Archives mensuelles : novembre 2009

L’Eau par Serge Lutens

 

Portrait Serge Luten Cette fois-ci, Serge Lutens ne nous attendait pas au Palais Royal. Il avait à nous raconter une histoire, ailleurs et autrement. Une histoire d’eau pour nous déboucher les narines, polluées par un univers trop parfumé. Serge Lutens avait donc choisi de nous recevoir au « 15, square de Vergennes » à Paris XV, dans l’atelier Barillet construit en 1932 pour le maître verrier Louis Barillet, par l’architecte Rob Mallet Stevens. Ce bâtiment industriel, magnifique témoin du style  « Art Déco », graphique, épuré et d’une lumière résolument moderne fut le cadre parfait pour présenter cette nouvelle rupture, voulue par Serge Lutens. De même que les vitraux blancs inventés par le maître-verrier fut un tournant dans la profession,  l’anti-parfum de Serge Lutens est ce qu’il faut pour oxygéner notre monde, prendre l’histoire de la parfumerie a contrario. Une manière d’être et de vivre, à laquelle Serge Lutens nous a habitués.

Portrait Serge Lutens Souvenez-vous : Nombre Noir, inspiré par l’armoire à poisons de Catherine de Médicis, tordait le cou en habits noirs de la tête aux pieds aux présentations tapageuses et criardes, trop dorées, trop sophistiquées des parfums des années 80.  De même, Féminité du Bois en 1992 balayait les « soupes populaires » des années 90. Depuis, les Salons du Palais Royal continuent de décliner une parfumerie à matières, propre à Serge Lutens, à laquelle il croit et avec laquelle il s’amuse à nous enchanter sur d’autres rives olfactives. L’idée a fait bien des petits chez les voisins…  » L’inceste n’était plus possible » dit Serge Lutens, qui décide de s’imposer une nouvelle rupture, par rapport à lui-même.

L'eau Serge Lutens Cet anti-parfum, qui fait appel aussi à la mémoire, Serge Lutens l’a commencé il y a 15 ans, peu de temps après Ambre Sultan. Il est un frisson, un sommeil parfait, une chemise propre, une page blanche qui s’envole vers l’avenir. Il s’appelle L’Eau, comme « le chat s’appelle le chat! ». Cette eau est une réaction , afin de trancher avec la fausse odeur qui règne partout. Davantage qu’une eau de Cologne qui se contente, avec bienfaits, de nous rafraîchir, l’Eau de Lutens donne une impression de netteté qui poursuit l’après-bain et le confort donné par le linge frais.  D’une ténacité remarquable, elle est « le savon le plus cher du monde », s’amuse à dire Serge Lutens,  qui revendique l’odeur de la « crasse », derrière celle de la somptuosité des soieries damassées et des manteaux d’hermine. Cette histoire culturelle toute française le ramène aux Rois et Reines de France, qui le font rêver et qui s’ imposèrent dans toute sa parfumerie.

L'Eau Serge Lutens Après ce frisson royal, il revient à la partie propre de la parfumerie. Un parfum blanc comme la neige, un duvet d’oie, une alcôve qui protège le sommeil du Dauphin de France. L’Eau de Lutens, comme toutes ses oeuvres précédentes, reste un parfum d’accords. On est fouetté par quelques zestes d’agrumes qui passent, en volant vite. On s’enfonce dans l’épaisseur des pétales propres du magnolia, qui nous offrent le côté paraffine de la fleur. La sauge salvatrice nous offre les vapeurs propres d’un linge blanc. Reste cette sensation spatiale, pure, diffusante et lumineuse qui s’enfonce dans la peau. Une empreinte oxygénée, qui touche à la notion du plaisir et du luxe : « Le luxe qu’on s’accorde ne peut être qu’à la première personne. Je dirais que la propreté est le départ du luxe. Porteriez-vous des bijoux sales ? » plaisante Serge Lutens. Alors, vite un peu d’Eau de Lutens pour créer cette saine rupture, entre la crasse royale française et la fraîcheur de l’oreiller du Dauphin.

