Archives mensuelles : novembre 2008

Secrets de Parfum

  MuglerEn 2004, j’ ai écrit le déroulé de ce module d’initiation sur le parfum pour les Ateliers Parfums par Thierry Mugler(wwww.ateliersparfums.com). Il se vit sur une demi-journée. Nous découvrons ensemble des matières premières et des parfums, apprenant ainsi à sentir et ressentir. Nous posons des mots sur les émotions et nous entrons dans le langage, les symboliques et les rituels du parfum. Chaque parfum est un personnage, qui joue un rôle dans cette histoire et dans notre vie. Parfum d’une vie ou d’un moment, on part à la rencontre des odeurs, des vibrations et de nous-même. Un voyage onirique et initiatique au coeur des civilations et du temps présent. De l’Orient à l’Occident, de l’aube de l’humanité à nos jours, les parfums se répondent et s’entendent, comme l’expression idéale de la vie et de l’amour. Le parfum  se vit comme une offrande aux dieux (du sacré au mystique), une offrande à soi-même (du bien-être à l’intériorité) et une offrande aux autres (de la séduction aux interdits).

Acte 1 : L’intimité et l’intériorité : Le parfum pour soi. 

image Histoires d’eaux : L’hygiène, le bain : le parfum sain qui soigne et guérit (aromathérapie, médecine ayurvédique), eau de Cologne et retour des eaux dans le bien-être. Lors de nos errances intérieures, le parfum pour soi est harmonie, pureté et plaisir intime du bain

L’intimité et l’intériorité jusqu’au narcissisme : premier vêtement de peau, le parfum est mémoire vivante de nos souvenirs les plus intimes. Le parfum réveille des choses en nous : La « Petite Madeleine de Proust ». La mémoire sensorielle qui dicte la création en parfumerie.

Retour aux sources du parfum, besoin de Zen, de calme, de dépasser le quotidien. Expérience mystique venue d’Orient et d’Extrême-Orient : le parfum calme, apaise, élève le corps et l’esprit.

 

Acte 2 : la séduction jusqu’à la luxure : le parfum de l’amour

image  Le parfum de l’amour (eros agape) révèle l’éternel féminin et l’idéal masculin dans sa forme la plus aboutie, la plus sexy, la plus érotique. C’est en étant bien dans sa peau et avec soi-même, que l’on séduit.

Le parfum est le plus ancien complice de la séduction, il est l’émissaire du message amoureux, il embellit la vie sentimentale. Rituels amoureux, histoires de phéromones, langage de la peau.

Le parfum est une expression idéale de la séduction, il donne du glamour à l’allure. Le parfum est celui de la rencontre, du coup de foudre, de l’amour jusqu’à sa forme la plus extrême du plaisir.

Eros Agape, plaisir épicurien. Il est un charme en soi.

Acte 3 : l’amour – a mort (Eros Thanatos) : le parfum poison du coeur

image  Le parfum devient sulfureux, envoûtant, narcotique.

Philtres d’amour – d’a-mort- Aphrodisiaques, ils ensorcellent, envoûtent, captent leurs victimes jusqu’à la folie.

Les matières premières capiteuses, indécentes, incitant à la débauche.

Le fétichisme. Les excès et les interdits.

Acte 4 : la libération jusqu’à la provocation : le parfum dissident

 image Le parfum est dissident, trublion de l’ordre social car langage et expression de l’indépendance, de l’insolence et de la liberté.

Les femmes puis les hommes s’en emparèrent comme élément libérateur de leur moi profond. Ainsi, le parfum est le révélateur de la personnalité ainsi qu’un élément d’identification sociale. Une parure invisible dont le discours se situe entre le rêve et l’anxiété, qui marque et expose celui et celle qui le porte.

Acte 5 : la mixité jusqu’à l’ambiguïté : le parfum miroir

 image Le parfum – miroir est androgynie, dans lequel les territoires féminins et masculins se chevauchent. A l’origine, les parfums n’avaient pas de sexe. Imaginés « sur mesure » pour une personnalité, les territoires olfactifs n’étaient pas toujours très définis. Avec le développement du marché de la parfumerie au XIXème siècle, on décréta alors qu’il y avait des parfums d’hommes et des parfums de femmes. Un jeu de miroirs jusqu’au trouble et à l’ambiguïté. où se situent les limites des territoires féminins et masculins ?

Au terme de l’atelier, on est conduit à se poser la question suivante : qu’est-ce qu’un beau parfum ? Même si nous en avons chacun notre propre définition, pourquoi  ne pas rejoindre celle que nous a laissée le parfumeur Edmond Roudnitska : « Le parfum est un acte de pensée poétique ». C’est une définition qu’il ne faut pas oublier à chaque création de parfum et le travail sur le patrimoine devient un territoire de créativité. Les valeurs sont éternelles mais elles épousent les expressions de leur temps.

