Archives mensuelles : mars 2008

Le Sillage de la Reine

MA Sillage de la Reine - petite version Marie-Antoinette s’expose jusqu’au 30 juin au Grand-Palais. A cette occasion, venez retrouver ou découvrir son parfum : « Le Sillage de la Reine », en vente dans la boutique du Grand-Palais. Le fruit de cette vente aidera à l’ acquisition par le château de Versailles du coffre de campagne de Marie-Antoinette, attribué à Jean-Henri Riesner.

Dans cet « esprit de parfum » aux ingrédients 100% naturels, on découvre l’intensité de la rose et de l’iris, ciselés de jasmin, de tubéreuse et de fleur d’oranger. Ce bouquet est modulé par de fines touches de bois de cèdre et de santal. Pour parfaire la composition, deux magnifiques notes de fond : le musc tonkin et le précieux ambre gris. Il est fascinant de voir évoluer ce parfum d’une peau à l’autre, d’une heure à l’autre. On réalise combien le naturel est à ce point vivant et permet de faire vibrer le parfum. On revient à la dimension esthétique du parfum, telle qu’elle se concevait au XVIIIème siècle et qu’elle s’appliquait à ce que l’on appelait alors « l’art du parfum ». Il est émouvant aussi d’entrer dans le sillage de Marie-Antoinette, dont on redécouvre aujourd’hui toutes les facettes de sa personnalité.

Elaboré en 2005 en collaboration avec le parfumeur Francis Kurkdjian, M.A. Sillage de la Reine a été conçu à partir d’éléments historiques authentiques issus des recherches, que j’avais conduites pour le livre Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette (coédition Perrin/Château de Versailles). Lors de l’écriture de cet ouvrage, j’avais pu identifier la facture des parfums de l’époque, découvrir le goût de Marie-Antoinette et retrouver la constante des odeurs que la Reine aimait : un sillage hors du commun, tel qu’il est exprimé dans le chapitre du livre « Le parfum de Trianon ». Dés lors, le parfum de Marie-Antoinette s’est tout naturellement appelé « M.A. Sillage de la Reine » et a été présenté au public lors du lancement du livre au Château de Versailles le 6 janvier 2005. Ce qui a été au début un « exercice de style », aussi bien pour Francis Kurkdjian que pour moi-même, est devenu un sillage réclamé par de nombreuses personnes. Pourquoi ne pas le vendre au profit du château de Versailles, qui a besoin de toutes les contributions grandes comme petites ?

Le Château de Versailles a alors lancé une souscription et de nombreuses entreprises ont voulu participer à cette action hors du commun en apportant leur soutien et leur compétence :

– Givaudan (ex. Quest International ) pour la fabrication du concentré de parfum

BPI pour la mise en solution, la mise en flacon et le conditionnement du parfum

Baccarat pour la réalisation de l’édition prestige

Arketip pour la conception de l’édition limitée de 1000 exemplaires

Les cristalleries Portieux pour la fabrication de l’édition limitée de 1000 exemplaires.

Le « Sillage de la Reine » est en vente dans la boutique de l’exposition au Grand Palais ou au château de Versailles auprès de Jean-François Quemin :

jeanfrancois.quemin@chateauversailles.fr

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Gabrielle Chanel ou la modernité (Part 2)

chan vous pouvez retrouver la partie 1 ici

2ème date : 1916 : une silhouette neuve est née !

Arrivée depuis 1915 à Biarritz avec Boy Capel, Chanel décide d’y ouvrir non plus une boutique mais une maison de couture, dans ce lieu de villégiature agréable en temps de guerre où des riches savaient encore profiter et dansaient le tango pour oublier les bruits du conflit. Les commandes affluèrent très vite mais aussi d’Espagne et ses ateliers de Biarritz et de Paris travaillaient à plein rendement. En 1916, Chanel commandait 300 ouvrières et pût rembourser Boy Capel. L’indépendance était sienne.

