Archives de Catégorie: Parfum culte

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J’Adore de Dior a 10 ans !

j'adore pub « La nef où elle se tenait, comme un trône bruni, brûlait sur les eaux ; la poupe était d’or battu ; pourpre les voiles, et si parfumées que les vents en défaillaient d’amour. » (William Shakespeare)

 

Il en est des parfums comme des êtres, certains ont la vocation du bonheur. Créé en 1999, J’adore est un parfum joyeux qui a l’odeur de l’allégresse. Le bouquet floral est le genre idéal pour incarner la féminité irradiante et heureuse, cette déesse moderne au teint d’or et à la chevelure dénouée dont le corps souple ondule avec charme. Le premier grand floral du siècle à la fois très fleuri, très fruité et très musqué brille des notes de tête aux notes de fond. En 2008, il est n°2 des meilleures ventes de parfums féminins. Il se taille la même année  une robe du soir ou plutôt un absolu et une concrète. François Demachy, le parfumeur-créateur de Dior a ciselé cet accord lumineux pour mieux révéler de nouvelles intensités florales et susciter des variations dans la gestuelle du parfumage.

Par cette eau de Parfum infiniment raffinée, J’Adore incarne le triomphe de la Haute Parfumerie, qui sait exprimer la noblesse des matières premières d’exception et qui s’appuie sur une expertise séculaire, celle de l’extraction, découverte au cours du XIXème siècle. De cette précieuse matière, aux allures de cire odorante et que l’on appelle la concrète, le parfumeur obtient une substance liquide, l’absolu. Cette expertise ne fait pas que s’apprendre, elle se vit au cœur de la fleur et au flair du parfumeur. François Demachy, enfant de Grasse, connaît bien ce procédé qui a fait la réputation de sa ville et il a choisi de mettre en avant quatre fleurs, parmi les matières premières les plus nobles de la parfumerie : l’Ylang-Ylang, la Rose Turque, le Jasmin Sambac et la Tubéreuse.

Dans l’Absolu de J’adore, François Demachy exalte le cœur précieux des fleurs. Plus riche et moins volatil que l’essence, l’absolu capte la facette la plus secrète et insoupçonnée de la fleur. Ainsi, le jasmin Sambac révèle son double visage : délicat à la manière de la fleur d’oranger mais aussi sauvage et animal. La tubéreuse délivre la senteur voluptueuse et enivrante de sa note fruitée. L’Ylang-Ylang exprime son visage tropical dans la beauté de son composant épicé, si rare dans l’univers floral. Quant à la reine des fleurs, la rose turque, elle vibre en rondeur d’un piquant irrésistible.

p_j-adore-de-dior-le-parfum_2869 Pour habiller et parer de mille feux ce parfum, le flacon est fidèle à la tradition Dior et a les allures de l’amphore, taillée chez Baccarat. Le col, comme un cou de femme, est paré d’or. Une inspiration qui fut tirée de la Collection Couture Massaï de John Galliano. Le flacon de l’Absolu est coiffé d’ un or légèrement rouge, afin d’exprimer la quintessence de la fragrance. Une gestuelle nouvelle est également introduite en 2008 avec le boîtier précieux, qui renferme la concrète et qui invite à un rituel délicat, nomade et contemporain.  J’Adore n’est-il pas comme une femme : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre ?

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Le De et l’Interdit de Givenchy (1957)

image En 1952 : Hubert de Givenchy ouvre sa boutique au 8, rue Alfred de Vigny. Il a 24 ans et il présente sa 1ère collection  le 2 février 1952, qui fut remarquée par ses « séparables ». Le premier modèle fut une simple blouse en coton blanc, baptisé « Bettina » qui remporta un triomphe et le fit connaître de la profession. Il crée aussi une collection « Givenchy Université » : ligne de prêt-à-porter de très grand luxe. En 1953 : c’est la naissance d’une amitié avec Cristobal Balenciaga, « son maître » dont il hérite du goût pour les vêtements architecturés et le dépouillement. C’est aussi le début d’une longue et profonde amitié avec Audrey Hepburn, qui lui ouvre les portes de Hollywood, où il a le privilège d’habiller et d’admirer les actrices et les célébrités. Mais avant tout, « L’image d’Audrey est associé à mon nom » dit-il.

image Dès 1957, les Parfums Givenchy sont créés, année du lancement du De, qui est un parfum rare, « une partie de mon nom » disait Givenchy en pensant à sa particule. Mais ce parfum se veut surtout une référence à la haute couture. Le De était destiné tout d’abord aux amies proches et clientes des boutiques Givenchy, comme un accessoire complémentaire et indispensable. Ce bouquet floral classique, dans la lignée du Dix de Balenciaga.

