Boxeuses et Bas de soie chez Serge Lutens

 

Boxeuses_fond blanc_édition gravée copie  Par la froidure du jolis mois de mai, rendez-vous était pris aux Salons du Palais Royal. Une boxeuse en bas de soie m’y attendait. Mouvante et tenant la garde, cette vision de la féminité semblable à l’humeur présente de Serge Lutens, se tenait sur le ring, prête à l’uppercut mais sachant surtout que la meilleure défense reste encore l’attaque. Loin d’être KO, cette boxeuse chasse le coup et montre les mains, afin de ne pas chuter au sol. Son ennemi invisible se nomme la morosité truquée, bien trop sentie dans l’air du temps. Ses armes : deux parfums en riposte qui chassent le coup, en crochet puissant et en habits neufs. Les étuis se parent d’un beau noir ourlé de parme. La signature graphique souligne l’ élégante police « Nicolas Cochin ».

Boxeuses_Packshot Du cuir tout d’abord, Boxeuses dans la Collection des Salons du Palais Royal, me donne au premier corps à corps une envolée de Cuir de Russie et une vision de beau maroquin rouge, comme à l’époque où les femmes s’approprièrent le cuir et le portèrent sur la peau. Un temps que « les moins de 20 ans (et plus …) ne peuvent pas connaître » ! Le cuir, matière traditionnellement liée aux activités masculines était alors devenu l’emblème olfactif de l’émancipation féminine. En 1924, Cuir de Russie de Chanel avait réinterprété un accord de baumes utilisé par les officiers russes pour entretenir leurs bottes de cuir et en avait réinventé le genre par un fond chaud, un peu gras, goudronné de styrax, de bouleau et de castoréum. Il évoquait discrètement un cuir plus luxueux qui était dédié aux garçonnes mais adopté aussi par les hommes qui reconnaissaient leur univers et qui n’avaient guère de parfums encore à leur disposition. Le « cuir de Russie » était déjà un genre en soi depuis le lancement de deux compositions par Guerlain et Rimmel en 1875, sans compter toutes les Eaux de Cologne « à la russe » du XIXème siècle. Mais Cuir de Russie de Chanel, en renouvelait l’écriture, la rendant féminine, par une forte dose d’iris.

Serge Lutens qui confesse avoir aimé enfant les odeurs de garage, où l’huile se mêle à l’essence, nous permet en 2010 de retrouver la force d’un vrai cuir dans sa vision occidentale. Loin de Cuir Mauresque, Boxeuses renoue autant avec la liberté qu’avec l’élégance androgyne. Un cuir authentique qui ne ment pas dans sa filiation avec le parfum Tabac Blond de Caron, fondateur en 1919 des parfums « Cuir », « sous famille » d’un chypre, d’un ambre ou d’un floral, par l’usage de la note bouleau « pyrogéné » c’est-à-dire distillé à chaud et associée au styrax et à l’encens, à l’essence de cade et aux épices. Des senteurs âcres et puissantes qui poussent à tous les crimes olfactifs ! Une publicité de Cuir de Russie de Chanel, datant des années 20, précise que « les femmes bien élevées  le trouveront peut-être inconvenant » ! C’est pour cela que cette famille reste très étroite et attire des femmes qui osent se différencier. Notre époque qui aime le propre, se défie de l’animalité et des notes sexuellement incitatives. Guerlain a lancé « Cuir Beluga » en 2005 n’évoquant pas le fauve mais un très beau daim lisse et élégant. Kelly Calèche d’Hermès joue aussi sur une note de cuir floral (avec la rose) plein de politesse et loin de la fureur de vivre des Garçonnes. Mais en 2010, prêtes à rugir et à se battre, elles remontent sur le ring et Serge Lutens, en boxeuse masquée, se fait l’arbitre des élégances.