Cette liberté, Chanel va la trouver aussi dans un nouveau matériau aussi proche que possible du tricot : le jersey. Un tricot fabriqué sur machine qu’elle acheta à Rodier. Un lainage plutôt épais, à grosses mailles, d’une apparence  rugueuse, mais la presse de mode titrait :  » Quels beaux plis souples forme ce tissu! » Chanel en fit une redingote décintrée, arrêtée à mi-jupe, sans ornement d’aucune sorte et presque masculine à force de rigueur. L’ornement s’effaçait au profit de la ligne. Chanel avait la franchise d’affirmer ainsi qu’elle souhaitait des femmes libres et libérées dans des vêtements lâches, qui effaçaient le buste et la cambrure. Les femmes portaient une jupe radicalement raccourcie. Par sa mode et ses innovations, Gabrielle Chanel fit changer les femmes de siècle ! Tout lui réussissait à présent : son affaire était prospère et elle aimait et était aimée par Boy Capel.

3ème date : 1917 : les cheveux courts et teint hâlé

Paul Morand le note dans son journal en mai 1917 : « La mode depuis quelques jours est pour les femmes de porter les cheveux courts. Toutes s’y mettent : Mme Letellier et Chanel, tête de file. » Des siècles de traditions sont abolis et non sans heurts et ruses. En 1903, Colette et Polaire étaient déjà apparues ainsi, créant le scandale et se faisant traiter de « guenons ». Chanel rendit cette mode foudroyante et irréversible. De même que dès 1918, elle a l’audace d’exposer son visage au soleil, se laissant dorer « sans chapeau » mais se protégeant les mains, qui ne devaient pas ressembler à celles d’une travailleuse.

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Opium – Yves Saint-Laurent (1977) part 2

medium_opium_kate_2003  Vous pouvez retrouver la partie 1 ici

Opium commence comme un épicé fleuri auquel est ajoutée une dimension orientale puisque la Chine était le thème de la collection de Saint-Laurent à cette époque. L’interprétation chinoise réside dans l’harmonie réalisée par la combinaison du bouquet épicé floral avec une note très fraîche et une base très chaude. Une association remarquable des contraires que Saint-Laurent définit ainsi : « Opium un parfum sensuel, capiteux et mystérieux, est un mélange oriental qui combine les bois odorants, des épices mordantes et les plus douces des fleurs avec de la myrrhe. »

La révolution consista aussi à augmenter la concentration de ce parfum jusqu’à des niveaux encore jamais atteints en France pour les parfums de prestige, contrairement aux parfums américains qui étaient conçus pour tenir toute la journée. Les françaises, surprises par sa ténacité, trouvèrent à Opium beaucoup de punch et le reçurent comme une autre grande innovation d’Yves Saint-Laurent.

La préparation de la présentation fut une partie de bravoure dans laquelle Yves Saint-Laurent exprima toute sa légendaire créativité. L’idée de départ restait l’inro du samouraï, pièce ancienne en bois laqué, que le designer Pierre Dinand interpreta. Mais, la vraie laque aurait coûté une fortune et l’objet fut recopié dans un Nylon magnifique. Yves Saint-Laurent ajouta une cordelette et un gland noir, changea les caractères du logo, ceintura le goulot d’un bracelet or. Autant de modifications brillantes et s’inscrivant à merveille dans l’univers Saint-Laurent mais ô combien coûteuses à réaliser. Tout rappelait l’Impératrice de Chine.

En octobre 1977, Opium  était lancé en France puis étendu à l’Europe. La réaction s’avéra extraordinaire. Opium était un événement : comptoirs pillés, vols de camions. Et cela en dépit du prix élevé d’Opium, volontairement positionné dans le sélectif, aux côtés des parfums les plus chers comme Joy de Patou ou Bal à Versailles de J. Desprez. Opium venait renforcer l’image « exclusive » de Saint Laurent dans les parfums de luxe. Aux États-Unis, Opium fut lancé dans le même positionnement en septembre 1978 et de façon brillante. Une soirée mémorable de lancement fut orchestrée sur le navire Pekin qui mouilla au port de South Street à la pointe de Manhattan. Oriflammes de soie pourpre, orchidées blanches, lanternes chinoises, coussins épais, flots de champagne, buffets somptueux et prolifiques au son de musique disco, de ballets orientaux et chinois. Opium  fut l’objet d’une énorme controverse organisée par les activistes des ligues anti-drogue. Des manifestations qui firent un « coup de pub » involontaire au parfum et qui en augmentèrent les ventes déjà importantes. Les esprits se calmèrent peu à peu et l’on cessa d’associer le parfum à la drogue.

