Archives de Catégorie: Notes de fond

Ce qu’il faut savoir

Les Parfums Hermès

 

“Ne nous remerciez pas ! nous ne faisons que faire naître des produits, c’est vous qui les faîtes vivre !” Le fondateur de la célèbre maison, Thierry Hermès (1801-1878) était un artisan harnacheur fabricant de selles. Il se fit connaître par la qualité de ses productions. D’origine allemande, c’est à Paris qu’il s’installe en 1837, dans le quartier de la Madeleine. À la mort de son père, Charles-Emile Hermès reprend les rênes de la maison et dessine le premier sac en cuir, « haut à courroies », ancêtre du « Kelly ».

Ses fils Adolphe et Emile-Maurice s’associent avec lui en 1902 et développent les activités d’exportation et les contacts avec les grands carrossiers. Après la première guerre mondiale, leurs activités s’étendent, et s’adaptent aux activités modernes. À partir de 1922, Emile-Maurice est seul à la tête de la maison, et devant la montée inexorable de l’automobile, diversifie la production et se met à fabriquer des articles de maroquinerie, comme des portefeuilles ou des sacs, et il se lance dans la ganterie et la couture. C’est la soie utilisée pour les casaques des jockeys qui inspire le fameux foulard. Puis ses gendres reprennent le flambeau : Robert Dumas et Jean Guerrand sortent le premier parfum de la maison, Eau d’Hermès, en 1951.

Les parfums d’Hermès ont cherché, dans les années 1960, à rappeler la spécialité originelle de la maison, la sellerie. Sortent Calèche (1961), Équipage (1970) et Amazone (1974). En 1978, Jean-Louis Dumas-Hermès s’installe à la tête de l’entreprise, et entreprend alors de la redynamiser. Il relance la soie, le cuir, le prêt-à-porter et l’horlogerie. Hermès est divisé en trois branches, Hermès sellier, La montre Hermès et Hermès Parfums. Depuis 2004, Jean-Claude Ellena est le nez de la marque, créant des parfums tels que Terre d’Hermès (2006), Kelly-Hermès (2007), Un Jardin après la Mousson (2008), Vanille Galante (2009), Voyage d’Hermès en 2010, Jour (2012) créé par Jean-Claude Ellena, qui s’est inspirée de la lumière du jour pour construire cette nouvelle histoire au féminin. « La lumière est belle quand elle incite l’imaginaire à construire » selon les mots du créateur.

Inspiré par les thèmes annuels d’Hermès, le parfumeur, Jean-Claude Ellena a créé, au gré de ses promenades olfactives, des Parfums-Jardins qui esquissent une nouvelle géographie sensorielle et forment une trilogie sous le signe de l’eau. La toute première escapade se traduit donc dès 2003 par la création d’Un Jardin en Méditerranée. Imaginé comme une aquarelle, le parfum s’inspire du jardin tunisien de Leïla Menchari (directrice de la décoration d’Hermès). Tel un carnet de voyage, il évoque cet univers d’ombre, d’eau et de lumière, sur le thème d’un figuier mâtiné d’agrumes méditerranéens. « La fragrance privilégie l’effet végétal de la feuille de figuier froissée et la fraîcheur amère acidulée d’un zeste orangé sur une structure boisée, aérée par les notes florales légères de l’hédione (une composante du jasmin). Intensités et proportions s’équilibrent pour mieux restituer l’odeur de ce figuier, signe et symbole de la Méditerranée. » Avec Un Jardin sur le Nil composé en 2005, Jean-Claude Ellena inscrit une deuxième destination à son carnet de voyage impressionniste. Une balade dans les îles-jardins du Nil à Assouan est le point de départ de ce nouveau vagabondage olfactif. Mangue verte, lotus, encens, calamus et bois de sycomore sont au cœur de cette ode rafraîchissante. « Sur le chemin du retour d’Égypte, je relis mes notes et griffonne une courte recette composée de parcelles d’odeurs qui se juxtaposent, le parfum a pris tournure dans ma tête. Il me restera à lui donner une forme où tout est dévoilé : à la fois légère et présente, vive et généreuse, comme un écho à ces jardins qui bordent le Nil. » En 2008, Un Jardin après la Mousson explore cette fois les facettes d’une Inde inattendue, lorsque la mousson rend à la terre ce que le soleil lui a pris et chasse le souffle brûlant de la sécheresse. Une renaissance de la nature saisie au Kerala, dans un univers gorgé d’eau. « Le déluge a cessé. Les nuages noirs ont laissé place à un bleu calme et serein. Les canaux sont devenus miroirs. L’air suffocant s’est fait parfum. Je sors mon nez. Le grand jardin respire. Les arbres se redressent. Les feuilles reverdissent. L’herbe se trémousse. De jeunes pousses apparaissent. L’odeur renaît, vive, claire, mouillée. C’est ce jardin accueillant que j’ai mis en flacon ». Gingembre, cardamome, coriandre, poivre et vétiver participent, loin des idées préconçues, à cette nouvelle expression olfactive de l’Inde.