image L’année suivante, en 1958,  il offre à son  égérie, Audrey Hepburn, un parfum scellant leur amitié : L’Interdit. Elle est longue, fine, élégante, en un mot racée. Il l’habille à la ville comme à l’écran, Sabrina en 1954, Ariane et Funny Face en 1957, Diamants sur canapé en 1961, Charade (1963), Deux têtes folles (1964), Comment voler un million de dollars (1966). Elle incarne à merveille le style Givenchy, « Ces merveilleux vêtements qu’Hubert m’a faits ! Quand je les porte, ils m’enlèvent mon insécurité, ma timidité. Je sais que je suis au mieux de moi-même : c’est la moitié de la victoire (…) si j’ai mon petit tailleur noir avec ses jolis boutons, je peux parler devant 800 personnes ! Hubert m’ a vraiment donné confiance en moi. ». Cette amitié indestructible débute l’été 1953, alors que Audrey termine le tournage de Vacances Romaines et s’achève à la mort d’Audrey le 20 janvier 1993. Comme dernier adieu, elle lui offre un manteau bleu marine en lui disant : « Voilà, mon Hubert, aussi longtemps que tu le garderas, je te protégerai de tout mon amour. »

image Jumeaux d’esprit, ils sont intimes de cœur et c’ est pour cela que Hubert de Givenchy lui offrit ce parfum, L’Interdit : un fleuri aldéhydé, nuage de poudre et d’épices, jasmin, rose, poivre et clou de girofle. Un accord paré de fève Tonka, de santal, d’encens et d’ambre. Quelques années plus tard, la Maison Givenchy souhaita commercialiser ce parfum.  Pour son lancement mondial en 1964, Audrey Hepburn pose devant l’objectif du photographe Bert Stern pour un magnifique portrait qui servit à la campagne de publicité.

image Cinquante ans plus tard, l’ Interdit vécut quelques retouches, qui mirent en valeur l’ accord de fleurs délicates en tête et en coeur, composé de fleur d’ oranger, de rose blanche et de jasmin. En fond,  le parfum caresse la peau  dans un effet de voile soyeux, composé d’ héliotrope et de  fève Tonka.  Une grâce qui s’ harmonise si bien avec les yeux de biche d ‘Audrey Hepburn et qui reste plein de charme et d’ élégance ! Un parfum de féminité absolue.

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"L’AIR DU TEMPS" NINA RICCI (1948)

 

ParfL'AIr du temps En 2008, L’Air du Temps fête ses 60 ans ! « Mon but a toujours été de donner à la réalité les couleurs du rêve » confiait Robert Ricci. Ce rêve fut transformé en robes et en parfums. Pour Robert Ricci, la création d’un parfum était un acte d’amour, vrai ou imaginaire. L’Air du Temps, est un parfum qui a captivé l’essence même de l’amour au point d’ensorceler des générations de femmes.

Robert Ricci fondent avec sa mère Nina Ricci une maison de haute couture en 1932. Pendant la guerre, l’idée lui vient d’associer à son tour robe et parfum. Les temps changeaient et Robert Ricci analysait l’avenir de sa Maison ainsi :  » La haute couture reste un luxe réservé à un petit nombre, tandis que le parfum est beaucoup plus accessible. Sa clientèle est pratiquement universelle. Pour deux ou trois cents francs dans n’importe quel pays, une femme peut acheter un produit de qulité qui lui donnera plusieurs semaines de plaisir. » En 1946, il lance son premier parfum Coeur Joie, créé par Germaine Cellier (ROURE).  Ce parfum porte un nom, symbole de la joie de la victoire, du bonheur de retrouver la liberté après les années noires de la guerre et de l’Occupation Allemande.

En 1948, l’aventure de l‘Air du Temps commence et célèbre à la fois la féminité, le sens du désir et la découverte d’une légèreté insouciante.  L’Air du Temps , cette expression familière fut choisie car elle traduit l’air que l’on respire, l’humeur du moment, la modernité mais aussi et avant tout, l’esprit du bonheur, la volonté de vivre pleinement chaque instant de la vie. « Plus jamais ça! » pensait-on alors tout en se grisant de liberté retrouvée, de champagne et de jazz dans les caves de Saint-Germain des Prés. La France entière engage ce même pas avant de s’installer dans les Trente Glorieuses entre paix sociale et prospérité.

