Archives mensuelles : janvier 2009

Les Exclusifs de Chanel : BEIGE

beige Chez Chanel, le beige était déjà une couleur. Gabrielle Chanel l’ avait mise à l’ honneur dès 1916 avec son révolutionnaire tailleur en jersey Rodier, matière jusque là réservée aux sous-vêtements masculins, dont le ton indéfinissable était la preuve du rôle caché  qu’ on leur réservait alors. Ce matériau jugé trop pauvre, trop mou, trop indigne était juste bon pour être porté en dessous. Le beige était considéré par les pesanteurs du passé, comme aussi indéfinissable que le sale. Mais Gabrielle Chanel lui trouva la couleur du sable mouillée, de la terre battue. Elle en aimait toutes les nuances du grège au miel et elle en fit celle de l’ élégance :  « Je me réfugie dans le beige parce que c’ est naturel. Pas teint. »  En effet, le beige est la couleur de la peau, veloutée, sensuelle, chaude et secrète.

Jacques Polge, le nez de Chanel, donne à cette couleur son odeur. Imaginez en la complexité : la peau n’ a-t-elle pas toutes les variations de couleur, de la plus pâle à la plus ambrée, pouvant être saisissable à l’ infini dans sa senteur ? Alors, penchez-vous un peu plus près d’ elle, sentez la s’ envoler, s’ échapper de son apparence, se déployer avec lenteur et volupté . A cette couleur, il lui fallait du léger et du profond. Jacques Polge imagina « un bouquet de fleurs blanches aux reflets blonds : un floral miellé. »

La nature se devait d’ être présente, pour être en accord avec le respect que lui portait Chanel. A la première respiration, on est saisi par la blancheur de la brume qui se dégage, celle d’ une haie d’ aubépines sous la pluie, d’ une jonchée de fleurs de frangipanier dans la brise, d’ une brassée d’ ylang-ylang, d’ une poudre d’ héliotrope. Puis, la terre mouillée, cet humus gonflé d’ indole, se révèle dans l’éclat ténébreux des reines de la nuit : ces fleurs à la blancheur capiteuse. Le lys et le jasmin s’ unissant pour nous donner un doux engourdissement, la tête qui tourne un peu, les oreilles qui bourdonnent. Est-ce l’ abeille butinant le coeur des fleurs pour en faire du miel ?

Beige reste sur notre peau, nous enveloppe avec une douce féminité. Silhouette blanche passant dans un souffle, coeur d’or irradiant dans la lumière. Rien dans Beige n’ est diaphane : ce sillage musqué-poudré a la fine élégance du trouble. Un nouveau chapitre dans la parfumerie très littéraire que nous écrit Jacques Polge.

BEIGE est en vente à partir du 20 février 2009 dans les boutiques CHANEL.

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Portrait d’une juriste très au parfum : Nathalie PICHARD

 

npichard Titulaire d’une maîtrise de droit, pour devenir avocate, Nathalie PICHARD a 39 ans, dont 25 consacrés au parfum ! Elle  a débuté dans le marketing plutôt que dans les prétoires, au sein des marques de parfums et de cosmétiques. Elle démarre en tant qu’animatrice pour Chanel, Guerlain ou Prestige collection, parcourant la distribution sélective. Jean Patou, Paco Rabanne, Serge Lutens… lui donnent la possibilité de se frotter à la formation et à l’organisation des animation terrain. En 2002, souhaitant travailler du côté de la création, elle intègre la filiale française d’un laboratoire anglais de création de parfums pendant 4 ans (CPL AROMAS) où elle est en charge du marketing et de l’évaluation. Quatre années où Nathalie travaille aussi bien pour la parfumerie fine que fonctionnelle.

Forte de ses expériences et de ses rencontres avec de grands parfumeurs, elle choisit en 2006 de se consacrer à la création de parfums en tant que consultante free lance.

Membre de la Société Française des Parfumeurs depuis 1995 et rédactrice du journal “Planète Parfumeur”pendant 10 ans, Nathalie Pichard crée en 2007 WFN , ‘Web Fragrance Newsletter’ une e-newsletter d’actualité internationale sur les parfums dédiée aux créations et aux parfumeurs. Une news  très pointue, lue aujourd’hui par l’ensemble des professionnels de l’industrie.

On peut la suivre nez en l’air et lui faire confiance :  cette parfuManiaque, comme elle se décrit, vient d’une famille grande amatrice de parfums  et  ce sont ses grands parents qui l’ont initiée très tôt au parfum. Au palmarès de ses souvenirs olfactifs, ceux rapportés par son grand-père maternel, d’origine italienne, et grand voyageur, qui faisait collection de tout et n’importe quoi, dont notamment de ‘savonnettes’ chipées dans les hôtels : Nathalie baigne ainsi dans les savons au Coltar Wright, Palmolive vert, les Lux et autres crèmes Harriett Hubbard et Ponds. Lui, se parfumait de Old Spice, du vinaigre de toilette de Lubin ou de 4711. Sa grand-mère paternelle faisait la collection de flacons Guerlain, dont s’ évadaient les odeurs du talc, des poudres, des savons et des crèmes Guerlain, de Vol de nuit, Ode, Jicky et de Mitsouko. Depuis elle utilise depuis toujours la poudre Voilette de Guerlain, et Mitsouko. Mais tout son apprentissage olfactif s’est forgé par les parfums qu’elle a sentis et portés : ceux de sa collection de miniatures. Elle tout porté et elle en a gardé une culture parfum très ‘vintage’, qu’elle continue d’entretenir à l’Osmothèque auprès de Jean Kerléo et de Patricia de Nicolaï plus récemment !