A suivre le 20 mars : Le Jardin de Monsieur Li disponible depuis février 2015

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Le patchouli : une feuille venue d’Indonésie au XIXème siècle pour enflammer l’Europe.

 

Le patchouli (Pogostemon Patchouli) est une odeur addictive, associé à l’amour et à la séduction. En provenance d’Indonésie, c’est une petite feuille verte ou acajou qui une fois coupée fane vite, chargée en huile essentielle. Du tamoul patch qui signifie vert, et ilai feuille. Plante originaire de l’Inde et de Chine occidentale dont on obtient l’essence par distillation à la vapeur d’eau des feuilles séchées, le patchouli est utilisé dans les parfums chyprés, boisés et orientaux. La plante possède une tige velue et ferme, de grandes feuilles odoriférantes et duveteuses et des fleurs blanches nuancées de violet. L’huile essentielle est affinée pendant plusieurs mois pour perdre son amertume. Ses notes camphrées, terreuses et boisées sont particulières. C’est un parfum puissant, enveloppant, un peu camphré mais persistant. Importées en Angleterre au milieu du xixe siècle, les feuilles de patchouli devinrent des éléments de base des sachets, pots-pourris et des parfums à l’époque victorienne. Le second Empire introduit en France le patchouli, prisé en Angleterre dès 1850 et qui connut alors une vogue inouïe.

En effet, c’est alors la mode des châles de cachemire en provenance d’Inde et d’Indonésie. Ces précieuses marchandises, comme la soie également, voyagent sur les bateaux aux longs cours, enveloppées dans des feuilles de patchouli, dont l’odeur est un puissant produit contre les mites. Une fois déballés dans les élégants magasins de la capitale, la plupart situés autour de l’Opéra, il fut constaté que certains châles avaient plus de succès que d’autres, attiraient de manière irrésistible les femmes. On rechercha s’il s’agissait de motifs ou de couleurs pour enfin constater que cette attraction était liée à l’odeur. Ainsi, le patchouli fut introduit dans les parfums et les demi-mondaines, ces cocottes appelées aussi les « grandes horizontales » adoptèrent franchement le patchouli, qui fut associé au parfum de l’amour, voire même aux relents de l’alcôve. Aussi, les épouses légitimes dont les dots servaient en général à entretenir les maîtresses de leur mari, qualifièrent le patchouli d’un parfum odieux, associé à l’ « antichambre de l’enfer » ! Peut-être est-ce de là, que vient l’expression péjorative : « cela cocotte » ou « cela sent le patchouli », pour désigner un parfum de médiocre qualité ou trop lourdement dosé ?

A la fin des années 1960, le patchouli devient la fleur emblématique du Flower Power, liée à la liberté sexuelle et au fait qu’il devint interdit d’interdire. Le patchouli représentait ce nouvel exotisme, issu de l’influence orientale et d’une nouvelle spiritualité pour l’Occident, découvertes lors du Festival de Woodstock en 1969, associant la paix avec la musique. Ce lieu de la culture hippie devint un but de voyage dans les années 1970 et le patchouli utilisé en essence pure en était l’odeur. En 1970, naît Patchouli de Réminiscence, un boisé racé, qui fera le bonheur de toute une génération post 68. Zoé Coste,la fondatrice de la marque, grande voyageuse et amoureuse de l’Orient, découvre à Londres les feuilles de patchouli et leur odeur toute particulière. De retour sur la côte d’azur, elle visite Grasse et rencontre un parfumeur, Monsieur Sozio, à qui elle tend des feuilles de patchouli. Elle lui dit : je veux un parfum qui sent ça ! ».

clinique.jpgAromatics Elixir, créé par la société IFF, est lancé en 1971. Son flacon a la simplicité d’une fiole de laboratoire, il rappelle le lien avec l’univers de la cosmétique. La fragrance est totalement novatrice mais attendue par les femmes : un chypre floral, au sillage envoûtant et reconnaissable entre tous. C’est le premier chypre moderne, très patchouli et floral rose, se mariant aussi avec le santal et la civette.