Ce nom poétique, expression typiquement française exprime aussi le raffinement et la subtilité de Nina Ricci. La femme de L’Air du Temps est féminine, rêvée, idéalisée, séductrice et sensuelle.  Robert Ricci a été également un des premier à penser aux jeunes filles de l’après-guerre, légères, gaies, discrètes, désinvoltes, riches d’une féminité prête à se déployer comme les ailes des colombes.

L’Air du Temps conquit l’admiration universelle et est considéré comme un parfum marquant de ce siècle, ayant inspiré bon nombre de créations. La fascination qu’il exerce tient à ce que son extrême simplicité première, s’appuyant sur des produits naturels, atteint complexité et richesse. Pari créatif pris par le parfumeur Francis Fabron et qui s’exprima dans un exceptionnel accord oeillet épicé-gardénia et un bouquet subtil d’essences naturelles (rose et jasmin). Ce parfum apporte une touche d’originalité pour l’époque en intégrant pour la première fois dans un parfum, le salicylate de benzyle. Selon le parfumeur, cela permettait de mettre en valeur le bouquet floral. Il déclare alors : « Il faut tenir compte de cette touche mystérieuse par laquelle un parfum séduit plus qu’un autre : il y a dans l’Air du Temps un petit miracle qui lui donne sa forte personnalité. » Robert Ricci le définissait ainsi : « Délicat, jeune, romantique et sensuel, L’Air du Temps est un parfum vivant, bien équilibré et cohérent depuis ses notes de tête jusqu’à ses notes de fond attirantes. L’Air du Temps diffuse un mystérieux pouvoir de séduction.

Voulu et conçu comme un produit de luxe et non de mode, soumis aux lois changeantes du goût et de l’humeur, L’Air du Temps recherche l’harmonie entre le parfum, son nom, sa présentation et la manière dont il est décrit au public. Il est ainsi d’une rare et parfaite cohérence. Pour cela, il lui fallait un écrin de choix : « Si le parfum est un art, disait Robert Ricci, l’objet qui le contient doit être un chef-d’oeuvre, le chef-d’oeuvre d’un artisan. » La robe du flacon serait ausssi séduisante que le jus lui-même. Elle devait évoquer les senteurs qu’elle habillait. Le cristal serait – même de suggérer L’Air du Temps sans rien dévoiler de son mystère.

Cependant, le flacon « colombes », symbole universel de l’Air du temps, n’est pas le flacon originel de 1948. Robert Ricci avait tout d’abord trouvé un flacon fabriqué par le sculpteur espagnol Juan Rebull, représentant un soleil  en cristal entouré de rayons. Sur le bouchon était gravée une colombe. Les éléments d’identification spontanée du parfum étaient déjà présents : la lumière, le soleil rayonnant et surtout la colombe.

Dès 1951, Robert Ricci et Marc Lalique redessinèrent ce flacon. Les deux colombes voltaient au-dessus d’un tourbillon de cristal, un thème réinterprété par quatre générations de flacons. Ce flacon romantique orné de deux colombes venaient symboliser l’amour et la tendresse, la paix et l’éternelle jeunesse. Les colombes à la blancheur immaculée, tendrement enlacées semblent envelopper avec grâce le flacon de leurs ailes. Ces colombes ne tarderont pas à déployer leurs ailes vers les quatres coins du monde, afin que l’Air du Temps embaume et enivre la planète. Dès 1953, les ventes décollent et de nos jours un flacon de l’Air du temps est vendu toutes les cinq secondes dans le monde !

Pendant quarante ans, de 1948 à 1998 la communication publicitaire s’est faite peu à peu art véritable pour exprimer un monde onirique, féminin et d’une tendresse infinie. L’Air du Temps a tissé une belle histoire d’amour avec l’art.

Dimitri Bouchène, d’origine russe, ancien conservateur du Musée de l’Ermitage de Saint Petersbourg, décorateur de théâtre et de ballet fut sollicité par Robert Ricci pour illustrer l’habillage des parfums. Jusqu’en 1960, il entoure d’imaginaire l’Air du Temps et donne ainsi le ton. Andy Warhol mit en scène L’Air du Temps, pour une vitrine réalisée en 1955, dans un univers enfantin empli de cupidons, de fleurs et de papillons.

L’ère des jeunes filles en fleurs commence en 1971 lorsque Robert Ricci rencontre David Hamilton. On se souvient encore de ces deux jeunes filles coiffées de chapeaux de paille à rubans au milieu d’ un envol de colombes. De cette collaboration riche entre les deux hommes naît une imagerie romantique : femmes-fleur, danseuses issues du rêve, décors oniriques. Un ton et un style qui marqueront au fil des artistes l’univers de L’Air du Temps pour en faire un parfum dégagé du réel.

l'air du temps ann Pour le 60ème anniversaire de ce parfum légendaire, La Maison Nina Ricci sort une édition limitée à 460 exemplaires d’un flacon en cristal noir, signé Lalique. Colombes, magie, femme-ange ou femme-fleur, tendresse et sérénité, amour et douceur sont toujours contenus dans L’Air du Temps; Il est encore permis de rêver et d’espérer. L’Air du Temps pourrait représenter ce luxe, qui au-delà de ses formes parfaites, exprime l’âme en paix, s’élevant vers le sublime et vagabondant dans la sérénité.