 Les photos sont celles de l’Exposition « Parfums Promenade », aux Galeries Lafayette dont j’ai écrit la scénographie en 2001 et dont j’étais le commissaire. Takao Hiraï en a signé l’architecture.

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La Quête du Parfum

image Raconter l’histoire du parfum, c’est raconter l’histoire de l’humanité, en commençant par l’histoire des dieux jusqu’à celle de la séduction. C’est dans les temples qu’ est né le parfum et les premières traces de ces rituels sacrés remontent à l’âge du Bronze. L’encens fut ce parfum que les hommes brûlèrent pour porter aux dieux leurs prières et ainsi les séduire. D’où le nom : per fumum, à travers la fumée. Encenser, n’est-ce pas aussi ce qui élève ?

L’ancêtre des parfums, dont on connaît la composition, est  le kyphi égyptien. Encens mystique, philtre mythique de l’Egypte ancienne, il est utilisé par les prêtres en fumigation pour leurs rites religieux mais aussi par les médecins pour ses qualités thérapeutiques et  cet accord de miel, de benjoin et d’encens épicé tournait les têtes des belles égyptiennes, en quête de sensualité. En lui, sont contenues les trois tensions principales du parfum : l’offrande aux dieux (le sacré), l’offrande à soi-même (bien-être et intériorité) et l’offrande aux autres (séduction et amour charnel). image

Le parfum est avant tout une histoire de rencontres et d’amour. Ainsi que l’exprime Jean Giono : « Nus et faibles, les hommes ne purent survivre qu’avec des machineries. Le parfum, c’est l’odeur plus l’homme. »

Le parfum est une saga et chaque moment de l’humanité nous offre ses parfums dans leur diversité comme des promesses de bonheur, au cœur de notre histoire. Cosmos / microcosmos/ l’infiniment grand face à l’infiniment petit. En effet, le parfum est un vecteur qui nous relie au monde, qui nous le fait appréhender.

image Ainsi, nous avons des milliards de cellules sensorielles pour goûter à tous les plaisirs olfactifs.

Des enivrantes vapeurs d’encens pour communiquer avec l’invisible (transcendance)

Des senteurs violentes pour chasser la pestilence, la maladie ou de la douceur pour nous conforter dans le bien-être

Des parfums floraux, capiteux ou charnels pour séduire

Parfum, chimie, alchimie. Que nous en reste-t-il ?

Depuis 1986, je me penche avec passion, en tant qu’historienne et experte du parfum, sur ce sujet aussi capiteux qu’évanescent. D’emblée, il m’a semblé que le meilleur moyen d’en comprendre toute l’étendue et la symbolique était de vivre le parfum autour d’ un parcours émotionnel. C’est ainsi qu’en 2001, j’avais écrit la scénographie d’une installation « Parfum imagePromenades » à la Galerie des Galeries (Galeries Lafayette) et j’avais proposé cette expérience sensorielle, au travers d’un labyrinthe initiatique.

Le parfum s’y dévoilait de façon onirique. Cette histoire était illustrée de parfums (flacons, fragrances, images), de mode (vêtements et accessoires), et souhaitait parler d’émotions au cœur de la vie des femmes et des hommes, en interpellant les visiteurs. 

image Ainsi, notre regard sur le parfum doit s’inscrire dans le mouvement du geste et aussi du temps. Le fil chronologique peut être rompu, afin de privilégier l’intemporalité des grandes aspirations humaines autour du parfum. L’histoire du parfum possède sa propre temporalité mixant passé, présent et futur : le passé éclaire le présent qui se projette dans le futur.

Le parfum est parure, il est aussi langage et reflet d’une société en marche, dont le discours se répond comme un écho d’une époque à l’autre. C’est une constante que je retrouve à chaque fois que je travaille sur un parfum créé ou à venir. Cette histoire, je la raconte aussi depuis 2004 aux Ateliers Parfums par Thierry Mugler, lors d’un atelier « Secrets de Parfum ». Le fil conducteur de cette histoire est de traduire le geste parfumé à travers ses valeurs fondatrices, que l’on pousse jusqu’à leur paroxysme, jusqu’à leur indécence. Lors d’un prochain article, je vous en raconterai le sommaire.

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"L’AIR DU TEMPS" NINA RICCI (1948)

 

ParfL'AIr du temps En 2008, L’Air du Temps fête ses 60 ans ! « Mon but a toujours été de donner à la réalité les couleurs du rêve » confiait Robert Ricci. Ce rêve fut transformé en robes et en parfums. Pour Robert Ricci, la création d’un parfum était un acte d’amour, vrai ou imaginaire. L’Air du Temps, est un parfum qui a captivé l’essence même de l’amour au point d’ensorceler des générations de femmes.

