L’AIR DE NINA RICCI par J.L. Suchet

 

image Retrouvailles avec les parfums Nina Ricci qui, je l’avoue, m’avait laissé un peu dubitatif avec leur précédent opus, Ricci Ricci. Question de goût, de tendance, de tonalité odorante… Et quand il est question de goût, est-il utile de rappeler que tous les goûts sont dans la nature. Ma chère maman me disait souvent : « Il n’y a que le mauvais goût qui sauve », elle ne m’a jamais dit de quoi. N’allez pas croire que je pense que la parfumerie actuelle ait fait sienne les précédents propos.

Dans le flot annuel de créations, il y a, heureusement, de belles réussites, mais aussi de grandes déceptions. Au rayon tsunami et grande lessive, il y en a une à pointer du doigt et du nez, c’est Belle d’Opium de YSL. De quoi faire retourner la mère Denis dans sa tombe. Elle, au moins, s’y connaissait dans la belle lessive… Cette version soit disant « jeune » du somptueux Opium atteint un misérabilisme digne de Cosette. Après tout, l’erreur est humaine, pas les catastrophes.

Cela étant dit, j’imagine aisément pourquoi une poignée de maisons propose une version contemporaine de tel ou tel parfum de légende. Comme nous, certains vieillissent mieux que d’autres, même s’ils gardent de beaux restes. Les faire évoluer sans les trahir est un exercice périlleux dont, Chanel avec son N°5 Eau Première et Guerlain avec Shalimar Parfum Initial, s’en sortent haut la main. Dans ces deux cas, il y a entre la version historique et la nouvelle proposition une filiation sensée et bien tournée.

Le concept de L’Air de Nina Ricci est un peu paradoxal. D’un côté, on nous dit qu’il n’y a aucun pont olfactif entre L’Air du Temps et L’Air, et d’un autre, on conserve une partie du nom de même qu’un flacon – très ressemblant – chapeauté de deux colombes. Sans vouloir jouer au trouble-fête, je trouve que le double jeu est assez patent, comme si l’on avait voulu garder l’air mais pas la chanson. C’est un peu étrange de vouloir suggérer quelque chose tout en changeant complètement l’essentiel, c’est à dire le jus.

En effet, il n’y a olfactivement rien de commun entre les deux créations. L’Air du Temps (1948) est un opulent bouquet floral épicé, tandis que l’Air est un floral boisé, tendrement vert, d’une bien moindre complexité odorante. Deux temps, deux mesures. La nouvelle mesure n’est cependant pas sans charme. Sa structure florale, très serrée, mêle freesia, chèvre feuille, jasmin sambac, magnolia et rose. C’est assez enveloppant sans être trop ardent ni ennuyeux. Et, surtout, on a évité de fruiter l’ensemble pour faire plus jeune, un bonheur que je salue. Le vrai et plaisant souffle de L’Air est dans ses notes boisées: patchlouli et bois de palissandre. De leur côté, hédione et musc blanc apportent la touche de modernité et aussi longueur et langueur au sillage qui devrait, sans nul doute, conquérir des jeunes femmes bien dans l’air du temps présent.

L’Air de Nina Ricci, eau de parfum 100ml, 85€.

3 Commentaires

Classé dans Notes de coeur

3 réponses à “L’AIR DE NINA RICCI par J.L. Suchet

  1. Géraldine

    Il me semble que la principale raison d’évoquer un nom, un flacon, et de les réutiliser, réside dans la volonté de capitaliser sur un mythe : ainsi une partie de la communication est déjà faite. Installer un produit, c’est aussi installer son nom ; en créant l’Air ou Belle d’opium, les marques s’appuient sur une valeur reconnue. On suggère une filiation, on fait profiter le rejeton de son succès, de sa notoriété, de ce qu’elle suggère.
    Mais alors que l’Eau Première était une relecture intéressante du n°5 tout en restant une véritable création, Belle d’Opium n’est rien de plus qu’un parasite… ravie d’apprendre que l’Air s’en tire avec les honneurs !

  2. Géraldine

    J’ai senti l’Air hier : je l’ai trouvé en effet plutôt sympa, je n’ai pas un nez suffisamment entraîné pour y sentir toutes les notes que vous citez -à part le fruit que je ferais pencher vers l’abricot. En revanche ce qui me frappe c’est une ressemblance, dans ses notes de fond, avec Jeux de Peau ! En plus aérien, moins marqué cependant.
    Cette note alimentaire mais pas sucrée, un peu « mie de pain » : savez-vous ce qui donne cet effet ?

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