 

Pour regarder la vidéo : http://www.salons-shiseido.fr/leau_serge_lutens/v/

Disponible à partir du 1er février : 100 euros les 100 ml

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Exposition Brigitte Bardot jusqu’au 31 janvier 2010

affiche BB Brigitte Bardot portait dans sa jeunesse « L’Heure Bleue « de Guerlain ! Un détail qui ne m’a pas échappé et que nous révèle la magnifique autant qu’ émouvante exposition Brigitte Bardot « Les années insouciance », qui se tient actuellement à l’Espace Landowski à Boulogne Billancourt jusqu’au 31 janvier. Organisée et mise en scène par Henry-Jean Servat, écrivain – journaliste et grand ami de l’actrice, elle est plus qu’ une exposition, c’est un hommage à une figure de légende autant qu’ une page vivante d’Histoire de France.

289843-henri-jean-servat-a-l-exposition-637x0-3L’exposition s’ouvre en plongeant dans la folie Bardot, où l’on revit l’hystérie que déchaina la star, les drames et les élans de passion, les polémiques et les censures : entre « bardolâtrie » et « bardot-phobie », nos premiers pas sont une immersion dans le phénomène Bardot. Le constraste entre sa vie et son époque est d’autant plus fort, que l’on revoit la France de René Coty austère et conservatrice, dans laquelle grandit la jeune BB. Sa jeunesse est évoquée par des objets personnels et documents de la collection familiale. « Cette sacrée gamine » reçoit une éducation stricte et bourgeoise et aime à la passion la danse et la mode. Les premières photos dans le magazine Elle qui la révèle et sa chambre de jeune-fille reconstituée et parfumée nous la montrent charmante, fraîche et châtain clair !

03925511brigittebardotposters En 1950, elle rencontre l’assistant de Marc Allégret, Roger Vadim, qu’elle épouse en 1952 et ce sera le choc de Et Dieu créa la femme. Devenue lumineusement blonde, elle incarne Juliette Hardy que Vadim définissait ainsi : « Je voulais à travers Brigitte, restituer le climat d’une époque. Juliette est une fille de son temps, qui s’est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société et dont la sexualité est entièrement libre. » Ce fut exactement aussi la vie de Brigitte Bardot, qui fit voler en éclats le corset de la société de son époque. Comme le dit Henry-Jean Servat : « Brigitte Bardot n’est pas convenable. Elle ne l’a jamais été (…) elle ne s’en soucia comme d’une guigne et choisit de vivre pieds nus en portant des carreaux Vichy »  L’ exposition met magnifiquement en lumière la vie libre et sans contraintes qu’ elle a toujours  choisie. On y comprend l’explosion médiatique sans précédent, au travers de  l’assaut incessant de journalistes et de photographes autour de la star. On évoque ses conquêtes : ses quatre maris, nombreux amants, multiples amis qui font de BB un Dom Juan au féminin ! On y voit la Madrague, qui devint grâce à Brigitte Bardot un endroit de légende. On revoit ses innombrables films, émissions de télévision et campagnes de publicité pour lesquelles elle a posé. On l’admire en train de danser : danseuse classique ou danseuse sauvage, Bardot évolue avec tant de grâce et de sensualité. Elle chante plus de 80 chansons, dont celles écrites par Serge Gainsbourg, elle joue de la guitare qui la suit sur tous ses tournages de films ou chevauche une Harley Davidson. Ses talents sont uniques et multiples.

 2Brigitte Bardot instaure la BB attitude : une moue ravageuse, les pieds nus et les yeux étirés d’eye liner noir, une cascade de cheveux blonds, souvent rassemblés en choucroute. Une allure qui devint un style : un corsaire avec des ballerines Repetto, la taille marquée et les jupes crayons, le bikini et le vichy. On a toutes quelque chose de Bardot ou on rêve de l’avoir ! Véritable icône de mode et symbole de la féminité, elle inspira et continue d’inspirer les grands couturiers, les jeunes filles de l’époque,  les actrices et les mannequins. En 1970, elle devient la Marianne et représente la France dans toutes les mairies, par un buste sculpté par Gourdon Aslan.

