Archives mensuelles : mars 2014

Cartier, La Panthère

 

photo-1 « Toute femme recèle une part de félinité et toute fleur cache des notes animales en son cœur » nous dévoile Mathilde Laurent, parfumeur Cartier.

Et la panthère chez Cartier, c’est bien elle ! La panthère exprime la liberté. Elle est cet animal qui chasse en se tenant cachée et qui attire ses proies grâce à son parfum.  En effet, une tradition grecque considérait que la panthère était le seul animal à exhaler une bonne odeur. C’était ainsi qu’elle attirait ses proies par son parfum, qui exerçait un pouvoir irrésistible sur les autres animaux sauvages.

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Aristote qui rappelait que l’homme est le premier des animaux évoque ainsi le pouvoir de la panthère : « On dit aussi que la panthère, qui se rend compte que les animaux sauvages aiment sentir son odeur, se cache pour les chasser : ils s’approchent tout près, et elle prend ainsi même les biches » Aristote in Historia animalium (IX,6 612 à 614) « D’où vient-il qu’aucun animal n’ a une odeur plaisante sauf la panthère, qui est agréable aux bêtes elles-mêmes : car on dit que les bêtes sauvages la reniflent avec plaisir. » Aristote, Problèmes du Ps.-Aristote, XIII,9,4,907 b35

Puis, Théophraste continue : « « La panthère est de tous les animaux le seul qui sente bon naturellement. La panthère exhale une odeur qui est agréable à toutes les autres bêtes, c’est pourquoi elle chasse en se tenant cachée et en attirant les bêtes vers elle grâce à son parfum. » in De causis plantarum, VI, 5, 2

Ce mythe antique exprime l’ensorcellement lié au parfum, qui entretient des rapports avec la magie et la séduction. Certains de ces mythes vont être récupérés par le christianisme, ainsi celui de la panthère parfumée dont l’haleine odorante attire jusqu’à elle ses proies qu’elle dévore ensuite aisément. La réputation de la panthère gagna ensuite la fabulistique médiévale et les bestiaires, qui s’inspirent du Physiologus, texte rédigé en grec à Alexandrie au IIe siècle. Il y est dit que quand la panthère a mangé et qu’elle est repue, elle dort dans son repaire, puis s’éveille du sommeil le troisième jour et crie d’une voix forte. Et les bêtes qui se trouvent aux alentours entendent ce cri, dont s’exhale toutes sortes de parfums et arrivent attirées par l’odeur, formant un cercle autour d’elle. Ils en tirent du plaisir et repartent en joie. Ainsi, la panthère semble être l’animal le plus beau et le plus chéri de toutes les bêtes. Il n’est plus ici question de chasse mais d’attraction et d’aura naturelle de la panthère.

cartier-broche-panthere_b La panthère, passionnée et insoumise, incarne la féminité de Cartier. Elle prit les traits tout d’abord de Jeanne Toussaint, courtisane très réputée de la Belle Epoque, qui devint la maîtresse de Louis Cartier et qui dirigea à partir de 1933  le département Haute Joaillerie de Cartier pendant plus de 20 années.

Elle fut surnommée « la panthère », ou « Pan-Pan Toussaint » à cause de son caractère farouche et inflexible. De son surnom de jeunesse, Jeanne Toussaint tire l’inspiration de ce qui devint l’animal fétiche de Cartier : la panthère. La broche Panthère est lancée en 1949 : « campée sur un saphir cabochon de 152,35 carats, revêtu d’un pavage de diamants tachetés de saphirs calibrés, la panthère est empreinte de férocité et de sensualité. » . Les clientes les plus inconditionnelles furent la duchesse de Windsor, Barbara Hutton et Nina Dyer. La broche Panthère est devenue un emblème de la Maison Cartier .

nd.314 En 1987, Cartier lance un parfum, simplement nommé Panthère. Les femmes le portent telle une parure et son flacon est un écrin, évoquant un diamant rond de 58 facettes. Composé par Alberto Morillas chez Firmenich, ce fleuri oriental s’ouvre sur un accord pétillant de mandarine et de fleur d’oranger. Le cœur du parfum est un bouquet composé de gardénia, de jasmin et de karo karoundé. L’harmonie du sillage se conclut sur un accord de fève tonka, patchouli, labdanum et bois de santal.

nd.23295 En 2014, Cartier reprend son animal fétiche, au coeur d’un parfum et nous offre La Panthère. Un floral fauve, au pelage chaud et frais à la fois. Ce parfum très texturé n’est pas sans nous rappeler les effluves féminins d’antan, qui continuent de séduire certaines femmes qui ne craignent pas le parfum : Mitsouko de Guerlain (1919) ou Femme de Rochas (1944). Ces parfums fauves, au sens artistique du terme, explosent sur la peau, chauffent les sens et se répandent en un sillage qui capte, attire et enchaîne. Une attraction certaine, un divin enchantement.

Dans le parfum, La Panthère, Mathilde Laurent a joué de la pureté d’une fleur et de sa couleur, qu’elle pousse dans tous ses retranchements,  à sa limite animale. Le gardénia y célèbre le charme de sa Majesté la panthère, piège d’amour tendu, hypnotique. A la fois vive et tapissée de nuances chyprées et veloutées, elle incarne l’animal intelligent et épris de liberté.

Un accord en trois temps, comme une valse : chypre, fleur, musc pour un floral fauve. Le flacon cache  une panthère, sculptée avec virtuosité à l’intérieur du verre, semblant scruter sa proie. Ce flacon magique protège la fragrance, en gardienne du temple. Cette panthère fascine, son faciès facetté fait jouer la lumière solaire, une géométrie parfaite divinise sa sensualité. Clin d’oeil au cubisme pour exprimer cette félinité florale. Il n’y a plus qu’à se laisser chasser et attraper !