Nathalie Pichard livre sa bonne humeur contagieuse dans le questionnaire de Proust !

nathalie 1. Le principal trait de votre caractère ? L’optimisme enthousiaste

2. Votre rêve de bonheur ? Faire le bien autour de moi

3. La musique qui vous transporte ? la musique classique (Mozart, Bach…) et le jazz

4. Votre couleur préférée ? j’en ai deux que je ne quitte pas: le noir & le bleu marine

5. Vos héros ou héroïnes dans l’histoire ? Cléopâtre – pour le nez et le caractère !

6. Vos héros ou héroïnes dans la fiction ? Quand j’étais jeune : Tintin, Hercule Poirot,…des fouineurs (rires) !

7. Vos héros ou héroïnes dans la vie réelle ? Ceux que j’aime

8. Le lieu qui vous ressemble ? Chez moi et ailleurs

9. Un accessoire qui parle de vous et dont vous ne vous séparez pas ? les bagues de la main gauche

10. Un livre que vous ne quittez pas ? j’en ai tellement !

11. Votre peintre préféré ? La toile qui vous emballe ? La Venus de Botticelli

12. Le plus délicieux moment de la journée ? Après une bonne douche le matin !

13. Votre repas idéal ? Des pâtes, des pâtes, des pâtes !

14. Votre boisson favorite ? Le café

15. Avez-vous un parfum fétiche ? Ceux que je porte : Mitsouko depuis 20 ans, Aromatics Elixir, mais aussi Anteus, Bel Ami, Jicky, les chypres en général

16 Votre première rencontre avec un parfum ? 4711, Eau de Roche (à l’époque), pour moi mais aussi Knize Ten , Jicky , Shalimar, Mitsouko, Pour Monsieur de Chanel…les parfums de mes parents et grands-parents.

17 De quel(s) parfumeur(s) admirez-vous le style ? J’en ai plusieurs mais je citerai le talents de parfumeurs telles que Les parfumeurs de Guerlain, Maurice Roucel, E. Roudnistka, D.Ropion, Karine Dubreuil, Antoine Lie (le Rossy de Palma me transporte en ce moment), Patricia de Nicolai… et plein d’autres.

16. Jean Patou disait: « Ne faites rien de laid, on pourrait vous l’acheter », qu’est-ce que vous en pensez? Je suis contre la laideur mais il faut reconnaître que dans la société actuelle d’hyper consommation, le mauvais goût ambiant et dominant fait mieux vendre malheureusement.

17. Votre devise ? Profiter de la vie car elle est trop courte !

18. Etat présent de votre esprit ? Bien !

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Serge Lutens : Nuit de Cellophane

 imageLa neige était tombée sur le Palais-Royal. Habillé d’ un manteau blanc, le lieu vivait dans une ambiance feutrée, par un froid glacial. Les loups s’ étaient rassemblés, pétrifiés et sages. Les pas dans la galerie résonnaient davantage. Soudain, la porte s’ ouvre, on retient son souffle pour mieux s’ abandonner à ce que l’ on est venu découvrir : le dernier né de Serge Lutens. « Nuit de Cellophane » se dévoile enfin, révélant ses étoiles comme autant de pépites d’ un or mat, sonnant sans trébucher. La chaleur revient et les couleurs se ravivent : jaune, orangé, blanc perlé, abricot irisé. On caresse un crêpe de soie, on s’ abandonne à l’ infinie douceur d’ une peau de pêche, celle d’ une nuit de cellophane, dont l’ auteur nous restitue l’ atmosphère. Le nom lui ayant plu, il en a imaginé la suite !

001_Serge_Lutens_Portrait« Et la nuit se dévoile, découvrant ses étoiles.

Les papillons du soir en lourd vol velouté dansent autour des lanternes.

Les habitants de l’ombre, grillons et autres fous, tous en service secret, envoient leurs S.O.S.

– Mademoiselle, s’il vous plaît ? Mettez tout cela sous cellophane ! »

-« C’est pour offrir Monsieur ? »

– » Oui, à vous, tout simplement » Serge Lutens

Le parfum tourbillonne, frissonne mais ne crisse pas. Ce jasmin asiatique a le fruité de l’ osmanthus, ayant volé l’ écorce de la mandarine. Rien de sucré, que du doux et du précieux que s’ accordent à nous offrir le santal et la myrrhe. Les notes animales, civette et castoreum, miaulent sur la peau. Aucune férocité : un fauve sans les griffes, la sensualité sans agressivité.  De bons accords pour de saines alliances. Serge Lutens s’ amuse, il tire les ficelle d’ un art qu’ il connaît sur le bout du doigt et il nous mène par le bout du nez. Attrapez-le si vous pouvez ! Lui, il est déjà loin, dans un ailleurs olfactif, imaginant de belles histoires !

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