En 1992, l’accord oriental et sensuel d’Angel de Mugler associe la puissance du patchouli, arrondie par une douceur de vanille et de caramel. Le patchouli sublime les notes gourmandes et donne à Angel un fond mystérieux, très sensuel. La force et l’originalité d’Angel tiennent dans l’association de la note du patchouli aux notes gourmandes. Un équilibre difficile mais nécessaire pour ne pas tomber dans la débauche alimentaire. Depuis, l’accord boisé est devenu la colonne vertébrale des parfums Mugler, rappelant l’architecture de sa mode.

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Venise et les parfums

 

Venise Avec les invasions barbares et la chute de l’Empire Romain d’Occident qui s’ensuivit en 476, les pratiques liées au parfum connurent un déclin. La situation s’améliore aux XII et XIIIème siècle grâce aux croisades et aux marchands qui commercèrent avec l’Orient et plus particulièrement les Vénitiens et les Arabes. C’est là que Venise entre en scène. Au Moyen Âge, Venise est la capitale des parfums, car elle a le monopole du commerce des épices et par conséquent du parfum entre le Xe et le XVIe siècle. Les épices et les matières premières nécessaires à la parfumerie transitaient par la cité des Doges en provenance de l’Inde, de Ceylan, dans les cales des navires arabes, et en direction de toute l’Europe. Les échanges commerciaux en Méditerranée amorcés après la période des Croisades continuèrent, surtout depuis les ports italiens de Venise et Gênes. Ces Républiques acquirent ainsi une grande puissance. Les parfums d’Orient pénétrèrent par Venise en Europe. Venise est la plaque tournante des bois rares, des épices, de la soie, de la verrerie bien- sûr mais aussi des bijoux, des cosmétiques et des parfums. C’est à Venise que le luxe connut son plein essor. L’orient y avait donné rendez-vous à l’Occident pour y exposer les richesses les plus rares.

location_venise_accueil Au XIIIème siècle, les fours qui produisaient le verre furent installés sur l’îlot de Murano, pour des raisons de sécurité et de secret. Ils imposèrent leur art dans le monde entier, grâce aux matériaux exceptionnels qu’offre la lagune, tel ce sable d’une rare finesse qui donne une telle transparence. Les verreries de Muranoi furent célèbres dans l’Europe entière, en raison de la fabrication toute particulière qui y était pratiquée : au verre sodique était ajouté de la cendre d’algues. Les Vénitiens reprirent également la technique du verre coloré mise au point à Alep en Syrie. Les flacons pouvaient être de simples fioles et ampoules soufflées, ou en métal, en pierres dures ou les imitant comme le verre calcédoine ou en polychrome imitant le marbre ou blanc laiteux comme de la porcelaine orientale. Au XVème siècle, l’art du verre atteint son apogée à Venise.

carnaval Au XVIe siècle, Venise est une ville de plaisirs, l’abondance des aromates favorisait la présence des parfums. L’Italie bénéficiait aussi d’un climat favorable qui permettait de tirer profit des fruits. En 1494, Philippe de Commynes, ambassadeur de France, découvre la cité des Doges, il est ébloui. Au cours des banquets, les mets, les tables et les assiettes sont parfumés. Les sauces sont allongées d’eau de rose et pleines d’épices. Lors du carnaval, les déguisements, les éventails et les masques dégagent des odeurs de musc et de gingembre. Les Vénitiennes font décolorer leurs cheveux au soleil après les avoir enduits d’une préparation à base de soufre, d’alun et de miel. C’est tout naturellement à Venise, vers 1555, que fut rédigé le premier traité européen de parfumerie par l’alchimiste Girallo Ruscelli, traduit en français sous le titre de Secrets de Maître Alexis le Piémontais. Grâce à des botanistes allemands et des ingénieurs vénitiens la technique de l’alambic put s’améliorer, le nombre d’huiles essentielles augmenter, et la parfumerie alcoolique apparaître.