En s’offrant un flacon d’Opium, la femme accède à un paradis artificiel dans lequel elle brise tous les tabous, se libère et s’évade. Elle vit une vision orientaliste d’amour, d’enchantement et de mode. Cette vision paradisiaque est pour Yves Saint-Laurent celle qui est au coeur du triomphe du parfum. La femme entre dans le faste et le sacré, se nourrit d’opulence et de sensualité afin d’atteindre un nouvel état d’être, spirituel et absolu.

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Indult : C16

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  C16

L’indult est un vieux mot français, qui signifiait les privilèges accordés à certaines personnes par le roi ou le pape. Aujourd’hui, Indult est une nouvelle marque alternative de parfums qui souhaite renouer avec l’idée exclusive et confidentielle du parfum, comme à l’époque où le parfumeur était attaché à la Cour ou à une personnalité du Royaume et ne créait que dans l’unicité autour de matières premières naturelles. Déjà,  trois fragrances avaient été proposées, chacune éditée à 999 exemplaires seulement. Seule la personne ayant acheté le parfum peut le recommander. Les trois premières fragrances, créées par le parfumeur Francis Kurkdjian s’appellent Isvaraya (‘divin’ en hindi), Tihota (‘sucre’ en polynésien) et Manakara, du nom d’une région de Madagascar réputée pour ses litchis.

En mars 2008, Indult continue son épopée et présente C16, un nom énigmatique comme celui d’un agent secret, vendu en exclusivité chez Colette à Paris. Francis Kurkdjian a travaillé une note inspirée de l’odeur originale et originelle du musc tonkin. Le musc est une sécrétion qui se trouve dans une poche ou vessie sous le ventre du daim musqué, chevrotain mâle, animal de la famille des moschidés, ruminant qui habite dans les montagnes de la Chine, du Tibet et du Tonkin.  C’est un animal grand comme un daim. Il a le pelage rude, deux petites cornes et deux crocs s’avançant de la mâchoire supérieure et lui servant à déraciner les herbes aromatiques, dont il fait sa nourriture et dont il tire son odeur. Le mâle seul possède ce précieux parfum et marque son territoire grâce à son odeur de sécrétions. À l’état frais, le musc a la consistance du miel et une couleur rouge-brun. En séchant, il forme une masse dure, granuleuse, brun noirâtre, d’odeur très forte, plutôt agréable en très petite quantité mais très pénétrante et caractéristique. Les chinois ont été les premiers (dès l’Antiquité) à connaître et à apprécier le musc. Non seulement, ils en aimaient passionnément l’odeur mais en plus ils lui attribuaient une foule de propriétés thérapeutiques, et l’employaient pour guérir les maux de tête. Dans la parfumerie traditionnelle, le musc était nécessaire dans les compositions pour faire tenir le parfum, lui donner de l’adhérence sur la peau. Il jouait le rôle de fixateur. Une note animale indispensable, qui pouvait aussi être travaillée en finesse et perdre sa bestialité. On disait aussi que sa présence chauffait la peau. C’est donc un retour aux sources, vers une odeur que l’on avait oubliée et surtout refoulée, que Indult nous propose avec C16, édité à 213 exemplaires uniquement. L’exclusivité a un chiffre !

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OPIUM – YVES SAINT-LAURENT (1977) Part 1

YSL_Opium_w_wp05 Opium, un nom sulfureux synonyme de révolution en parfumerie. Une autre voie ouverte au luxe et à la sensualité qui explose en une synergie parfaite entre le parfum, le nom, le flacon, le prix et la publicité. Opium, c’est tout le luxe de l’Orient proposé aux femmes, qui redécouvrent ainsi la richesse des parfums orientaux oubliés depuis des années.  Cependant, il fallait oser cette  » brassées de fleurs de feu », le rouge, le pourpre et l’or de la luxuriance orientale. Un parfum de mystère, à relent de scandale dont la gestation fut une véritable saga.

