Archives mensuelles : mai 2011

SHALIMAR PARFUM INITIAL par J.L. Suchet

Shalimar_plumes_V5-FD-BLANC Personnellement, je ne trouve pas que Shalimar fasse très daté. Comme toute création majeure, il résiste mieux que bien à l’épreuve du temps, preuve qu’il est et demeure un chef d’œuvre odorant. Il a toujours eu mes faveurs. Bien qu’il ait été conçu à la gloire d’une féminité certaine, sensuelle et douce, je ne le trouve pas improbable sur un homme, et j’avoue que, quelquefois, je l’ose.

Pour la petite histoire, Shalimar a été créé en 1921, comme le 5 de Chanel, c’est d’ailleurs leur seul point commun. A vrai dire, le premier créait par Jacques Guerlain, ne connut la gloire qu’on lui connaît qu’à partir de 1925. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il fut lancé aux Etats-Unis, en avant-première, à la suite d’un bienheureux hasard survenu à bord du paquebot Normandie, lors d’une traversée vers New York de Raymond Guerlain et son épouse. Celle-ci, qui testait la senteur, fit sensation. Tous les passagers lui demandèrent quel était le nom de ce mystérieux effluve. La suite, on la connaît : un triomphe fulgurant qui ne s’est jamais démenti.

Il est toujours difficile d’analyser les raisons d’un tel engouement. Shalimar est étrange, paradoxal, doux sans être sirupeux. Si la vanille en surdose joue le rôle majeur avec un brio inégalable, la composition n’en est pas moins étrangement fraiche. C’est là son luxueux mystère, que je ne me risque pas à disséquer. Des parfums qui tiennent le coup – et les ventes – depuis quatre vingt dix ans, on les compte sur les doigts d’une seule main. Si j’évoque Shalimar dans ce billet, ce n’est pas pour lui faire des compliments, il en a eu beaucoup, largement mérités, mais c’est que la maison Guerlain a décidé de faire un nouveau Shalimar, un Shalimar générationnel. Il est facile de comprendre qu’une jeune femme actuelle n’a pas forcément envie de porter le parfum de sa grande tante. Ca fait toujours un peu peur de se glisser dans les atours de tatie. De là à dire que Shalimar n’est plus dans le coup, qu’il n’est plus qu’une vieille rombière juste bonne à la retraite, ce serait lui faire un satané affront.

Mannequin Il est vrai que les parfums de ces années là avaient tendance à cogner un peu, mais, sans nul doute, on se parfumait aussi avec plus de parcimonie. Bienheureux temps ! Il est également certain que ces derniers comportaient pas mal de facettes animales qui, aujourd’hui, datent et peuvent déranger un tantinet. On ne peut pas toujours jouer au vieux ronchon en s’écriant, touche pas à mon Shalimar. Notons, par ailleurs, que pour les nostalgiques la version historique demeure. C’est Thierry Wasser, le distingué nez de Guerlain, qui s’est collé à la version Shalimar Parfum Initial. Revoir « son » grand classique semble être une envie chez quelques grands parfumeurs. On se souvient que Chanel, sous l’impulsion du talentueux Jaques Polge, a sorti un N°5 – Eau Première qui, je dois le dire, est des plus réussis. De son côté Nina Ricci s’apprête à lancer un version « moderne »de l’Air du Temps qui se nommera l’Air, et c’est plutôt joli aussi.

