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Coco Noir de Chanel : un oriental vénitien

 

coco noir Le dernier parfum de Chanel naît en août 2012, sous le signe du lion. Deux phrases de Gabrielle Chanel posent d’emblée le cadre de cette énigme olfactive, que l’on brûle de sentir :

« Avant moi, personne n’aurait osé s’habiller en noir » et aussi « Pourquoi est-ce que tout ce que je fais devient byzantin ? » Mais, comme tout ce qui se crée chez Chanel est affaire de lignage, remontons le temps pour dessiner les contours de ce nouveau trésor. En 1984, Jacques Polge créé Coco, qui est un hommage direct à Coco Chanel : « Dans la dynastie des parfums Chanel, rappelle Jacques Polge, coexistent deux registres, apparemment contradictoires, mais qui se nourrissent l’un l’autre pour donner un style, c’est-à-dire toute la personnalité des parfums Chanel. Le premier, universellement connu par le N°5 et le N°19, je l’appellerai « floral ». mais pour Coco, j’ai eu précisément envie d’un « anti-floral » afin de retrouver l’autre versant du style : cette fibre baroque et contradictoire qu’avait développée Cuir de Russie, Bois des Îles ou Sycomore, dans les années vingt ».

cchanel_cbeatonB Coco est le surnom donné à Gabrielle Chanel par les soldats en garnison à Moulins, lorsqu’elle interprétait pour eux « Qui qu’a vu Coco » dans un café-concert de la ville. Coco évoque également la veine baroque de l’appartement de Mademoiselle, situé au-dessus de ses salons de couture, rue Cambon, à Paris, avec ses paravents en laque de Coromandel, ses miroirs dorés et ses lustres en cristal d’inspiration vénitienne. C’est aussi la première création en tant que parfum féminin réalisé par Chanel depuis la disparition de Mademoiselle Chanel. Oriental Fleuri, selon la maison Chanel : « ce parfum inaugure une nouvelle génération olfactive par sa construction épice en note dominante et un accord de fond ambré. Avec une envolée florale fruitée apportée par la Mandarine de Sicile, un cœur fleuri composé d’absolu de Rose d’Orient, d’absolu de Jasmin d’Orient, de Fleur d’oranger de Tunisie, et d’Ylang-Ylang de Mayotte, elle se termine dans un sillage ambré mêlant Fève Tonka du Brésil et du Venezuela, Patchouli d’Indonésie et Opoponax de Somalie. Le flacon revêt l’équilibre et le dépouillement classiques qui font toute la personnalité des flacons d’extrait Chanel, avec des étuis noir gansés or, deux couleurs chères à Mademoiselle Chanel. »

Puis, il y eut Coco Mademoiselle en 2001, qui est une incarnation moderne de l’esprit de Mademoiselle, qui représentait l’avant-garde de la mode, en prise directe avec son époque. Composée avec les nouveaux produits de la parfumerie actuelle, cette fragrance est un oriental frais, sensuel et abstrait.

chanel à Venise Venons-en à Coco Noir : pour le prénom et la couleur, la logique est claire. Cette fois, nous sommes face à un grand baroque nocturne, un nouveau voyage dans le sillage de Gabrielle Chanel, qui va nous conduire à Venise, ville de souvenirs et de promesses, si consolatrice pour Coco Chanel dévastée par le chagrin à l’aube des années 20. La nuit vénitienne lui redonna le goût de la séduction, après la perte de son grand amour. La beauté de ce voyage en presque Orient lui rendit le sens du mystère et de la lumière, lui offrit des rencontres intellectuelles et artistiques. A Venise, Chanel fit sien l’emblème de la cité, le lion, figure symbolique de la puissance et de la liberté, son signe astral. Les signes, les chiffres, les symboles furent toujours son langage.