chanel à Venise Venise ne cesse d’être une ville d’inspiration et de respiration pour les artistes, peintre, écrivains, poètes, musiciens, qui viennent à Venise pour s’y ressourcer, entre ciel et mer, dans ce labyrinthe mystérieux et glorieux. Ainsi, Gabrielle Chanel y fit son premier voyage à Venise en août 1920. Voyage salvateur et initiatique sous l’aile protectrice du couple José Maria Sert après la mort brutale de Boy Capel, le grand amour de sa vie. Elle se consola de cette cruelle absence dans l’atmosphère changeante de Venise, ville de l’ombre et de la lumière. Elle aimait se réfugier dans les églises, plus particulièrement à la Salute. Gabrielle Chanel trouva dans le riche imaginaire de Venise un renouveau et un second souffle. Elle y développa sa passion de la décoration baroque, dont son appartement du 31, rue Cambon est le plus parfait exemple. Elle contempla les ors de la basilique Saint-Marc. Le Pala d’Oro, fameux retable byzantin du Xème siècle – situé derrière l’autel- inspira les créations de Chanel : bijoux fantaisie, robes brodées au fil d’or etc.  Chez Chanel, l’Orient commence et s’arrête à Venise.

A Venise, on s’y perd et on s’y retrouve…

Photo V.H. Grandpierre. All rights reserved /Courtesy of Vogue Paris

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BOURJOIS avec un J comme Joie : Couleurs et Bonheur !

image L’histoire commence en 1868 grâce à un comédien au nom de conquérant, amoureux des couleurs et créateur de « boîtes à bonheur ». La France est encore seconde puissance mondiale, foyer des arts et de leurs disciples, quand Alexandre-Napoléon Bourjois reprend la jeune activité de Joseph-Albert Ponsin, comédien et cosmétologue. Le jeune entrepreneur se prend d’une ambition internationale pour les « bâtons pour le grime » de Monsieur Ponsin, alors destinés aux comédiens des théâtres parisiens. Près d’un siècle plus tard, en 1980, six millions des fameux boîtiers ronds se vendent par an à travers le monde, alliés de femmes conquises.

image Bâtons pour le grime de Mr Ponsin, lancés en 1863. Les chiffres de 1879 annonçent déjà une franche réussite. La Poudre de Riz de Java, qui éclaircit et veloute le teint, conquiert deux millions de femmes. L’inauguration de l’usine à vapeur Bourjois & Cie, à Pantin en 1891, couronne ce succès mondial. Là naît la « technologie du fard cuit », jalousement conservée depuis cent ans, mère du premier fard pastel disponible en 15 nuances, lancé en 1914. Il est conditionné dans une petite boîte ronde, imitation galuchat, de la couleur du fard contenu. Celui-ci mêle son odeur de poudre et de rose à la légende tel une Madeleine de Proust, accompagné d’une houppette qui deviendra pinceau en 1993. La « boîte à bonheur », emblème de la marque Bourjois, voit le jour dans un monde qui va alors connaître sa première guerre.

Produit lancé en 1879 et vendu à 2 millions d’exemplaires Usine Bourjois & Cie inaugurée en 1891 à Pantin

image En 1924, Bourjois lance son premier parfum qui tranche avec les floraux de l’époque, à base d’huiles essentielles. Mon Parfum est présenté sur le marché par une héroïne imaginaire créée par la marque, Babette. Parisienne séduisante et garçonne indépendante, ses aventures illustrées guident les femmes dans l’art d’être belle. En 1927, Bourjois est toujours présente au sein de la création publicitaire : les visuels imprimés en noir et blanc, vantant les « Parfums et Fards Pastels Bourjois », paraissent dans la presse quotidienne et l’annuaire de la Maison Poiret. En 1936, la marque va plus loin dans son message adressé à des consommatrices optimistes et inspirées : elle légende le dessin d’une femme coiffée d’un bonnet phrygien de l’accroche « La femme votera », brûlant sujet d’actualité.

image Soir de Paris succède à Mon Parfum en 1928. Imaginée par le père du N°5, Ernest Beaux, cette essence ambrée, fleurie et épicée est d’abord lancée sur le marché américain avant de devenir le parfum le plus célèbre de sa génération. Aujourd’hui, son flacon bleu nuit fait le bonheur des collectionneurs.