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MISS DIOR de CHRISTIAN DIOR (1947)

 

clip_image002[6]Les « années Dior » commencèrent un dimanche d’hiver avenue Montaigne. Alors que tout Paris grelotte par -13°, le « New-Look » naît sous les yeux émerveillés d’un public choisi et invité dans un hôtel particulier au 30, avenue Montaigne le 12 février 1947.

Dans les salons de style Louis XVI aux tons gris perle, un homme entre deux âges mais pas inconnu du milieu de la mode, venait de faire une révolution en imposant au monde une nouvelle silhouette de la femme, toute en ampleur, grâce, élégance et féminité. Le style Dior était né que Carmen Snow, rédactrice en chef de Harper’s Bazaar avait défini par ses paroles désormais légendaires : « It’s a révolution dear Christian, your dresses have such a new look ! ». Une nouvelle légende dans le monde du luxe était née, consacrée dès 1947 par l' »Oscar de la Couture », reçu des mains de Neimann Marcus à Dallas (USA). En 1950, la maison Dior réalise 55% des exportations de la haute couture française.

clip_image002[8]Les débuts de Christian Dior dans la haute couture furent un triomphe international. Cet homme de quarante et un ans, ancien styliste chez Lelong, avait comme unique souhait de « créer une petite maison de couture discrète, pour des femmes vraiment élégantes, triées sur le volet (…) ». Le patron du textile Marcel Boussac lui avance les fonds pour ouvrir sa maison de couture et met à sa disposition un stock immense de tissu. Le rare se mêle au beau et Christian Dior peut alors révolutionner la tournure féminine … par un retour à la tradition, à une esthétique qui rappelait celle du XVIIIème siècle !

clip_image002Christian Dior souhaitait dès 1946 lancer un parfum afin « d’entourer chaque femme d’une féminité exquise, comme si chacune de mes robes, disait-il, une à une, émergeait du flacon ». Pierre philosophale de son univers, le parfum était à ses yeux le complément indispensable de sa couture, l’accessoire qui prolongeait son style, l’empreinte invisible de son « New Look ».

« Je pense être créateur de parfums aussi bien que créateur de haute couture, disait-il. Je suis devenu parfumeur pour que l’on ait qu’ à déboucher un flacon pour imaginer toutes mes robes, et afin de construire, pour chaque femme que j’habille, un sillage à son inoubliable aura. »

Inspiré du « Chypre » de Coty (1917), Christian Dior souhaitait un parfum frais mais sensuel, jeune mais indémmodable. Avec un ami Serge Heftler-Louiche, ancien président des Parfums Coty, il fonde les parfums Christian Dior et lance en 1947 « Miss Dior ». Chrsitian Dior en fait lui-même une jolie description : « Miss Dior est léger, frais et vif, depuis les premières notes de galbanum et de gardenia, rehaussées par l’impertinence de la sauge. Puis, s’enroulant dans l’espace parfumé, le charme insaisissable du jasmin, de la rose et du néroli se mêle aux en voûtantes harmonies du patchouli et du ciste-labdanum, tendis que la chaleur veloutée de la mousse de chêne s’attarde dans l’air. »

Miss Dior fit son entrée dans le monde, habillé de cristal de Baccarat dans un flacon « très couture », dessiné par Fernand Guéry-Colas. Ce flacon-amphore décliné en trois couleurs (bleu, blanc, rouge) symbolisait les courbes harmonieuses de la ligne « corolles » du New-Look » : délicat cabochon posé sur une fine encolure, arrondi gracieux du corps descendant jusqu’à son pied léger. Ce parfum capturait l’esprit des jeunes-filles modernes, fraîches et fougueuses. Miss Dior était l’une d’entre elles, peut-être même leur égérie ?

Pendant la première année de production, les Parfums Christian Dior produisirent seulement deux cent quatre-vingt-trois flacons de ce nouveau parfum. Un luxe donc très confidentiel pour l’époque, même si la taille des entreprises était infiniment plus petite que de nos jours. Mais la demande affluait et la petite usine près de Paris avait du mal à satisfaire la demande, d’autant que le flacon de Baccarat ne pouvait être produit en grande quantité. Christian Dior dut changer la présentation de son parfum.