Dans le dernier opus de cette trilogie olfactive, l’esprit réside et se concentre dans son fond tapissé de bois et de notes musquées. Telle une succession de miroirs, les notes olfactives se multiplient sur ce fond oriental, qui déroule sur un velours imaginaire, les produits de l’antique route de la soie : santal, vétiver, encens, patchouli, vanille, fève tonka, notes musquées. La lumière apparaît et ricoche : baies roses, pamplemousse et clou de girofle annoncent le cœur sensuel et blanc du jasmin, l’accord rose/géranium, le narcisse vert et animal.

chanel coco noir2 Cette musique, c’est du baroque, toute en contrastes, en ombre et lumière, en point et contrepoint, en grave et en aigu. Tout y est dans cette valse orientale, qui nous entraîne avec la fraicheur d’un doux zéphire, dans une délicieuse ivresse. On y succombe parce que ce n’est pas ressassé, parce qu’il existe une élégance dans cette extravagance, parce que tout ne se donne pas en une fois mais se découvre à petits pas. En somme, ce parfum ressemble à une femme aussi mystérieuse qu’éclatante, dont le chic n’emprunte pas les chemins du vulgaire. Une femme Chanel. C’est pour cela aussi que le flacon est noir, une première chez Chanel, qui  préserve,illuminé d’or,  le mystère et la force de ce talisman.

Coco Noir de Chanel : Mise en vente le 17 août 2012

Vapo Eau de Parfum 50 et 100 ml : 92 et 132 euros

 http://www.meltyfashion.fr/coco-noir-de-chanel-le-nouveau-parfum-flacon-noir-au-double-c-theater-323118-986405.html

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ELIE SAAB, le Parfum

 

clip_image002[5]  De la couture au parfum, il n’y a qu’un pas que le talent franchit aisément. Les créateurs les plus inspirés savent que l’allure d’une femme naît de la silhouette pour se prolonger jusqu’à l’aura que lui donne un sillage unique.

clip_image006Inspiré, Elie Saab l’est depuis l’âge de 9 ans où, dans sa ville natale de Beyrouth, il créé une première robe pour sa sœur cadette. La rumeur se répand que l’enfant, né en 1964, est un génie autodidacte auquel font bientôt appel les élégantes de la région. Certes, les créations du jeune Elie Saab allient déjà la grâce, la minutie et la légèreté qui feront son succès auprès des femmes les plus exigeantes. A 18 ans déjà, le créateur dirige une quinzaine de petites mains au sein de sa Maison de couture ! Son sens inné de la coupe lui permet de créer à même la silhouette, sans dessin ni patron, drapant la matière à même le corps. Déterminé, il organise un premier défilé à Beyrouth malgré la situation politique instable de l’époque, faisant scintiller le voile opaque qui pèse alors sur la ville et ses femmes.

Le succès est au rendez-vous. L’enfant du Liban conquiert les stars et les princesses orientales qui ne jurent que par lui. En l’an 2000, sa collection précieuse et chatoyante est présentée à Paris. Elu membre correspondant à la Chambre Syndicale de la Haute-Couture en 2006, il ouvre une boutique au rond-point des Champs-Elysées l’année suivante. Le triangle d’or d’Elie Saab s’étend alors de Beyrouth à Paris en passant par Los Angeles. Aujourd’hui, le studio de la Maison, niché au cœur de la ville qui l’a vu naître et réussir, compte cent petites mains ainsi qu’une cinquantaine de celles qu’il appelle ses « fées brodeuses ». Entre 800 et 1000 robes par an, dont de somptueuses robes de mariée, prennent vie dans ces ateliers. L’imaginaire fabuleux du créateur s’est affirmé, mettant courbes et sensualité des femmes en valeur grâce aux étoffes les plus riches, aux coupes les plus belles. Ses robes semblent échappées d’un conte de fées, défiant celles aux couleurs du Temps, de la Lune et du Soleil que portait l’irréelle et légendaire Peau d’Ane.