 

image Les années suivantes et jusqu’à aujourd’hui, Bourjois s’est concentrée sur son expertise de la cosmétologie, du maquillage et de la beauté. Son succès ne s’est jamais démenti en Europe, aux Etats-Unis comme en Asie. Dès 1980, la marque est présente dans plus de 120 pays et les fards ne se destinent plus seulement aux joues : ils s’invitent aussi sur les paupières. En 1995, la douche est féminine et fantaisiste grâce à la gamme « Grains de Beauté » qui introduit l’entreprise dans le monde de l’hygiène corporelle.

 

image Dans les années 2000, la marque se reconnaît par son packaging élaboré, innovant et ludique. Les « boîtes à bonheur » se déclinent en 40 teintes, 18 de blush et 22 de fards à paupières. Plus de 100 créations s’ajoutent par an au catalogue ! La forte identité visuelle de ses publicités est colorée, affirmant toujours l’image d’une parisienne gaie, féminine et active.

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Secrets de Parfum

  MuglerEn 2004, j’ ai écrit le déroulé de ce module d’initiation sur le parfum pour les Ateliers Parfums par Thierry Mugler(wwww.ateliersparfums.com). Il se vit sur une demi-journée. Nous découvrons ensemble des matières premières et des parfums, apprenant ainsi à sentir et ressentir. Nous posons des mots sur les émotions et nous entrons dans le langage, les symboliques et les rituels du parfum. Chaque parfum est un personnage, qui joue un rôle dans cette histoire et dans notre vie. Parfum d’une vie ou d’un moment, on part à la rencontre des odeurs, des vibrations et de nous-même. Un voyage onirique et initiatique au coeur des civilations et du temps présent. De l’Orient à l’Occident, de l’aube de l’humanité à nos jours, les parfums se répondent et s’entendent, comme l’expression idéale de la vie et de l’amour. Le parfum  se vit comme une offrande aux dieux (du sacré au mystique), une offrande à soi-même (du bien-être à l’intériorité) et une offrande aux autres (de la séduction aux interdits).

Acte 1 : L’intimité et l’intériorité : Le parfum pour soi. 

image Histoires d’eaux : L’hygiène, le bain : le parfum sain qui soigne et guérit (aromathérapie, médecine ayurvédique), eau de Cologne et retour des eaux dans le bien-être. Lors de nos errances intérieures, le parfum pour soi est harmonie, pureté et plaisir intime du bain

L’intimité et l’intériorité jusqu’au narcissisme : premier vêtement de peau, le parfum est mémoire vivante de nos souvenirs les plus intimes. Le parfum réveille des choses en nous : La « Petite Madeleine de Proust ». La mémoire sensorielle qui dicte la création en parfumerie.

Retour aux sources du parfum, besoin de Zen, de calme, de dépasser le quotidien. Expérience mystique venue d’Orient et d’Extrême-Orient : le parfum calme, apaise, élève le corps et l’esprit.

 

Acte 2 : la séduction jusqu’à la luxure : le parfum de l’amour

image  Le parfum de l’amour (eros agape) révèle l’éternel féminin et l’idéal masculin dans sa forme la plus aboutie, la plus sexy, la plus érotique. C’est en étant bien dans sa peau et avec soi-même, que l’on séduit.

Le parfum est le plus ancien complice de la séduction, il est l’émissaire du message amoureux, il embellit la vie sentimentale. Rituels amoureux, histoires de phéromones, langage de la peau.

Le parfum est une expression idéale de la séduction, il donne du glamour à l’allure. Le parfum est celui de la rencontre, du coup de foudre, de l’amour jusqu’à sa forme la plus extrême du plaisir.

Eros Agape, plaisir épicurien. Il est un charme en soi.

Acte 3 : l’amour – a mort (Eros Thanatos) : le parfum poison du coeur

image  Le parfum devient sulfureux, envoûtant, narcotique.