Miss Dior Alors qu’il imaginait la collection « Verticale » en 1950, il dessina un flacon « coupé comme un tailleur », au motif pied de poule, réalisé en cristal par Baccarat. Ce motif gravé en relief sur le flacon de verre dépoli symbolisait pour Christian Dior, le contraste entre la chaleur et la fraîcheur de Miss Dior. Et c’est sans doute sur les contrastes qu’est basé l’intemporalité de ce flacon qui rejoint celle de son parfum : charme et austérité, force et féminité. Le goulot du flacon était orné d’un petit noeud papillon, le même que celui porté par le cygne, première image des Parfums Dior imaginée par René Gruau. Le petit noeud papillon tantôt blanc, tantôt noir devient le symbole de Miss Dior. Enfin, le flacon était enfermé dans un écrin reprenant le motif pied de poule noir et blanc.

MD cLégende de la parfumerie française, parfum de Haute-Couture, Miss Dior est vibrant de l’esprit de son créateur, porte en lui les symboles d’un style teinté d’élégance et de féminité, d’insolence et de sagesse. Aujourd’hui, Miss Dior se prolonge en Miss Dior Chérie, une gourmandise délicate que peuvent s’offrir les jeunes filles, afin d’enrober leur peau d’un sillage de désir ! N’était-ce pas d’ailleurs le seul mot d’ordre de Chritian Dior en 1947, lors de la création de Miss Dior :  « Fais-moi un parfum qui sente l’amour » !

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GUERLAIN : SHALIMAR (1925)

 

TN_Shalimar_2004 Shalimar … « Demeure de l’amour » en sanscrit, huit lettres qui rendent hommage à l’amour immortel et plongent les femmes dans le plaisir d’un parfum de légende.

1925, Paris vit au rythme fou de l’Exposition internationale des Arts Décoratifs. La parfumerie est consacrée par cette manifestation parmi les plus importantes industries du luxe. Un parfum de légende y représente une des plus prestigieuses maisons françaises de parfumerie presque bicentenaire : Shalimar de Guerlain.

Guerlain, une maison déjà mythique, fondée en 1828 par le fils d’un artisan potier d’étain, Pierre-François-Pascal Guerlain. Après avoir étudié la médecine et la chimie en Angleterre, il revient en France et s’installe au rez-de-chaussée de l’hôtel Meurice à Paris. Décidé à consacrer tout son savoir, sa ténacité et son audace au service du monde des parfums et de la beauté, il énonce un axiome qui est encore de nos jours la règle d’or chez Guerlain :  » Faites de bons produits, ne cédez jamais sur la qualité. Pour le reste, ayez des idées simples et appliquez-les scrupuleusement. »

L’avenir lui donnera raison. « Parfumeur sur mesure » des personnalités de son époque comme Honoré de Balzac ou Lord Seymour, célèbre dandy appelé aussi Milord l’Arsouille, il compose des harmonies d’odeurs pour ces têtes célèbres titrées ou couronnées le temps d’un soir, l’espace d’un parfum.

La consécration arrive en 1853, lorsque Pierre-François-Pascal Guerlain offre à l’Impératrice Eugénie L’Eau de Cologne Impériale, dans son célèbre et splendide flacon dit « aux abeilles », emblématique de l’Empire et par la suite de la Maison Guerlain. Il obtient alors le titre très convoité de « Fournisseur de l’Empereur », qui lui ouvre la porte des Cours Européennes, dont il devient le parfumeur attitré.

Ses fils reprennent le flambeau en 1864 : Gabriel s’occupe de la gestion et du développement commercial et Aimé s’installe derrière l’orgue à parfums pour nous offrir en 1889 un parfum révolutionnaire à plus d’un titre, marquant ainsi les débuts de la parfumerie moderne : Jicky. Démarrant sur l’accord bien connu de la vénérée et vénérable Eau de Cologne, Jicky s’achève sur des accents inconnus et profonds à l’animalité chaude et tenace.