La magie continue aujourd’hui, concentré de féminité niché au cœur d’un lumineux flacon. Elie Saab a pensé son effluve, créé avec le parfumeur Francis Kurkdjian, comme reflétant la volupté et la dualité de son univers partagé entre chaleur d’Orient et modernité occidentale. Composé telle une « ode à la lumière », ELIE SAAB, le Parfum se veut un floral  solaire et boisé. Les premières notes dévoilent une envolée d’orientales fleurs d’oranger, amplifiée en cœur par le jasmin et l’ombre  du patchouli. Le bouquet s’étoffe en fond grâce à un accord boisé de cèdre du Liban saupoudré d’une pincée de miel de rose.

clip_image004Ce sortilège olfactif s’alanguit dans un lourd flacon en verre taillé en cristal afin de jouer avec la lumière, la brillance et la transparence. Le prisme met en valeur le ton légèrement doré du parfum, le tout contenu dans un étui sobre et raffiné, beige, texturé et serti de fil d’or. Les mêmes tons intemporels reviennent dans le conditionnement de la gamme ELIE SAAB, le Parfum. Elle comprend la crème et le lait parfumés pour le corps, la crème de douche ainsi que le déodorant.

Cette merveille de féminité se dévoile dans une publicité capturée par le duo Mert & Marcus mettant en scène le top model Anja Rubik, telle une princesse urbaine flottant sur la ville aux mille reflets.

Que de chemin parcouru pour ce petit prince de la couture venu d’un autre monde, monté au sommet tel un funambule sur le fil du rêve et de l’élégance…

Ligne mise en vente dès le 4 juillet 2011

Eau de Parfum 30ml : 50 €

Eau de Parfum 50ml : 75 €

Eau de parfum 90ml : 102 €

Crème parfumée pour le corps, 150ml : 72 €

Lait parfumé pour le corps, 200ml : 42 €

Crème de douche parfumée, 200ml : 35 €

Déodorant parfumé 100ml : 32 €

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SHALIMAR PARFUM INITIAL par J.L. Suchet

Shalimar_plumes_V5-FD-BLANC Personnellement, je ne trouve pas que Shalimar fasse très daté. Comme toute création majeure, il résiste mieux que bien à l’épreuve du temps, preuve qu’il est et demeure un chef d’œuvre odorant. Il a toujours eu mes faveurs. Bien qu’il ait été conçu à la gloire d’une féminité certaine, sensuelle et douce, je ne le trouve pas improbable sur un homme, et j’avoue que, quelquefois, je l’ose.

Pour la petite histoire, Shalimar a été créé en 1921, comme le 5 de Chanel, c’est d’ailleurs leur seul point commun. A vrai dire, le premier créait par Jacques Guerlain, ne connut la gloire qu’on lui connaît qu’à partir de 1925. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il fut lancé aux Etats-Unis, en avant-première, à la suite d’un bienheureux hasard survenu à bord du paquebot Normandie, lors d’une traversée vers New York de Raymond Guerlain et son épouse. Celle-ci, qui testait la senteur, fit sensation. Tous les passagers lui demandèrent quel était le nom de ce mystérieux effluve. La suite, on la connaît : un triomphe fulgurant qui ne s’est jamais démenti.

Il est toujours difficile d’analyser les raisons d’un tel engouement. Shalimar est étrange, paradoxal, doux sans être sirupeux. Si la vanille en surdose joue le rôle majeur avec un brio inégalable, la composition n’en est pas moins étrangement fraiche. C’est là son luxueux mystère, que je ne me risque pas à disséquer. Des parfums qui tiennent le coup – et les ventes – depuis quatre vingt dix ans, on les compte sur les doigts d’une seule main. Si j’évoque Shalimar dans ce billet, ce n’est pas pour lui faire des compliments, il en a eu beaucoup, largement mérités, mais c’est que la maison Guerlain a décidé de faire un nouveau Shalimar, un Shalimar générationnel. Il est facile de comprendre qu’une jeune femme actuelle n’a pas forcément envie de porter le parfum de sa grande tante. Ca fait toujours un peu peur de se glisser dans les atours de tatie. De là à dire que Shalimar n’est plus dans le coup, qu’il n’est plus qu’une vieille rombière juste bonne à la retraite, ce serait lui faire un satané affront.