Robert Ricci fondent avec sa mère Nina Ricci une maison de haute couture en 1932. Pendant la guerre, l’idée lui vient d’associer à son tour robe et parfum. Les temps changeaient et Robert Ricci analysait l’avenir de sa Maison ainsi :  » La haute couture reste un luxe réservé à un petit nombre, tandis que le parfum est beaucoup plus accessible. Sa clientèle est pratiquement universelle. Pour deux ou trois cents francs dans n’importe quel pays, une femme peut acheter un produit de qulité qui lui donnera plusieurs semaines de plaisir. » En 1946, il lance son premier parfum Coeur Joie, créé par Germaine Cellier (ROURE).  Ce parfum porte un nom, symbole de la joie de la victoire, du bonheur de retrouver la liberté après les années noires de la guerre et de l’Occupation Allemande.

En 1948, l’aventure de l‘Air du Temps commence et célèbre à la fois la féminité, le sens du désir et la découverte d’une légèreté insouciante.  L’Air du Temps , cette expression familière fut choisie car elle traduit l’air que l’on respire, l’humeur du moment, la modernité mais aussi et avant tout, l’esprit du bonheur, la volonté de vivre pleinement chaque instant de la vie. « Plus jamais ça! » pensait-on alors tout en se grisant de liberté retrouvée, de champagne et de jazz dans les caves de Saint-Germain des Prés. La France entière engage ce même pas avant de s’installer dans les Trente Glorieuses entre paix sociale et prospérité.

Ce nom poétique, expression typiquement française exprime aussi le raffinement et la subtilité de Nina Ricci. La femme de L’Air du Temps est féminine, rêvée, idéalisée, séductrice et sensuelle.  Robert Ricci a été également un des premier à penser aux jeunes filles de l’après-guerre, légères, gaies, discrètes, désinvoltes, riches d’une féminité prête à se déployer comme les ailes des colombes.

L’Air du Temps conquit l’admiration universelle et est considéré comme un parfum marquant de ce siècle, ayant inspiré bon nombre de créations. La fascination qu’il exerce tient à ce que son extrême simplicité première, s’appuyant sur des produits naturels, atteint complexité et richesse. Pari créatif pris par le parfumeur Francis Fabron et qui s’exprima dans un exceptionnel accord oeillet épicé-gardénia et un bouquet subtil d’essences naturelles (rose et jasmin). Ce parfum apporte une touche d’originalité pour l’époque en intégrant pour la première fois dans un parfum, le salicylate de benzyle. Selon le parfumeur, cela permettait de mettre en valeur le bouquet floral. Il déclare alors : « Il faut tenir compte de cette touche mystérieuse par laquelle un parfum séduit plus qu’un autre : il y a dans l’Air du Temps un petit miracle qui lui donne sa forte personnalité. » Robert Ricci le définissait ainsi : « Délicat, jeune, romantique et sensuel, L’Air du Temps est un parfum vivant, bien équilibré et cohérent depuis ses notes de tête jusqu’à ses notes de fond attirantes. L’Air du Temps diffuse un mystérieux pouvoir de séduction.

Voulu et conçu comme un produit de luxe et non de mode, soumis aux lois changeantes du goût et de l’humeur, L’Air du Temps recherche l’harmonie entre le parfum, son nom, sa présentation et la manière dont il est décrit au public. Il est ainsi d’une rare et parfaite cohérence. Pour cela, il lui fallait un écrin de choix : « Si le parfum est un art, disait Robert Ricci, l’objet qui le contient doit être un chef-d’oeuvre, le chef-d’oeuvre d’un artisan. » La robe du flacon serait ausssi séduisante que le jus lui-même. Elle devait évoquer les senteurs qu’elle habillait. Le cristal serait – même de suggérer L’Air du Temps sans rien dévoiler de son mystère.

Cependant, le flacon « colombes », symbole universel de l’Air du temps, n’est pas le flacon originel de 1948. Robert Ricci avait tout d’abord trouvé un flacon fabriqué par le sculpteur espagnol Juan Rebull, représentant un soleil  en cristal entouré de rayons. Sur le bouchon était gravée une colombe. Les éléments d’identification spontanée du parfum étaient déjà présents : la lumière, le soleil rayonnant et surtout la colombe.

