Archives mensuelles : mars 2010

AMBRE NUIT COLOGNE de CHRISTIAN DIOR par Jean-Luc SUCHET

 

ambre nuit Avec un talent certain, la maison Dior avait, dans un passé récent, créé trois Colognes (Eau Noire, Cologne Blanche et Bois d’Argent), toutes très singulières, distinguées, distinctes les unes des autres. La nouvelle version de cette collection à part entière, Ambre Nuit, explore une matière des plus fastueuses, du moins tel que l’imaginaire la rêve, le très rare ambre gris qui, pour de mauvaises raisons et pressions d’ordre écologique, disparaît peu à peu des palettes des parfumeurs, au profit de molécules de synthèse, certes intéressantes, mais sans avoir le relief et l’altitude de l’ingrédient originel.

Il y a probablement un joli tour de passe-passe entre Ambre Noir et ambre gris, ne serait-ce que dans le nom et pour donner le ton et la précision du dit sujet. A son propos, le service de presse des parfums Dior confirme la présence d’ambre gris. Une prouesse que j’apprécie en ces temps de dictature tout azimut. J’ai toujours plus qu’aimé l’ambre ou les ambiances ambrées, quitte quelquefois à me faire doubler et tromper par des fragrances qui n’en avaient que le nom ou qui du moins m’y faisaient penser: Ambre Sultan de Serge Lutens et M7 de Yves Saint Laurent réalisé par Jacques Cavalier. Quoique très différents, les deux jouaient du hautbois mais sans les glorieuses trompettes. Même sans ambre et après m’avoir fait tourner en bourrique et barrique, je les apprécie toujours autant, sans encore apprécier la cornemuse. Comme beaucoup d’hommes aux abois, mes narines frémissent dès qu’il y a un peu de fumée ou de fumet. On ne se refait pas, quitte à être manipulé de toute bonne foi et avec les meilleurs bois.

cologne dior Ambre Nuit Cologne est un joli nom, même s’il est trompeur. De la nuit, on s’attend à une certaine épaisseur, tandis qu’ici on est dans une certaine clarté. Plutôt gris que noir, l’ouvrage créait par François Demachy, le nez du groupe LVMH, est assez interpellant. L’ambre appelle le chaud, le sensuel, le velouté, l’extravagance, alors que le registre Cologne invite à la fraicheur et à la simplicité, à une certaine spontanéité. Autrement dit, comment faire cohabiter deux directions opposées, comment fusionner Vogue et Modes & Travaux sans trahir l’un et l’autre, sans se mouiller !

Plutôt que d’aller à vau-l’eau, l’entreprise balise assez bien les effets contraires sans pour autant se fractionner en milles eaux et morceaux. L’ambre tient le peloton de tête et se laisse peu déborder ou dévorer par une essence de Rose Turque et un effet cédré. La seule vraie note de fraicheur provient de la bergamote qui, à mon sens, est plus lascive que tonique, presque exilée dans cette composition bien tempérée toute voile dehors par un jour sans vent.

En fait, la traversée n’est pas aussi facile qu’elle n’y paraît. Il y a du Ripley dans l’air, ce qui ne facilite pas l’embarquement. Mixte, sûrement, à condition d’en être le maître ou la maîtresse à bord 

Quand je lis dans le dossier de presse qu’on peut s’en «splasher» , je tousse ouvertement – et je fume !!! Non, par petites touches, vous dis-je, même si le sillage n’a pas de réelle longueur, il peut être à l’opposé de ce que vous espériez.

Ambre Nuit Cologne, Dior, 125 ml, 98€. http://www.diorbeauty.com.

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«UNTITTLED» MAISON MARTIN MARGIELA par Jean-Luc Suchet

 

margiela Pour son premier parfum, Martin Margiela nous met au vert ou plutôt nous impose un flash vert inattendu, inhabituel, intriguant, en tout cas dépaysant. Grâce ou à cause de cela, cette composition atypique sera soit aimée, soit rejetée. A une époque où le consensuel règne en maître ou presque, ce genre de proposition fait un peu pavé dans la mare et donne un réel coup de fouet – au nez – qui, depuis un certain temps, a tendance à s’engourdir dans les brassées foisonnantes, et un peu lassantes, de fleurs blanches. Ce ne sera pas la première fois que ce créateur particulier nous étonne par ses talentueuses frasques. Il est rarement là où on l’attend.

mode bis Depuis près de vingt ans, il affiche une différence radicale dans ses créations vestimentaires et insuffle au monde de la mode un courant visionnaire en détournant et en réinterprétant sans concession les bases de la garde-robe, tout en respectant savoir faire et tradition. Le vêtement à nu souvent customisé pour lui donner du vécu, les ourlets coupés à vif, la doublure visible quand elle ne prenait pas le dessus, un aspect vintage, des manches en trop, des chaussures à talon sans talon, des créations uniques composées de pièces de récupération comme deux robes du soir pour au final n’en faire qu’une ou un boléro fait avec des chapeaux, sont quelques unes de ses inventions les plus marquantes qui, signalons-le, frisaient souvent la perfection. Une perfection magistrale que l’on a pu admirer plus nettement lorsqu’il fut directeur artistique des collections du prêt à porter féminin de Hermès de 1998 à 2003.

Plus que discret, très rarement photographié, Martin Margiela laisse la place à ses créations plutôt que de se mettre en avant. C’est d’ailleurs de manière très confidentielle qu’il annonce son départ en 2009 de sa marque, Maison Martin Margiela. Retraite pure et dure, il n’a jamais que 53ans… ou simple repos sabbatique, lui seul le sait.

icone-untitled  Toujours est-il qu’on nous assure qu’il a été partie prenante de cette création olfactive confiée à la Division Produits de Luxe de l’Oréal. Alors que l’on s’attendait à un patchouli, qu’il a souvent mis à l’honneur afin de parfumer soit l’un de ses défilés ou l’une de ses boutiques, on est face à une fleur de bitume, le galbanum avec son odeur si particulière de petits pois frais. Sauf que dans cette fragrance, il est travaillé et revendiqué sous toutes ses coutures, sous forme d’essence et de résinoïde, ce qui lui donne une belle hauteur et une densité certaine. La fameuse note verte qui s’était fait connaître et apprécier dans le célèbre Vent Vert (1945) de Balmain trouve là de quoi s’envoler en majesté. On est un peu loin des senteurs des tiges de fleurs fraichement coupées, des accents suaves et amères de jacinthe. En effet, le présent discours dirigé par Daniela Audrier (Givaudan) est tout autre, très concentré par l’aspect résineux, goudronneux, gommeux, presque rugueux du galbanum, que des notes de lentisque et d’encens viennent soutenir telles de bonnes et fidèles amies; à l’opposé total de Scent By Issey Miyake qui est beaucoup plus cristallin. Il en ressort un parfum tout droit, condensé en lui-même, peu facetté, radical lui aussi, mais non sans charme. Bien entendu, la composition est plus espiègle qu’on ne le pense, quelques traits d’absolu de fleurs d’oranger, de jasmin et de cèdre l’enveloppent et l’assouplissent pour mieux le faire aimer, au féminin comme au masculin.

Si le flacon rappelle un tant soit peu les fioles des apothicaires d’antan, de même que le vert végétal du jus, il n’en garde pas moins la touche Margiela qui fait cohabiter ancien et moderne. Etiquette et fils blancs rappellent les codes précis du créateur.

Untittleld, Maison Martin Margiela, Eau de Parfum 30ml, 55€. (Grands magasins à partir du 1er mars).

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