Mannequin Il est vrai que les parfums de ces années là avaient tendance à cogner un peu, mais, sans nul doute, on se parfumait aussi avec plus de parcimonie. Bienheureux temps ! Il est également certain que ces derniers comportaient pas mal de facettes animales qui, aujourd’hui, datent et peuvent déranger un tantinet. On ne peut pas toujours jouer au vieux ronchon en s’écriant, touche pas à mon Shalimar. Notons, par ailleurs, que pour les nostalgiques la version historique demeure. C’est Thierry Wasser, le distingué nez de Guerlain, qui s’est collé à la version Shalimar Parfum Initial. Revoir « son » grand classique semble être une envie chez quelques grands parfumeurs. On se souvient que Chanel, sous l’impulsion du talentueux Jaques Polge, a sorti un N°5 – Eau Première qui, je dois le dire, est des plus réussis. De son côté Nina Ricci s’apprête à lancer un version « moderne »de l’Air du Temps qui se nommera l’Air, et c’est plutôt joli aussi.

Qu’en est-il pour Guerlain ? De prime abord, la différence entre les deux versions eau de parfum n’est pas si flagrante, l’ambiance et le charme Shalimar sont bien là. La structure originelle n’est pas tellement bouleversée, on reconnaît facilement certaines matières premières d’antan, vanille et bergamote. Néanmoins, lorsqu’on hume de près le petit nouveau, on se rend compte que l’équilibre entre les notes n’est plus tout à fait la même. A vue de nez, les notes florales, rose et iris, se font davantage remarquer, on perçoit également quelques notes fruitées. Le tout est rondement mené grâce à un grand souffle d’hédione. Oui, l’ensemble fait plus jeune, du moins tel qu’on l’imagine de nos jours, mais sans tomber dans une fragrance pour Lolita prépubère. C’est agréable, fatalement chic, forcément très Guerlain, toujours aussi doux, très d’aujourd’hui. Si la tenue est impeccable, le sillage semble plus aérien et un petit peu moins présent que dans la version ancestrale. Au final, cet exercice qui aurait pu être un vrai casse-gueule s’avère être une belle réussite interdite au moins de dix huit ans et au plus de quatre vint ans.

Shalimar, Parfum Initial, eau de parfum 100ml, 104€.

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L’AIR DE NINA RICCI par J.L. Suchet

 

image Retrouvailles avec les parfums Nina Ricci qui, je l’avoue, m’avait laissé un peu dubitatif avec leur précédent opus, Ricci Ricci. Question de goût, de tendance, de tonalité odorante… Et quand il est question de goût, est-il utile de rappeler que tous les goûts sont dans la nature. Ma chère maman me disait souvent : « Il n’y a que le mauvais goût qui sauve », elle ne m’a jamais dit de quoi. N’allez pas croire que je pense que la parfumerie actuelle ait fait sienne les précédents propos.

Dans le flot annuel de créations, il y a, heureusement, de belles réussites, mais aussi de grandes déceptions. Au rayon tsunami et grande lessive, il y en a une à pointer du doigt et du nez, c’est Belle d’Opium de YSL. De quoi faire retourner la mère Denis dans sa tombe. Elle, au moins, s’y connaissait dans la belle lessive… Cette version soit disant « jeune » du somptueux Opium atteint un misérabilisme digne de Cosette. Après tout, l’erreur est humaine, pas les catastrophes.

Cela étant dit, j’imagine aisément pourquoi une poignée de maisons propose une version contemporaine de tel ou tel parfum de légende. Comme nous, certains vieillissent mieux que d’autres, même s’ils gardent de beaux restes. Les faire évoluer sans les trahir est un exercice périlleux dont, Chanel avec son N°5 Eau Première et Guerlain avec Shalimar Parfum Initial, s’en sortent haut la main. Dans ces deux cas, il y a entre la version historique et la nouvelle proposition une filiation sensée et bien tournée.