Les femmes s’affolent, les dandies en raffolent et adoptent ce parfum qui introduit pour la première fois dans sa composition une association de produits de synthèse, la coumarine et la vanilline alliée aux essences naturelles. Aimé engagea le fils de Gabriel, Jacques, qui devint à seize ans l’héritier spirituel et artistique de son oncle et le créateur de parfums magnifiques comme « Après l’Ondée »( 1906), L’Heure Bleue,(1912), Mitsouko (1919), Vol de Nuit (1933), Liu (1929), Ode (1955).

jardin Shalimar Dès 1921, commence la genèse de Shalimar, parfum mythique rendant hommage à une légende orientale. Paris s’enfièvre des rythmes endiablés du charleston. La ville-lumière rassemble toux ceux ayant engendré le temps et prend des allures cosmopolites et élitistes. L’engouement pour l’Orient et l’exotisme en général y est incroyable. Jacques Guerlain se met à rêver à un parfum ancré dans son époque, où flotte un air de liberté et de folie.

shali C’est alors qu’un maharadjah, rencontré à Paris, raconta à Jacques et Raymond Guerlain l’histoire de l’amour immortalisée par le Taj Mahal et les jardins de Shalimar, unissant l’empereur Shäh Jahän et son épouse vénérée Muntaz Mahal. Ce parfum serait l’ultime présent que l’Empereur aurait créé pour sa bien-aimée au milieu des senteurs exotiques des jardins de Shalimar. L’Orient et le romanesque se croisèrent donc pour que jaillisse de l’imagination créatrice de Jacques Guerlain, un des plus beaux parfums de tous les temps.

L’accord principal fut trouvé en un instant par une impulsion soudaine : Jacques Guerlain jeta dans un flacon de Hicky une bonne dose d’un nouveau produit de synthèse : l’éthylvanilline, à la note de vanille puissante à la fois crémeuse et douce, qui ajoutait quelque chose de merveilleusement érotique à un parfum. Cela fit de Shalimar , dit-on chez Guerlain, « une robe du soir outrageusement décolletée » !

Une fois la signature donnée à Shalimar par cette note puissamment vanillée, l’équilibre restait à trouver pour parfaire ce qui allait devenir un chef d’oeuvre olfactif. La note de tête est fraîche grâce aux notes hespéridées et à la puissante concentration de bergamote. Puis le coeur prend toute son ampleur avec des accors irisés enveloppants et poudrés qui préparent le sillage sensuel exacerbé par la vanille et auréolé de notes balsamiques. Ce parfum veut transcrire l’Orient en quelques secondes, avec tumulte, passion, puissance et sensualité.

L’un des plus jolis compliments et des plus beaux hommages vint d’Ernest Beaux, créateur du célèbre N°5 de Chanel (1921) :  » Si j’avais utilisé autant de vanille, j’aurais juste été capable de faire un sorbet ou une crème anglaise, alors que lui (Jacques Guerlain) en fit un chef d’oeuvre, Shalimar !  » disait-il émerveillé.

shali flacon Alors il fallut habiller ce parfum merveilleux et Raymond Guerlain lui tailla une robe somptueuse et éternelle. L’inspiration du dessin du flacon lui vint de l’art stupa, caractéristique de l’Inde mogole, qui représente des bols remplis de fleurs et de fruits gravés sur la pierre ou brodés sur les tapis. Le bouchon bleu saphir en forme d’éventail était inspiré d’une pièce d’argent appartenant à la famille Guerlain. Un flacon de luxe fabriqué chez Baccarat qui demeure une pièce d’art pour les collectionneurs.

Souvent imité mais jamais égalé, Shalimar, reste un parfum-symbole des parfums orientaux, renouant ainsi avec les racines de la parfumerie, vers l’Orient où le parfum naquit. Inspiré par une légendaire histoire d’amour, Shalimar est devenu à présent sa propre légende.

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Le N°5 de Chanel (1921)

 

Gabrielle  Elle s’appelait Gabrielle.

Elle était mince, elle était brune, elle était ardente, à l’époque où les femmes étaient blondes et fondantes dans leurs rondeurs. On la remarqua.

Un jour, toutes les femmes voulurent lui ressembler. On l’appela Coco. Elle devint Coco Chanel et toutes les femmes quittèrent leurs oripeaux, plumes et afflutiaux. Elle leur enseigna les costumes Chanel, le jersey, le bon tweed moelleux, le raffinement poussé jusqu’à la simplicité discrète, tout ce qui rend jolie sans entraver. Tout un style, celui de la modernité, celui de l’indémodable, celui de l’accord entre le corps des femmes et leur envie de séduire. Elle fut la mode, elle imposait ce qu’elle aimait porter. « La mode passe. disait-elle, seul le style reste ».  Elle fit le choix avec audace de la liberté, fut à l’écoute de son époque et au coeur des tendances inventa une nouvelle allure, celle de la femme moderne.  » Mon époque m’ attendait, je n’ ai eu qu’ à venir, elle était prête » (Gabrielle Chanel)TN_Chanel07

En 1921, tout comme elle avait déjà accompli une révolution dans la mode, elle allait en accomplir une dans le parfum.