Philtres d’amour – d’a-mort- Aphrodisiaques, ils ensorcellent, envoûtent, captent leurs victimes jusqu’à la folie.

Les matières premières capiteuses, indécentes, incitant à la débauche.

Le fétichisme. Les excès et les interdits.

Acte 4 : la libération jusqu’à la provocation : le parfum dissident

 image Le parfum est dissident, trublion de l’ordre social car langage et expression de l’indépendance, de l’insolence et de la liberté.

Les femmes puis les hommes s’en emparèrent comme élément libérateur de leur moi profond. Ainsi, le parfum est le révélateur de la personnalité ainsi qu’un élément d’identification sociale. Une parure invisible dont le discours se situe entre le rêve et l’anxiété, qui marque et expose celui et celle qui le porte.

Acte 5 : la mixité jusqu’à l’ambiguïté : le parfum miroir

 image Le parfum – miroir est androgynie, dans lequel les territoires féminins et masculins se chevauchent. A l’origine, les parfums n’avaient pas de sexe. Imaginés « sur mesure » pour une personnalité, les territoires olfactifs n’étaient pas toujours très définis. Avec le développement du marché de la parfumerie au XIXème siècle, on décréta alors qu’il y avait des parfums d’hommes et des parfums de femmes. Un jeu de miroirs jusqu’au trouble et à l’ambiguïté. où se situent les limites des territoires féminins et masculins ?

Au terme de l’atelier, on est conduit à se poser la question suivante : qu’est-ce qu’un beau parfum ? Même si nous en avons chacun notre propre définition, pourquoi  ne pas rejoindre celle que nous a laissée le parfumeur Edmond Roudnitska : « Le parfum est un acte de pensée poétique ». C’est une définition qu’il ne faut pas oublier à chaque création de parfum et le travail sur le patrimoine devient un territoire de créativité. Les valeurs sont éternelles mais elles épousent les expressions de leur temps.

 Les photos sont celles de l’Exposition « Parfums Promenade », aux Galeries Lafayette dont j’ai écrit la scénographie en 2001 et dont j’étais le commissaire. Takao Hiraï en a signé l’architecture.

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La Quête du Parfum

image Raconter l’histoire du parfum, c’est raconter l’histoire de l’humanité, en commençant par l’histoire des dieux jusqu’à celle de la séduction. C’est dans les temples qu’ est né le parfum et les premières traces de ces rituels sacrés remontent à l’âge du Bronze. L’encens fut ce parfum que les hommes brûlèrent pour porter aux dieux leurs prières et ainsi les séduire. D’où le nom : per fumum, à travers la fumée. Encenser, n’est-ce pas aussi ce qui élève ?

L’ancêtre des parfums, dont on connaît la composition, est  le kyphi égyptien. Encens mystique, philtre mythique de l’Egypte ancienne, il est utilisé par les prêtres en fumigation pour leurs rites religieux mais aussi par les médecins pour ses qualités thérapeutiques et  cet accord de miel, de benjoin et d’encens épicé tournait les têtes des belles égyptiennes, en quête de sensualité. En lui, sont contenues les trois tensions principales du parfum : l’offrande aux dieux (le sacré), l’offrande à soi-même (bien-être et intériorité) et l’offrande aux autres (séduction et amour charnel). image

Le parfum est avant tout une histoire de rencontres et d’amour. Ainsi que l’exprime Jean Giono : « Nus et faibles, les hommes ne purent survivre qu’avec des machineries. Le parfum, c’est l’odeur plus l’homme. »

Le parfum est une saga et chaque moment de l’humanité nous offre ses parfums dans leur diversité comme des promesses de bonheur, au cœur de notre histoire. Cosmos / microcosmos/ l’infiniment grand face à l’infiniment petit. En effet, le parfum est un vecteur qui nous relie au monde, qui nous le fait appréhender.

image Ainsi, nous avons des milliards de cellules sensorielles pour goûter à tous les plaisirs olfactifs.

Des enivrantes vapeurs d’encens pour communiquer avec l’invisible (transcendance)

Des senteurs violentes pour chasser la pestilence, la maladie ou de la douceur pour nous conforter dans le bien-être

Des parfums floraux, capiteux ou charnels pour séduire

Parfum, chimie, alchimie. Que nous en reste-t-il ?