Tout commence en 1972 chez Saint-Laurent avec cette intuition qu’il existait à nouveau chez les femmes jeunes, un désir de parfum tenace et opulent qui les fasse rêver et s’évader dans un autre monde, un paradis artificiel en somme mais inoffensif !

Seul Saint-Laurent pouvait alors se permettre de baptiser un parfum Opium et d’en faire un phénomène de mode. Couturier avant-gardiste, sa réputation était à son sommet mais il eut pourtant à se défendre des ligues anti-drogue qui l’accusèrent d’incitation à la drogue.

« Je veux un parfum pour l’Impératrice de Chine » proclamait alors Yves Saint-Laurent qui avait imposé d’emblée le nom d’Opium, inspiré par un inro et son netsuke, dans lequel les samouraïs portaient leurs médicaments et leurs boulettes d’opium. Yves Saint-Laurent mit son âme et son coeur dans ce parfum, souhaitant qu’Opium soit captivant et évoque tout ce qu’il aime : l’Orient raffiné, la Chine impériale, l’exotisme. Né en 1936 à Oran, en Algérie il est pétri d’ambiance orientale et souhaite s’exprimer à travers la création de ce parfum, comme il le fait avec ses robes. Opium n’avait donc pas le même écho pour lui que pour ceux qui l’associaient seulement à une drogue. Ce nom représentait un symbole de sa création et disait-on à l’époque, il aurait traversé l’enfer pour faire arriver ce projet tant son intuition lui disait qu’il mettrait le monde aux pieds de ce parfum.

Ce parfum en effet allait créer un tournant dans l’histoire de la parfumerie. Conçu comme un parfum de tête, il devait conquérir les deux côtés de l’Atlantique en donnant une impression de modernisme, d’élégance, d’enchantement, de sophistication et de mode. En somme, un parfum puissant et moderne, qui ne devait cependant pas oublier l’élégance française. La formule fut donc créée par l’École Roure et prit son inspiration auprès de grands classiques de la parfumerie française comme Shocking (1937) de Schiaparelli ou Tabu (1932) de Dana qui outre la même filiation olfactive (accord patchouli-oeillet) avaient en commun des noms sulfureux. Opium sortait donc de la mode des chypres floraux comme N°19 de Chanel ou Rive Gauche et répondait à un inconscient désir de volupté.

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Gabrielle Chanel ou la modernité (Partie 1)

st_chanel1 Evoquer la vie et l’œuvre de Mademoiselle en peu de mots est un exercice difficile. Comment résumer une personnalité qui fut décrite par André Malraux comme l’un des personnages les plus importants du XXème siècle avec De Gaulle et Picasso !!! XXème siècle et pourtant Gabrielle Chanel naquit en 1883 ! Cette année là ; le Pont de Brooklin était inauguré par le Président des USA, le tsar Alexandre III et la tsarine se faisaient couronner empereur et impératrice de toutes les Russies. La France hissait son drapeau sur la citadelle d’Hanoï mais aucun journal ne signalait la naissance de Gabrielle Chanel. Fille d’un couple de mercelots d’origine cévenole non mariés et fort pauvres, elle avait vu le jour dans un hospice de Saumur. Orpheline de mère très jeune, elle fut abandonnée par son père et élevée aux frais d’un couvent. Elle fut surnommée Coco lors de ses essais de chanteuse à la Rotonde de Moulins puis devint coco Chanel et régna à sa manière sur le monde. Mais comment en arrive-t-on là ? Quelles furent les ruptures qui engendrèrent chez Gabrielle Chanel tant de succès ?

Il semblerait que sa personnalité créatrice soit l’incarnation de la modernité. Étymologiquement, le terme « moderne » est issu du grec « modos » qui signifie « d’aujourd’hui ». Être moderne, en définitive et en excluant toute définition philosophique ou politique, c’est avant toute chose, vivre avec son temps et non pas désirer conserver ce qui est jugé ancestral.