Elle était douée d’un odorat très fin.Gabrielle  Chanel prétendait sentir l’ odeur des mains qui avaient coupé les fleurs et elle avait fait sienne une phrase de Paul VALÉRY , qui affirmait qu’ une femme qui ne se parfume pas n’ a pas d’ avenir. Elle qui avait libéré les femmes du corset, ne voulait pas les enfermer dans des odeurs de fleurs, véritables carcans olfactifs rococos, qu’ elle exécrait. Non, ce qu’ elle désirait était autre : une luxueuse abstraction, si chère pour qu’ aucun autre parfumeur n’ ait l’ audace de la copier. Elle recherchait cette fleur indéfinissable, « l’ absente de tout bouquet », selon l’ expression de Mallarmé, mais qui allait appartenir définitivement à son univers. « Les femmes portent les parfums qu’on leur donne ! Il faut porter un parfum qu’on aime à soi. Quand je laisse une veste, je sais aussitôt qu’elle est à moi. » affirmait-elle.

En 1920 , au cours d’ un voyage sur la Côte d’ Azur , terre d’ élection des fleurs et des arômes , elle rencontre le parfumeur Ernest Beaux qui rêve aussi de transformer les règles traditionnelles de la création olfactive.  Gabrielle Chanel le charge de « composer un mélange abstrait , unique et somptueux ».  Dans le laboratoire de créations de parfums, à La Bocca près de Cannes, elle est séduite par les innombrables flacons d’ essences rares que lui montrait Ernest BEAUX, tout en lui expliquant comment il arrivait à partir de toutes ces essences à réaliser des mélanges harmonieux.

Ernest Beaux imagine alors cinq variantes, d’ une fragrance totalement originale. Puisque outre le jasmin , elle emploie quelques 80 composants et pour la première fois recourt ouvertement aux aldéhydes .

Il présente deux séries à Mademoiselle CHANEL : la première , numérotée de 1 à 5 , et la seconde de 20 à 24. Elle choisit la cinquième, mais il fallut encore l’enrichir en jasmin de Grasse, matière noble et onéreuse.

Une révolution olfactive : une composition aldéhydée

Ernest Beaux raconte que la création du N°5 remonte précisément en 1920 à son retour de la guerre : « J’ ai été amené à faire une partie de campagne dans une région septentrionale de l’ Europe, au-delà du Cercle Polaire à l’ époque du soleil de minuit, où les lacs et les fleuves exhalent un parfum d’ une extrême fraîcheur ».

Il garde cette note en lui et la réalise, quelques temps plus tard, grâce aux aldéhydes.

La réussite d’ Ernest Beaux fut d’ arriver, grâce à l’ emploi de doses massives d’ essences nobles, dans ses complexes aldéhydés, à obtenir une note parfaitement équilibrée. La note aldéhydique associée aux notes fleuries (jasmin de Grasse et rose de Mai) dominait, donnant une puissance telle qu’ une atmosphère de « sillage » se dégageait derrière « la femme N°5 ».

Une présentation d’ une révolutionnaire sobriété

TN_Chanel5_2003_orange Coco CHANEL choisit de garder cette dénomination de laboratoire. Le N°5 est précisément son chiffre porte-bonheur : de nature superstitieuse, elle présente toujours sa collection de couture le cinquième jour du cinquième mois de l’ année !

Quant au flacon qui renferme le jus elle décide de lui tailler une robe de cristal dont la ligne s’ inspire des flacons de voyage issu d’une trousse de toilette masculine signée par le joaillier parisien Charvet.

Le résultat était d’ une sobriété peu courante à l’ époque, présentant une allure de fioles de laboratoire : une simple flasque de cristal aux formes géométriques , aux arêtes nettes, comme pouvaient l’ être aussi les flacons de voyage. Le flacon porte sur une étiquette simplement imprimée et non gravée , le nombre magique inscrit en noir : N°5 de CHANEL. Son coffret était aussi très simple mais revenait fort cher précisément en raison de sa qualité et de la pureté de ses lignes.

Fragrance mythique, le « parfum du siècle » eut un succès instantané. La légende raconte qu’ elle le testa immédiatement dans un restaurant de Cannes où elle s’ amusait à le vaporiser dès qu’ une élégante passait à proximité. L’ effet était radical : surprise et ravissement. Puis, elle l’ offrit à ses clientes en leur donnant les recommandations suivantes : « Vaporisez sur tous les endroits où vous risquez d’être embrassée. Toute femme qui en abuse n’ a pas d’ avenir dans la vie car elle ne fait qu’ offenser ses amis et ses admirateurs ».