Depuis 1986, je me penche avec passion, en tant qu’historienne et experte du parfum, sur ce sujet aussi capiteux qu’évanescent. D’emblée, il m’a semblé que le meilleur moyen d’en comprendre toute l’étendue et la symbolique était de vivre le parfum autour d’ un parcours émotionnel. C’est ainsi qu’en 2001, j’avais écrit la scénographie d’une installation « Parfum imagePromenades » à la Galerie des Galeries (Galeries Lafayette) et j’avais proposé cette expérience sensorielle, au travers d’un labyrinthe initiatique.

Le parfum s’y dévoilait de façon onirique. Cette histoire était illustrée de parfums (flacons, fragrances, images), de mode (vêtements et accessoires), et souhaitait parler d’émotions au cœur de la vie des femmes et des hommes, en interpellant les visiteurs. 

image Ainsi, notre regard sur le parfum doit s’inscrire dans le mouvement du geste et aussi du temps. Le fil chronologique peut être rompu, afin de privilégier l’intemporalité des grandes aspirations humaines autour du parfum. L’histoire du parfum possède sa propre temporalité mixant passé, présent et futur : le passé éclaire le présent qui se projette dans le futur.

Le parfum est parure, il est aussi langage et reflet d’une société en marche, dont le discours se répond comme un écho d’une époque à l’autre. C’est une constante que je retrouve à chaque fois que je travaille sur un parfum créé ou à venir. Cette histoire, je la raconte aussi depuis 2004 aux Ateliers Parfums par Thierry Mugler, lors d’un atelier « Secrets de Parfum ». Le fil conducteur de cette histoire est de traduire le geste parfumé à travers ses valeurs fondatrices, que l’on pousse jusqu’à leur paroxysme, jusqu’à leur indécence. Lors d’un prochain article, je vous en raconterai le sommaire.

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Gabrielle Chanel ou la modernité (Part 2)

chan vous pouvez retrouver la partie 1 ici

2ème date : 1916 : une silhouette neuve est née !

Arrivée depuis 1915 à Biarritz avec Boy Capel, Chanel décide d’y ouvrir non plus une boutique mais une maison de couture, dans ce lieu de villégiature agréable en temps de guerre où des riches savaient encore profiter et dansaient le tango pour oublier les bruits du conflit. Les commandes affluèrent très vite mais aussi d’Espagne et ses ateliers de Biarritz et de Paris travaillaient à plein rendement. En 1916, Chanel commandait 300 ouvrières et pût rembourser Boy Capel. L’indépendance était sienne.

Cette liberté, Chanel va la trouver aussi dans un nouveau matériau aussi proche que possible du tricot : le jersey. Un tricot fabriqué sur machine qu’elle acheta à Rodier. Un lainage plutôt épais, à grosses mailles, d’une apparence  rugueuse, mais la presse de mode titrait :  » Quels beaux plis souples forme ce tissu! » Chanel en fit une redingote décintrée, arrêtée à mi-jupe, sans ornement d’aucune sorte et presque masculine à force de rigueur. L’ornement s’effaçait au profit de la ligne. Chanel avait la franchise d’affirmer ainsi qu’elle souhaitait des femmes libres et libérées dans des vêtements lâches, qui effaçaient le buste et la cambrure. Les femmes portaient une jupe radicalement raccourcie. Par sa mode et ses innovations, Gabrielle Chanel fit changer les femmes de siècle ! Tout lui réussissait à présent : son affaire était prospère et elle aimait et était aimée par Boy Capel.

3ème date : 1917 : les cheveux courts et teint hâlé

Paul Morand le note dans son journal en mai 1917 : « La mode depuis quelques jours est pour les femmes de porter les cheveux courts. Toutes s’y mettent : Mme Letellier et Chanel, tête de file. » Des siècles de traditions sont abolis et non sans heurts et ruses. En 1903, Colette et Polaire étaient déjà apparues ainsi, créant le scandale et se faisant traiter de « guenons ». Chanel rendit cette mode foudroyante et irréversible. De même que dès 1918, elle a l’audace d’exposer son visage au soleil, se laissant dorer « sans chapeau » mais se protégeant les mains, qui ne devaient pas ressembler à celles d’une travailleuse.

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