Archives mensuelles : juin 2009

De fille en Aiguilles et Fourreau Noir de Serge Lutens

 5. Serge Lutens_Portrait Telle une cigale en temps de crise, j’étais partie, sur talons aiguilles,  écouter le chant des grillons dans les Salons du Palais Royal. L’été n’était pas encore arrivé, la bise bien venue, mais Serge Lutens, rieur et frondeur, nous avait créé une pinède olfactive. Oubliez le pin des lessiviers et laissez – vous bercer par cette image mentale qui comble nos mémoires. Des aiguilles de pin, une chaleur ombragée, le soleil dont on perçoit avec douceur les rayons, la peau brunie qui dégage une odeur d’été et de fruits épicés. Cri, cri, cri, cri, l’ avez-vous dans les oreilles le chant de la cigale assez folle pour chanter ? Si vous voulez vous offrir cette petite madeleine, filez au Palais Royal, sentez De fille en aiguilles, un boisé oriental gorgé de résine de pin, chauffé de vétiver et d’encens, aiguisé de fruits confits dans les épices. Ne cherchez pas davantage à comprendre la fourmi qui se cache derrière cette fable, remontez juste le fil d’ Ariane. Serge Lutens aime la matière, la prend en partenaire principale, la sculpte à son gré, cassant les bienséances et les idées reçues.  Pour moi, le dernier cri de Paris serait un garçon assez fou, pour porter un parfum au nom de fille ! Quelle clairvoyance !

 FOURREAU NOIR SERGE LUTENS Un bonheur n’ arrivant jamais seul, Fourreau Noir se révèle à moi dans toute la splendeur et la sophistication d’ un tombé impeccable. Du velours de parfum, une fluidité exquise. J’ imagine cette femme, celle que Serge Lutens porte en lui depuis si longtemps, hanter par un soir d’ hiver les  arcades du Palais Royal. Elle est fatale, précieuse, presque sacrée. Sa démarche ondule en volutes d’encens et de myrrhe. Son sillage de fève Tonka régale nos narines : une douceur vanillée, un peu de foin coupé et la chaleur musquée de cette merveille de la nature, que les Indiens prenaient pour porte-bonheur. On distingue juste une pointe de lavande, qui n’ a rien de médicinal, rien de barbier mais qui ajoute une note apaisante à ce tableau d’ hiver. Cette femme s’ est évanouie dans ma pensée, j’en garde le parfum et l’ envie tranchante de le porter. Fourreau noir ? oublions l’ endroit où l’ on met son poignard et restons au Palais-Royal, celui des Incroyables et des Merveilleuses, redingote et fourreau de velours noir.

 

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Le De et l’Interdit de Givenchy (1957)

image En 1952 : Hubert de Givenchy ouvre sa boutique au 8, rue Alfred de Vigny. Il a 24 ans et il présente sa 1ère collection  le 2 février 1952, qui fut remarquée par ses « séparables ». Le premier modèle fut une simple blouse en coton blanc, baptisé « Bettina » qui remporta un triomphe et le fit connaître de la profession. Il crée aussi une collection « Givenchy Université » : ligne de prêt-à-porter de très grand luxe. En 1953 : c’est la naissance d’une amitié avec Cristobal Balenciaga, « son maître » dont il hérite du goût pour les vêtements architecturés et le dépouillement. C’est aussi le début d’une longue et profonde amitié avec Audrey Hepburn, qui lui ouvre les portes de Hollywood, où il a le privilège d’habiller et d’admirer les actrices et les célébrités. Mais avant tout, « L’image d’Audrey est associé à mon nom » dit-il.

image Dès 1957, les Parfums Givenchy sont créés, année du lancement du De, qui est un parfum rare, « une partie de mon nom » disait Givenchy en pensant à sa particule. Mais ce parfum se veut surtout une référence à la haute couture. Le De était destiné tout d’abord aux amies proches et clientes des boutiques Givenchy, comme un accessoire complémentaire et indispensable. Ce bouquet floral classique, dans la lignée du Dix de Balenciaga.

image L’année suivante, en 1958,  il offre à son  égérie, Audrey Hepburn, un parfum scellant leur amitié : L’Interdit. Elle est longue, fine, élégante, en un mot racée. Il l’habille à la ville comme à l’écran, Sabrina en 1954, Ariane et Funny Face en 1957, Diamants sur canapé en 1961, Charade (1963), Deux têtes folles (1964), Comment voler un million de dollars (1966). Elle incarne à merveille le style Givenchy, « Ces merveilleux vêtements qu’Hubert m’a faits ! Quand je les porte, ils m’enlèvent mon insécurité, ma timidité. Je sais que je suis au mieux de moi-même : c’est la moitié de la victoire (…) si j’ai mon petit tailleur noir avec ses jolis boutons, je peux parler devant 800 personnes ! Hubert m’ a vraiment donné confiance en moi. ». Cette amitié indestructible débute l’été 1953, alors que Audrey termine le tournage de Vacances Romaines et s’achève à la mort d’Audrey le 20 janvier 1993. Comme dernier adieu, elle lui offre un manteau bleu marine en lui disant : « Voilà, mon Hubert, aussi longtemps que tu le garderas, je te protégerai de tout mon amour. »

image Jumeaux d’esprit, ils sont intimes de cœur et c’ est pour cela que Hubert de Givenchy lui offrit ce parfum, L’Interdit : un fleuri aldéhydé, nuage de poudre et d’épices, jasmin, rose, poivre et clou de girofle. Un accord paré de fève Tonka, de santal, d’encens et d’ambre. Quelques années plus tard, la Maison Givenchy souhaita commercialiser ce parfum.  Pour son lancement mondial en 1964, Audrey Hepburn pose devant l’objectif du photographe Bert Stern pour un magnifique portrait qui servit à la campagne de publicité.

image Cinquante ans plus tard, l’ Interdit vécut quelques retouches, qui mirent en valeur l’ accord de fleurs délicates en tête et en coeur, composé de fleur d’ oranger, de rose blanche et de jasmin. En fond,  le parfum caresse la peau  dans un effet de voile soyeux, composé d’ héliotrope et de  fève Tonka.  Une grâce qui s’ harmonise si bien avec les yeux de biche d ‘Audrey Hepburn et qui reste plein de charme et d’ élégance ! Un parfum de féminité absolue.

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