Devenu au fil du temps plus qu’ une légende, il est un mythe vivant, une construction de l’ imaginaire collectif , un support intemporel et universel de rêve qui cristallise les désirs. Le N°5 est un parfum opulent, qui parle de luxe et d’ élégance avec une audace en rupture avec les codes traditionnels.

MMMarilyn Monroe en tomba amoureuse et le monde entier, suspendu à ses lèvres charmantes, succomba en 1954 à cette réplique fameuse :

 » Que portez-vous le matin? » lui demanda-t-on.

« Une blouse et une jupe », répondit-elle.(…)

« Et la nuit ? »

« Cinq gouttes de N°5 »

Un luxe, que vous apprécierez !…


 

 

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ROCHAS : FEMME (1944)

 

Femme 1 Août 1944 : Paris est libéré. Un homme amoureux veut créer un parfum pour sa future femme en dépit des sévères mesures de rationnement. Mais l’amour abat les montagnes et cet homme, un couturier de talent Marcel Rochas, décide de capitaliser sur cette rareté imposée par le rationnement en cristal et en alcool.

Alors, il invite les femmes les plus élégantes de Paris dont la duchesse de Windsor, la princesse Marina de Grèce, la Vicomtesse de Noailles ou la Baronne de Rothshild à souscrire à cette édition de luxe limitée du nouveau parfum de l’Après-Guerre. Première douceur de la paix retrouvée, ce parfum fut un triomphe et tout ayant été vendu très vite, il fallut en refabriquer.

Femme 3bis Les femmes, la couture et les parfums étaient inséparables dans l’esprit de Rochas: « On doit sentir une femme avant même de la voir » aimait-il répéter. Femme n’était donc pas le premier parfum de Rochas. Air Jeune, Audace et Avenue Matignon avaient été créés en 1936 mais étaient vendus exclusivement dans les salons du couturier ouvert en 1925 avenue Matignon. Femme tournait dans la tête de Marcel Rochas depuis quelques temps. Marcel Gosset, un des héritiers des Champagnes Gosset mais reconverti dans la parfumerie puisqu’il pensait que le champagne et le parfum étaient deux produits de luxe ayant beaucoup de choses en commun, aida Marcel Rochas à transformer le rêve en réalité. Les parfums Rochas étaient nés.

En novembre 1943, les deux hommes rencontrent un jeune parfumeur Edmond Roudniska qui s’était déjà illustré avec la création du parfum d’Elizabeth Arden It’s you en 1939. Marcel Rochas souhaite un parfum qui marquerait la renaissance de la haute couture française dans toute sa splendeur. Edmond Roudniska avait la perle rare. Femme naquit de cette rencontre, devant son pouvoir de séduction à une note de prune encore jamais utilisée et enjolivée par un accord de mousse de chêne et de pêche. Mais surtout, ce parfum avait l’étonnant pouvoir de remplir une pièce, donnant une impression de volume très spéciale.

Femme 2 Femme fut présenté en 1944 avenue Matignon dans une ambiance de luxe très parfumée et habillé d’un flacon de cristal numéroté et signé Marc Lalique. Ce flacon reposait dans un écrin de dentelle Chantilly, dentelle blanche à l’intérieur et dentelle noire à l’exterieur « pour faire face au monde » à la manière de la célèbre actrice holywoodienne Mae West. Luxe, préciosité et féminité semblent être les attributs de Femme. Cependant, afin d’adapter le parfum à la production en quantités commerciales, celui de Lalique dut être remplacé en 1945 par l’amphore classique dans laquelle Femme est toujours vendu. Le flacon fut inspiré des hanches généreuses de Mae West et de sa taille étroite. Ce flacon amphore devait être le flacon signature des Parfums Rochas dont seule la dentelle Chantilly changeait de couleurs, or pour Mousseline (1946), turquoise pour Mouche (1948), rose pour La Rose (1949).

TN_Femme8901En 1987, ce parfum culte, un des plus grands parfums du monde, avait une  clientèle vieillissante et les Parfums Rochas lui offrirent une cure de jeunesse. La formule fut simplifiée par le parfumeur Olivier Cresp pour devenir plus courte tout en gardant au parfum sa force diffusante. En 1989, Femme renaissait, habillée d’une dentelle Chantilly noire s’adressant à la nouvelle génération de femmes. L’esprit du créateur était conservé.

Celui qui introduisit le bustier en 1943 et créa en 1946 « la guêpière » fit à sa femme, la très belle Hélène Rochas, mais aussi à toutes les femmes un superbe cadeau d’amour, Femme. Un parfum éternel qui est avant tout une luxueuse ode à la féminité.

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