Bas de Soie_Packshot ter  C’est pour cela, que Serge Lutens a pensé aussi au « repos de la guerrière », lorsque seule et apaisée, elle parfait sa beauté en toute intimité. Elle enfile ses bas de soie, opération délicate qui appelle la précision afin que la jambe s’affine, s’allonge, pointée vers le ciel avant de retomber sur talons aiguilles. Bas de Soie est un parfum aérien, qui sent la peau douce et fine. Une balance parfaite entre la Hyacinthe et l’iris, qui s’entremêlent sans combat. Serge Lutens s’en amuse : « En somme, dit-il, une messe noire, où la sombre guipure rencontre la dentelle, et le bas …. Va de « soie » ». Un accord basé sur l’inattendu entortillement de ces deux fleurs, dont le bleu tire sur le mauve et qui ont tant pour s’entendre. La pointe verte de la première dynamise les accents terreux de la seconde. Il en résulte un parfum feutré, délicieusement poudré et irrésistiblement chic. Serge Lutens aime rappeler que les accords créent les parfums, à la manière d’une élégance nostalgique où chaque détail de la tournure compte, sans ostentation et sans l’éclat du neuf mais celui des belles matières. Serge Lutens aimerait nous offrir tous ces accessoires oubliés de la féminité : chapeaux, voilettes et gants parfumés.

 Packshot_fond_blanc__Mascara_Oeil_pour_oeil_BD Il nous propose un mascara, oeil pour oeil, courbe et recourbe,  qui  allonge les cils pour nous faire un regard de braise (45 euros). Mais Serge Lutens nous rappelle surtout que le parfum est une arme de séduction redoutable en même temps que le fruit de la conscience de soi, se traduisant dans des attitudes et une gestuelle très précise. Telle une boxeuse, la féminité est mobile. Impalpable, comme un nuage de poudre, elle ne peut ni se quantifier ni se contenter de clichés.

BOXEUSES – 75 ML – 120 € – EXCLUSIVITE SALONS DU PALAIS ROYAL SHISEIDO – SEPTEMBRE 2010

BAS DE SOIE  – 50 ML – 79 € –  JUIN 2010 SALONS DU PALAIS ROYAL SHISEIDO PARIS  – AOUT 2010 LANCEMENT NATIONAL

MASCARA OEIL POUR OEIL – SALONS DU PALAIS ROYAL SHISEIDO -SCENT ROOM PRINTEMPS – 45 €

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5 Commentaires

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5 réponses à “Boxeuses et Bas de soie chez Serge Lutens

  1. Pingback: Boxeuses e Bas de Soie. Cuoio e fiori per le nuove fragranze di Serge Lutens | Extrait.it

  2. Merci, Elisabeth, de ces découvertes en avant-première. Amoureuse de longue date de Cuir de Russie et des senteurs phénolées, j’attends avec impatience de sentir Boxeuses. Quant à ce Bas de Soie, quel programme… Une nouvelle déclinaison de l’iris, moins austère que le magistral Iris Silver Mist, me semble la bienvenue tout comme l’arrivée de cette note jacinthe dans le registre du Palais-Royal.

    • elisadefeydeau

      C’est exactement cela, chère Denyse et c’est la réflexion que je me suis faite aussi ! ayant adopté Iris Silver Mist, j’apprécie cette nouvelle version de l’iris, toujours aussi noble et poudrée mais fusante, étincelante, joyeuse ! un entraînement au bonheur et au baiser !! Quant au cuir, cela faisait longtemps que je n’avais pas sentir un cuir dans la tradition vraie du Cuir de Russie, chic et éternel !

  3. MEYER

    Bonjour,
    Merci pour ces deux superbes articles sur les nouveaux parfums de Serge
    LUTENS. Je suis passionnée par les parfums, et je viens de découvrir ces deux nouvelles senteurs. Est ce qu’on peut les voir dans les grands magasins
    et chez Séphora ?
    A quand Internet avec les senteurs des parfums ?
    Salutations vivement parfumées….
    Valérie.
    PS : J’ai acheté CHERGUI, et NUIT DE CELLOPHANE.

    • elisadefeydeau

      Bonjour Valérie,
      Vous avez bon goût en matière de parfums ! On peut les sentir Bas de soie chez Séphora et dans les grands magasins. Boxeuses fait partie de la collection exclusive des Salons du Palais Royal. Pourquoi pas du parfum sur internet, à condition que la technique soit bien maîtrisée. Merci de votre visite et de vos commentaires. Bien à vous, Elisabeth

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