Gabrielle Chanel en a à sa manière sa propre définition : « La mode n’existe pas seulement dans les robes ; la mode est dans l’air, c’est le vent qui l’apporte, on la pressent, on la respire, elle est au ciel et sur le macadam, elle tient aux idées, aux mœurs, aux événements. ». En effet, la modernité n’est rien d’autre que ce qui s’inscrit dans une époque.

Aussi, évoquons ensemble ces  ruptures introduites par Chanel pour instaurer la modernité. Je vous donne rendez-vous autour de dates importantes dans la vie de Coco Chanel.

Coc1ère date : 1913.  Gabrielle Chanel ouvre une boutique à Deauville.

 J’y vois deux révolutions qui ont un lien entre elles.

La première est d’ordre privée, liée à sa condition de femme. Chanel a 25 ans quand un fils de bonne famille, issu de la haute bourgeoisie, lui propose quelques années plus tôt non pas de l’épouser mais de partager sa vie. Etienne Balsan en fit ainsi son irrégulière. Elle mène à ses côtés une vie de château, entourée d’une joyeuse bande de fils de famille et de leurs entretenues mais déjà elle sait imposer un style qui lui convient et elle y rencontre celui qui fut son grand amour et qui lui donna les moyens de se sortir de cette situation irrégulière. Cet homme, c’est Boy Capel. Il devint son commanditaire car il croyait avant tout en son talent. Elle, à la nature frondeuse, rêvait déjà de s’exprimer et d’être libre des hommes, grâce aux fruits de son travail. Chanel incarne ainsi une révolution dans la condition féminine de l’époque.

La 2ème révolution tient dans sa conception du corps.  En 1913, elle lance à Deauville la mode sport. Elle le dit elle-même, elle a créé une mode qui lui convenait. Elle était déjà apparue aux courses en 1910 en redingote, cravate et canotier, qu’elle emprunte à Balsan et à ses amis dandies. Elle avait déjà créé des chapeaux que toutes ses amies s’arrachaient dans sa garçonnière du Bd Malesherbes. Cette mode 1900, lourd héritage du XIXème qui tranformait les femmes en abats-jour volumineux et sans grâce, était en train d’être aboli sous ses ciseaux. «  je savais que tout ce qui était riche ne m’allait pas. Je ne tenais qu’à mon manteau en peau de bique et à mes pauvres habits ». Elle serait à l’opposé des trois grands fournisseurs du gotha : Worth, Doucet, Poiret et elle saura les braver.

En 1913, une poignée de privilégiés connaissent les plaisirs de la côte normande. On se rendait à la plage comme à la ville, habillé de pied en cape de manière très inconfortable. Elle allait donc inventer une mode de détente, de plein air, se gardant des inspirations passéistes mais reprenant à son compte des formes jugées trop populaires. Elle loua une boutique rue Gontaut-Biron, rue chic, où elle employa deux aides et se mit au travail ; Une boutique de chapeaux, auxquels s’ajoutèrent vite des blouses, des vestes et cette fameuse marinière, inspirée du costume des marins normands. Sa jeune tante Adrienne lui emprunta des vêtements et joua le mannequin vivant sur les planches de Deauville . La clientèle doubla. Le célèbre caricaturiste Sem lui fit une belle publicité dans un de ses albums « Le vrai et Faux chic ».Sem rendait hommage au vrai chic incarné par la mode que créait Gabrielle Chanel.

En 1914, à la faveur d’un été brûlant, Chanel tailla dans un tissu des sweaters de Boy, le premier maillot de bain, chaste encore mais tellement plus confortable. Lorsque la guerre éclata, elle resta à Deauville et ses tailleurs lâches et désinvoltes permirent aux femmes de marcher, libres de leurs mouvements. La tenue Chanel devint la tenue du moment. « Un monde finissait, un autre allait naître. Je me trouvais là, une chance s’offrait, je la pris. J’avais l’âge de ce siècle nouveau et c’est à moi qu’il s’adressa pour son expression vestimentaire ». Le siècle nouveau en effet, Péguy nous dit que les siècles n’ont pas toujours 100 ans et c’est bien en 1914 et non 1900 que le XXème siècle naquit. Il prit les habits couleur Chanel.