Le concept de L’Air de Nina Ricci est un peu paradoxal. D’un côté, on nous dit qu’il n’y a aucun pont olfactif entre L’Air du Temps et L’Air, et d’un autre, on conserve une partie du nom de même qu’un flacon – très ressemblant – chapeauté de deux colombes. Sans vouloir jouer au trouble-fête, je trouve que le double jeu est assez patent, comme si l’on avait voulu garder l’air mais pas la chanson. C’est un peu étrange de vouloir suggérer quelque chose tout en changeant complètement l’essentiel, c’est à dire le jus.

En effet, il n’y a olfactivement rien de commun entre les deux créations. L’Air du Temps (1948) est un opulent bouquet floral épicé, tandis que l’Air est un floral boisé, tendrement vert, d’une bien moindre complexité odorante. Deux temps, deux mesures. La nouvelle mesure n’est cependant pas sans charme. Sa structure florale, très serrée, mêle freesia, chèvre feuille, jasmin sambac, magnolia et rose. C’est assez enveloppant sans être trop ardent ni ennuyeux. Et, surtout, on a évité de fruiter l’ensemble pour faire plus jeune, un bonheur que je salue. Le vrai et plaisant souffle de L’Air est dans ses notes boisées: patchlouli et bois de palissandre. De leur côté, hédione et musc blanc apportent la touche de modernité et aussi longueur et langueur au sillage qui devrait, sans nul doute, conquérir des jeunes femmes bien dans l’air du temps présent.

L’Air de Nina Ricci, eau de parfum 100ml, 85€.

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L’AIR DE NINA RICCI par J.L. Suchet

 

image Retrouvailles avec les parfums Nina Ricci qui, je l’avoue, m’avait laissé un peu dubitatif avec leur précédent opus, Ricci Ricci. Question de goût, de tendance, de tonalité odorante… Et quand il est question de goût, est-il utile de rappeler que tous les goûts sont dans la nature. Ma chère maman me disait souvent : « Il n’y a que le mauvais goût qui sauve », elle ne m’a jamais dit de quoi. N’allez pas croire que je pense que la parfumerie actuelle ait fait sienne les précédents propos.

Dans le flot annuel de créations, il y a, heureusement, de belles réussites, mais aussi de grandes déceptions. Au rayon tsunami et grande lessive, il y en a une à pointer du doigt et du nez, c’est Belle d’Opium de YSL. De quoi faire retourner la mère Denis dans sa tombe. Elle, au moins, s’y connaissait dans la belle lessive… Cette version soit disant « jeune » du somptueux Opium atteint un misérabilisme digne de Cosette. Après tout, l’erreur est humaine, pas les catastrophes.

Cela étant dit, j’imagine aisément pourquoi une poignée de maisons propose une version contemporaine de tel ou tel parfum de légende. Comme nous, certains vieillissent mieux que d’autres, même s’ils gardent de beaux restes. Les faire évoluer sans les trahir est un exercice périlleux dont, Chanel avec son N°5 Eau Première et Guerlain avec Shalimar Parfum Initial, s’en sortent haut la main. Dans ces deux cas, il y a entre la version historique et la nouvelle proposition une filiation sensée et bien tournée.

Le concept de L’Air de Nina Ricci est un peu paradoxal. D’un côté, on nous dit qu’il n’y a aucun pont olfactif entre L’Air du Temps et L’Air, et d’un autre, on conserve une partie du nom de même qu’un flacon – très ressemblant – chapeauté de deux colombes. Sans vouloir jouer au trouble-fête, je trouve que le double jeu est assez patent, comme si l’on avait voulu garder l’air mais pas la chanson. C’est un peu étrange de vouloir suggérer quelque chose tout en changeant complètement l’essentiel, c’est à dire le jus.