Eau de Parfum La Panthère, en vente à partir du 15 mars 2014

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Les Extraits des Exclusifs : 1932, Beige et Jersey

 

EXTRAITS-etuis Comme souvent, on en rêve et Chanel le fait ! Il en est ainsi de la sortie en extraits de parfum de trois formules, issues de la collection des Exclusifs : 1932, Beige et Jersey. « Rare et précieux, l’extrait concentre le parfum dans sa vérité essentielle », nous dit la Maison Chanel. Mais qu’est-ce qu’un extrait ?

Un parfum est une odeur ou plus souvent une composition odorante plus ou moins persistante naturellement émise dans la nature. Les Anciens avaient aussi coutume de dire que lorsqu’une odeur était bonne, on l’appelait « parfum ». Le sens moderne, « d’imprégner d’un parfum » date de 1528.

La notion de parfum désigne aujourd’hui le plus souvent une composition olfactive particulière, proposée conditionnée et dans une certaine concentration olfactive par une Maison de parfums. Un parfum désigne aujourd’hui le plus souvent une composition olfactive particulière, proposée conditionnée et dans une certaine concentration olfactive par une Maison de parfums. Mais aussi, par abus de langage, le mot « parfum » est utilisé  pour désigner aussi bien une eau de parfum, une eau de toilette et même une eau de Cologne

EXTRAIT-1932 Cependant, les différentes déclinaisons d’un parfum ne sont pas des dilutions de concentré dans une plus grande quantité d’alcool, mais bien des compositions spécifiques adaptées à une concentration précise. On pourrait comparer ces différentes concentrations à l’effet de zoom en photographie : le parfumeur donne de la profondeur à un parfum, met en valeur certaines matières, les écrasent ou en utilise des plus neutres, pour révéler toutes les facettes d’un accord, au travers des différentes concentrations d’un parfum. C’est un exercice artistique d’équilibre très subtil et délicat, pour rendre un parfum au travers de ses concentrations, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

En effet, en fonction de la concentration, la formulation n’est pas la même. A chaque concentration, correspond une formulation pour laquelle il n’y a pas de règles et dont les pourcentages ne sont qu’indicatifs et variables, aussi selon les époques.

EXTRAIT-BEIGE Un extrait de parfum offre généralement une meilleure tenue, une plus belle évolution, tout en étant plus subtile et plus proche de l’idée que le parfumeur se faisait de la fragrance qu’il a créée. Il est une composition concentrée de 20 à 40% d’huiles essentielles dans l’alcool presque pur à 90° ou 95°. Il contient généralement environ 20% de notes de tête, 30% de notes de cœur et 50% de notes de fond.

C’est le luxe suprême de la parfumerie, la quintessence du parfum, sa forme ultime et absolue. Aujourd’hui, alors que le parfum s’est fortement banalisé et ne représente plus réellement un luxe, l’extrait reste fidèle durant de longues heures, plus tenace que tous les autres produits de la gamme, plus cher aussi et impliquant une gestuelle précise et éduquée. Il représente la référence du parfum, parfois composé sur mesure, et le savoir-faire suprême de la parfumerie de luxe. Peu de parfums ont leur version extrait de nos jours.

EXTRAIT-JERSEY Message précieux  de séduction, la femme en porte quelques gouttes le plus souvent au creux des poignets ou des coudes, derrières les oreilles, sur la nuque ou dans le décolleté. Une gestuelle très précise, très appliquée, à l’inverse de celle d’ une eau de toilette moins tenace et qui accompagne les différents moments de la journée.

Collier-Comete Pour l’Exclusif 1932 de Chanel, inspiré par  la première exposition de diamants de Gabrielle Chanel présentée en 1932, Jacques Polge y a révélé une interprétation inédite du jasmin, véritable diamant de la parfumerie. Son éclat est rafraîchi par un accord de poire et de pamplemousse pour irradier de tous ses feux, monté dans une quantité insolente de beurre d’iris. Elégant et racé, 1932 tutoie la perfection.

Gabrielle-Chanel-2 Beige de Chanel nous rappelle la citation de Gabrielle Chanel : « Je me réfugie dans le beige parce que c’est naturel ». Dans sa version extrait, Beige rend avec emphase un hommage aux reines des fleurs : l’absolue de jasmin exotique qui se mêle à l’absolu de rose de mai. Une association bien connue chez Chanel, puisque l’on retrouve les deux fleurs dans la plupart des parfums de la Maison. Ce sillage offre à Beige une nouvelle nuance, noble et intense.

Gabrielle-Chanel-1 Jersey de Chanel rend hommage à la lavande, unissant ainsi la simplicité d’un tissu à la modestie d’une fleur. En effet, ce matériau peu noble servait à confectionner les sous-vêtements masculins et Chanel en a fait une révolution de la mode en 1916. La lavande envahit armoires et produits ménagers dans le monde occidental et la Maison Chanel en a fait une merveille exclusive, au territoire ignorant le genre. Arrondie de vanille, de fève Tonka et de muscs, cette variété de lavande appelé Carla fait sortir la fleur de tous ses clichés. Dans sa version extrait, Jersey s’enrichit d’absolue de jasmin exotique, d’absolue de rose de mai sur un fond amplifié de muscs et de vanille. Onctueux et enveloppant comme la matière.

En fait, ces trois extraits des Exclusifs haussent le ton, montent les décibels olfactives, amplifient leur territoire, retiennent le temps mais avec discrétion et élégance. Un paradoxe qui caractérise un parfum de luxe.

Disponibles en boutiques depuis le 28 février 2014

Extrait 15 ml : 185 euros

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