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2008 : un anniversaire chez Guerlain

guerlain2 En 2008, Guerlain fête ses 180 printemps. Depuis cinq générations chez Guerlain, la femme est une muse, au travers d’un jeu de correspondances olfactives, qui constitue l’essence même de la séduction. Près de deux siècles d’histoire d’amour et 726 parfums créés, que je vous propose de retrouver au fil des semaines par de petits billets parfumés. C’est chez Guerlain, il faut bien que je vous l’avoue, que j’ai eu mon premier coup de coeur olfactif : « L’Heure Bleue », un « double je olfactif », qui reste mon cocon. Je vous en dirai quelques mots, quand l’heure sera venue !

Cette belle histoire commença un jour de 1828, lorsque Pierre-François-Pascal Guerlain, parfumeur chimiste de son état ouvrit boutique au rez- de- chaussée de l’Hôtel Meurice à Paris, lieu de résidence de la haute société cosmopolite.

 L’audace d’un « nouveau nez » de la parfumerie 

 Du nez, il en avait tout comme le sens des affaires et l’audace de transformer ses convictions en réussites. Fils d’un potier d’étain et marchand d’épices, il naquit à Abbeville en 1798. A 19 ans, il s’engage comme « commis-marchand et voyageur » pour de grandes maisons de parfumerie de l’époque. Il sillonne la France et l’Europe. En 1826, il monte une société commerciale à Londres, où il importe des produits français, dont l’Eau de Cologne Jean-Marie Farina dont il fut l’élève. Là-bas, il acquiert aussi la connaissance des produits anglais si réputés en France. En effet, lorsqu’il revient à Paris, l’anglomanie fait toujours rage et il ne tarde pas à recevoir dans son échoppe de la rue de Rivoli, les dandies et élégantes venus lui acheter la fameuse Lotion Gowland, importée d’Angleterre ou encore ses premiers parfums sur-mesure. Théâtres, opéras, bals et personnalités du Gotha international sont parfumés par ce nouveau venu dans le monde de la parfumerie, au talent si affirmé. Lord Seymour, arbitre des élégances, se déclare son protecteur attitré. Le succès qui est déjà au rendez-vous le pousse à déménager et il prend boutique en 1840 dans la « chaussée la plus mal pavée de Paris », au numéro 40, que l’on nomme « rue de la Paix ». Visionnaire toujours, c’est en « pleine campagne », à l’ombre de l’Arc de Triomphe, qu’il installe son usine. La consécration arrive en 1853, lorsqu’il obtient le brevet de fournisseur impérial, pour son Eau de Cologne qu’il offre à l’Impératrice Eugénie de Montijo, épouse de l’Empereur Napoléon III. Le flacon aux 69 abeilles est semi- manufacturé,  innovation pour l’époque et hommage à l’Empire. Aujourd’hui, on le commande toujours chez Guerlain.

 Une maison familiale 

arbre_genealogique_guerlain A sa mort en 1864, la gestion de la maison reste familiale puisque ses deux fils Aimé et Gabriel se partagent en fonction de leurs compétences la création et la gestion. Aimé crée « Jicky » en 1889 et Gabriel installe Guerlain aux Champs – Elysées en 1914. Deux pas en avant vers la modernité : l’un qui instaure un art du parfum qui suggère davantage qu’il ne reproduit, en associant les notes de synthèse aux produits naturels. L’autre de s’installer dans cette avenue qui vient d’être inaugurée, avant de devenir la plus belle du monde. De leur père, ils ont retenu la leçon : « Faites de bons produits, ne cédez jamais sur la qualité. Pour le reste ayez des idées simples et appliquez-les scrupuleusement ». Tout l’esprit de Guerlain repose sur cet héritage, qui est le terreau de la marque : l’audace, la qualité et le savoir-faire qui fondent l’expertise, l’esquisse d’une empreinte olfactive matinée d’épices et d’eau de Cologne, une clientèle élégante et cosmopolite, le luxe et l’unicité des compositions qui à défaut de ne plus être seulement sur mesure, restent uniques.

   

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