Qu’en est-il pour Guerlain ? De prime abord, la différence entre les deux versions eau de parfum n’est pas si flagrante, l’ambiance et le charme Shalimar sont bien là. La structure originelle n’est pas tellement bouleversée, on reconnaît facilement certaines matières premières d’antan, vanille et bergamote. Néanmoins, lorsqu’on hume de près le petit nouveau, on se rend compte que l’équilibre entre les notes n’est plus tout à fait la même. A vue de nez, les notes florales, rose et iris, se font davantage remarquer, on perçoit également quelques notes fruitées. Le tout est rondement mené grâce à un grand souffle d’hédione. Oui, l’ensemble fait plus jeune, du moins tel qu’on l’imagine de nos jours, mais sans tomber dans une fragrance pour Lolita prépubère. C’est agréable, fatalement chic, forcément très Guerlain, toujours aussi doux, très d’aujourd’hui. Si la tenue est impeccable, le sillage semble plus aérien et un petit peu moins présent que dans la version ancestrale. Au final, cet exercice qui aurait pu être un vrai casse-gueule s’avère être une belle réussite interdite au moins de dix huit ans et au plus de quatre vint ans.

Shalimar, Parfum Initial, eau de parfum 100ml, 104€.

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L’AIR DE NINA RICCI par J.L. Suchet

 

image Retrouvailles avec les parfums Nina Ricci qui, je l’avoue, m’avait laissé un peu dubitatif avec leur précédent opus, Ricci Ricci. Question de goût, de tendance, de tonalité odorante… Et quand il est question de goût, est-il utile de rappeler que tous les goûts sont dans la nature. Ma chère maman me disait souvent : « Il n’y a que le mauvais goût qui sauve », elle ne m’a jamais dit de quoi. N’allez pas croire que je pense que la parfumerie actuelle ait fait sienne les précédents propos.

Dans le flot annuel de créations, il y a, heureusement, de belles réussites, mais aussi de grandes déceptions. Au rayon tsunami et grande lessive, il y en a une à pointer du doigt et du nez, c’est Belle d’Opium de YSL. De quoi faire retourner la mère Denis dans sa tombe. Elle, au moins, s’y connaissait dans la belle lessive… Cette version soit disant « jeune » du somptueux Opium atteint un misérabilisme digne de Cosette. Après tout, l’erreur est humaine, pas les catastrophes.

Cela étant dit, j’imagine aisément pourquoi une poignée de maisons propose une version contemporaine de tel ou tel parfum de légende. Comme nous, certains vieillissent mieux que d’autres, même s’ils gardent de beaux restes. Les faire évoluer sans les trahir est un exercice périlleux dont, Chanel avec son N°5 Eau Première et Guerlain avec Shalimar Parfum Initial, s’en sortent haut la main. Dans ces deux cas, il y a entre la version historique et la nouvelle proposition une filiation sensée et bien tournée.

Le concept de L’Air de Nina Ricci est un peu paradoxal. D’un côté, on nous dit qu’il n’y a aucun pont olfactif entre L’Air du Temps et L’Air, et d’un autre, on conserve une partie du nom de même qu’un flacon – très ressemblant – chapeauté de deux colombes. Sans vouloir jouer au trouble-fête, je trouve que le double jeu est assez patent, comme si l’on avait voulu garder l’air mais pas la chanson. C’est un peu étrange de vouloir suggérer quelque chose tout en changeant complètement l’essentiel, c’est à dire le jus.

En effet, il n’y a olfactivement rien de commun entre les deux créations. L’Air du Temps (1948) est un opulent bouquet floral épicé, tandis que l’Air est un floral boisé, tendrement vert, d’une bien moindre complexité odorante. Deux temps, deux mesures. La nouvelle mesure n’est cependant pas sans charme. Sa structure florale, très serrée, mêle freesia, chèvre feuille, jasmin sambac, magnolia et rose. C’est assez enveloppant sans être trop ardent ni ennuyeux. Et, surtout, on a évité de fruiter l’ensemble pour faire plus jeune, un bonheur que je salue. Le vrai et plaisant souffle de L’Air est dans ses notes boisées: patchlouli et bois de palissandre. De leur côté, hédione et musc blanc apportent la touche de modernité et aussi longueur et langueur au sillage qui devrait, sans nul doute, conquérir des jeunes femmes bien dans l’air du temps présent.

L’Air de Nina Ricci, eau de parfum 100ml, 85€.

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