En 1962, elle entame son premier combat pour défendre les animaux en dénonçant publiquement les méthodes d’abattage des animaux de boucherie. En 1968, BB crée sa fondation à Saint-Tropez. En juin 1987, pour obtenir les 3 millions de francs exigés par la législation française, elle vend aux enchères objets, bijoux et effets personnels. Reconnue d’utilité publique par le Conseil d’état depuis 1992, la Fondation Brigitte Bardot rassemble aujourd’hui 60.000 donateurs de plus de 20 pays. Loin d’être une pause de petite fille gâtée ou de femme illuminée, l’engagement de BB pour la cause animale est le révélateur de cette personnalité entière, qui aime et respecte depuis l’enfance les animaux. Ils représentent pour elle à la fois la paix et le refuge. Elle l’exprime avec sincérité en préface du catalogue qui est consacré à l’exposition : « Et puis un jour, j’ai quitté ce monde, comme on quitte un amant avant qu’il ne vous quitte ! et j’ai donné le meilleur de moi-même, mon expérience, ma célébrité, ma fortune et surtout mon amour aux animaux. »

BB Brigitte Bardot a inspiré et illuminé son époque. Elle, dont Jean Cocteau disait : « Elle vit comme tout le monde en n’étant comme personne. », a été photographiée et immortalisée par les plus grands artistes de son temps. Bien plus qu’une icône ou qu’une légende vivante, elle est un mythe,  incarnant dans un corps sublime les forces invisibles et les désirs de son temps. De son vivant, elle est entrée dans l’éternité ! Ne vous privez surtout pas de ce beau moment en sa compagnie !

Lire aussi : Henry-Jean Servat : « Bardot, la légende ». Ed. Hors Collection, septembre 2009

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J’Adore de Dior a 10 ans !

j'adore pub « La nef où elle se tenait, comme un trône bruni, brûlait sur les eaux ; la poupe était d’or battu ; pourpre les voiles, et si parfumées que les vents en défaillaient d’amour. » (William Shakespeare)

 

Il en est des parfums comme des êtres, certains ont la vocation du bonheur. Créé en 1999, J’adore est un parfum joyeux qui a l’odeur de l’allégresse. Le bouquet floral est le genre idéal pour incarner la féminité irradiante et heureuse, cette déesse moderne au teint d’or et à la chevelure dénouée dont le corps souple ondule avec charme. Le premier grand floral du siècle à la fois très fleuri, très fruité et très musqué brille des notes de tête aux notes de fond. En 2008, il est n°2 des meilleures ventes de parfums féminins. Il se taille la même année  une robe du soir ou plutôt un absolu et une concrète. François Demachy, le parfumeur-créateur de Dior a ciselé cet accord lumineux pour mieux révéler de nouvelles intensités florales et susciter des variations dans la gestuelle du parfumage.

Par cette eau de Parfum infiniment raffinée, J’Adore incarne le triomphe de la Haute Parfumerie, qui sait exprimer la noblesse des matières premières d’exception et qui s’appuie sur une expertise séculaire, celle de l’extraction, découverte au cours du XIXème siècle. De cette précieuse matière, aux allures de cire odorante et que l’on appelle la concrète, le parfumeur obtient une substance liquide, l’absolu. Cette expertise ne fait pas que s’apprendre, elle se vit au cœur de la fleur et au flair du parfumeur. François Demachy, enfant de Grasse, connaît bien ce procédé qui a fait la réputation de sa ville et il a choisi de mettre en avant quatre fleurs, parmi les matières premières les plus nobles de la parfumerie : l’Ylang-Ylang, la Rose Turque, le Jasmin Sambac et la Tubéreuse.

Dans l’Absolu de J’adore, François Demachy exalte le cœur précieux des fleurs. Plus riche et moins volatil que l’essence, l’absolu capte la facette la plus secrète et insoupçonnée de la fleur. Ainsi, le jasmin Sambac révèle son double visage : délicat à la manière de la fleur d’oranger mais aussi sauvage et animal. La tubéreuse délivre la senteur voluptueuse et enivrante de sa note fruitée. L’Ylang-Ylang exprime son visage tropical dans la beauté de son composant épicé, si rare dans l’univers floral. Quant à la reine des fleurs, la rose turque, elle vibre en rondeur d’un piquant irrésistible.

p_j-adore-de-dior-le-parfum_2869 Pour habiller et parer de mille feux ce parfum, le flacon est fidèle à la tradition Dior et a les allures de l’amphore, taillée chez Baccarat. Le col, comme un cou de femme, est paré d’or. Une inspiration qui fut tirée de la Collection Couture Massaï de John Galliano. Le flacon de l’Absolu est coiffé d’ un or légèrement rouge, afin d’exprimer la quintessence de la fragrance. Une gestuelle nouvelle est également introduite en 2008 avec le boîtier précieux, qui renferme la concrète et qui invite à un rituel délicat, nomade et contemporain.  J’Adore n’est-il pas comme une femme : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre ?

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