Dès 1951, Robert Ricci et Marc Lalique redessinèrent ce flacon. Les deux colombes voltaient au-dessus d’un tourbillon de cristal, un thème réinterprété par quatre générations de flacons. Ce flacon romantique orné de deux colombes venaient symboliser l’amour et la tendresse, la paix et l’éternelle jeunesse. Les colombes à la blancheur immaculée, tendrement enlacées semblent envelopper avec grâce le flacon de leurs ailes. Ces colombes ne tarderont pas à déployer leurs ailes vers les quatres coins du monde, afin que l’Air du Temps embaume et enivre la planète. Dès 1953, les ventes décollent et de nos jours un flacon de l’Air du temps est vendu toutes les cinq secondes dans le monde !

Pendant quarante ans, de 1948 à 1998 la communication publicitaire s’est faite peu à peu art véritable pour exprimer un monde onirique, féminin et d’une tendresse infinie. L’Air du Temps a tissé une belle histoire d’amour avec l’art.

Dimitri Bouchène, d’origine russe, ancien conservateur du Musée de l’Ermitage de Saint Petersbourg, décorateur de théâtre et de ballet fut sollicité par Robert Ricci pour illustrer l’habillage des parfums. Jusqu’en 1960, il entoure d’imaginaire l’Air du Temps et donne ainsi le ton. Andy Warhol mit en scène L’Air du Temps, pour une vitrine réalisée en 1955, dans un univers enfantin empli de cupidons, de fleurs et de papillons.

L’ère des jeunes filles en fleurs commence en 1971 lorsque Robert Ricci rencontre David Hamilton. On se souvient encore de ces deux jeunes filles coiffées de chapeaux de paille à rubans au milieu d’ un envol de colombes. De cette collaboration riche entre les deux hommes naît une imagerie romantique : femmes-fleur, danseuses issues du rêve, décors oniriques. Un ton et un style qui marqueront au fil des artistes l’univers de L’Air du Temps pour en faire un parfum dégagé du réel.

l'air du temps ann Pour le 60ème anniversaire de ce parfum légendaire, La Maison Nina Ricci sort une édition limitée à 460 exemplaires d’un flacon en cristal noir, signé Lalique. Colombes, magie, femme-ange ou femme-fleur, tendresse et sérénité, amour et douceur sont toujours contenus dans L’Air du Temps; Il est encore permis de rêver et d’espérer. L’Air du Temps pourrait représenter ce luxe, qui au-delà de ses formes parfaites, exprime l’âme en paix, s’élevant vers le sublime et vagabondant dans la sérénité.

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Kibio : la 1ère Eau de Parfum 100% bio

 

kibio Le premier oriental-chypré 100 % BIO est né ! Il est signé Kibio, marque reconnue déjà dans la cosmétique bio inspirée de la médecine naturopathe. La marque innove et ouvre la voie, en composant sa 1ère Eau de Parfum. Le bio chez Kibio ne vous procure pas seulement du bien-être, il vous entraîne dans la sensorialité. Cette fragrance inédite, certifiée par la label Ecocert, est composée d’ huiles essentielles biologiques, qui sont un équilibre entre le Sud familier et l’ évasion exotique. Un élixir naturel qui développent en douceur et en rondeur ses notes singulières.

Au premier pschitt, on retrouve les envolées médicinales des premiers parfums, une réminiscence de l’ Eau de la Reine de Hongrie, composée en 1370 et qui avait rendu à une très vieille reine la santé, la beauté et la jeunesse !! on en rêve déjà et on oublie tout de suite le petit côté « plante bouillie » qui signe ce retour au naturel ! Très vite, les notes acidulées de l’ orange douce, du citron, du lavandin, de la mandarine verte du Brésil vous font monter l’ énergie !! Puis le coeur solaire composé de notes fleuries (Ylang-Ylang des Comores, géranium d’Egypte) est vibrant et suave. Il se dégage sur la peau une chaleur assez sensuelle qui n’ attend que les baumes pour mieux s’ épanouir. Les voilà qui arrivent, accompagnés de notes ambrées, de vanille de Madagascar, de patchouli et de fève Tonka. Ces notes de fond sont enveloppantes, souples et amples dans le temps et l’ espace. Ce parfum bio crée un vrai sillage, qui vous accompagne toute la journée sans vous indisposer.

L’Eau de Parfum Kibio a une simplicité de ton et d’authenticité véritable, qui s’inscrit dans une approche globale de la beauté saine et naturelle. Le plaisir de se parfumer devient aussi un moment unique de se ressourcer. Le Bien-être sent beau chez Kibio ! Un trait d’union  entre l’Orient et l’Occident, une route des parfums qui revient aux sources du Kyphi Egyptien, en passant par la Méditerranée, avec ce qu’il faut en plus dans un écrin précieux de luxe et de mystère.

Eau de Parfum, Vapo 30 ml : 39 euros

www.kibio.com

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