais partie, sur talons aiguilles, écouter le chant des grillons dans les Salons du Palais Royal. L’été n’était pas encore arrivé, la bise bien venue, mais Serge Lutens, rieur et frondeur, nous avait créé une pinède olfactive. Oubliez le pin des lessiviers et laissez – vous bercer par cette image mentale qui comble nos mémoires. Des aiguilles de pin, une chaleur ombragée, le soleil dont on perçoit avec douceur les rayons, la peau brunie qui dégage une odeur d’été et de fruits épicés. Cri, cri, cri, cri, l’ avez-vous dans les oreilles le chant de la cigale assez folle pour chanter ? Si vous voulez vous offrir cette petite madeleine, filez au Palais Royal, sentez De fille en aiguilles, un boisé oriental gorgé de résine de pin, chauffé de vétiver et d’encens, aiguisé de fruits confits dans les épices. Ne cherchez pas davantage à comprendre la fourmi qui se cache derrière cette fable, remontez juste le fil d’ Ariane. Serge Lutens aime la matière, la prend en partenaire principale, la sculpte à son gré, cassant les bienséances et les idées reçues. Pour moi, le dernier cri de Paris serait un garçon assez fou, pour porter un parfum au nom de fille ! Quelle clairvoyance !
Un bonheur n’ arrivant jamais seul, Fourreau Noir se révèle à moi dans toute la splendeur et la sophistication d’ un tombé impeccable. Du velours de parfum, une fluidité exquise. J’ imagine cette femme, celle que Serge Lutens porte en lui depuis si longtemps, hanter par un soir d’ hiver les arcades du Palais Royal. Elle est fatale, précieuse, presque sacrée. Sa démarche ondule en volutes d’encens et de myrrhe. Son sillage de fève Tonka régale nos narines : une douceur vanillée, un peu de foin coupé et la chaleur musquée de cette merveille de la nature, que les Indiens prenaient pour porte-bonheur. On distingue juste une pointe de lavande, qui n’ a rien de médicinal, rien de barbier mais qui ajoute une note apaisante à ce tableau d’ hiver. Cette femme s’ est évanouie dans ma pensée, j’en garde le parfum et l’ envie tranchante de le porter. Fourreau noir ? oublions l’ endroit où l’ on met son poignard et restons au Palais-Royal, celui des Incroyables et des Merveilleuses, redingote et fourreau de velours noir.