En effet, il n’y a olfactivement rien de commun entre les deux créations. L’Air du Temps (1948) est un opulent bouquet floral épicé, tandis que l’Air est un floral boisé, tendrement vert, d’une bien moindre complexité odorante. Deux temps, deux mesures. La nouvelle mesure n’est cependant pas sans charme. Sa structure florale, très serrée, mêle freesia, chèvre feuille, jasmin sambac, magnolia et rose. C’est assez enveloppant sans être trop ardent ni ennuyeux. Et, surtout, on a évité de fruiter l’ensemble pour faire plus jeune, un bonheur que je salue. Le vrai et plaisant souffle de L’Air est dans ses notes boisées: patchlouli et bois de palissandre. De leur côté, hédione et musc blanc apportent la touche de modernité et aussi longueur et langueur au sillage qui devrait, sans nul doute, conquérir des jeunes femmes bien dans l’air du temps présent.

L’Air de Nina Ricci, eau de parfum 100ml, 85€.

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« OH, MY GOD ! » PORTRAIT OF A LADY et GÉRANIUM POUR MONSIEUR by Jean-Luc Suchet

portrait of a lady A presque un an d’intervalle, Dominique Ropion a composé ces deux fragrances insolites pour Les Editions de Parfums Frédéric Malle. L’une n’étant pas le contraire de l’autre. Monsieur va bien avec Madame, dans un genre very british, plutôt high society que middle class. A vrai dire, chez notre dandy parfumeur, gentleman Malle, il n’y rien là de bien étonnant. Au diable, chez lui, les parfums dictés par des tests, adieu au consensuel et au banal, aux « parfums de coiffeuses », place à l’élégance innovante, à l’inattendu, pour le plus grand plaisir des nez bien élevés.

Cette lady là n’a rien de gaga, exit aussi Madame Beckham et toutes les autres cruches du même tonneau. Le propos de la dite Lady évoque la grande élégance, au sens littéral du mot, un heureux mixte entre tradition et extravagance, celle qui se sent plus qu’elle ne se voit. Idem pour son compagnon, il n’est pas du genre pilier de pub, à se gratter le costume trois pièces, en public. Tout ce beau monde sait se tenir, non sans ironie et audace.

Mais, vous allez me dire, qu’est-ce que ça donne du côté olfactif ? De l’original, du bien foutu, du bien maîtrisé un peu déjanté. Les deux fragrances partagent une base de musc, de benjoin, de cannelle, de santal, de patchouli et d’encens. Inutile d’énoncer qu’elle ait des plus désinvoltes. C’est plutôt hot. Sur le masculin, elle est nettement plus en sourdine, car elle pourrait défriser la gent masculine aussi facilement qu’un jour de pluie en Cornouaille. Pour qu’elle leur aille ou du moins à ce qu’il fasse avec, la composition fait entrer en piste un cœur de géranium Chine et une absolue de menthe. Ce qui donne un côté à la fois frais et savonneux, qui pourrait sembler classique mais qui ne l’est pas du tout. En vérité, très chewing-gum.

geranium pour monsieur 100ml Etant mon propre cobaye et n’étant pas réfractaire aux essais, j’étais persuadé que j’allais me l’approprier aussi vite qu’un t-shirt de bonne qualité bien coupé. Ô rage, ô désespoir, sur moi, c’était aussi agréable qu’une friction de Synthol, ça faisait plus de mal que de bien. Question de peau, question de goût, que sais-je… Quelques temps plus tard, j’ai eu le plaisir de croiser Frédéric Malle, ce jour-là, il portait Géranium pour Monsieur. Sur lui, c’était parfait, ça lui allait comme le bleu va à la grande bleue. En fait, c’est un parfum qu’on enlève bien ou pas du tout, qu’on aime ou qu’on déteste. Un peu dérangeante pour certains, emballante pour d’autres, cette belle création, comme toute véritable création, n’est pas faite pour plaire à tout le monde frisé ou pas. Elle est à mes yeux une alternative aux fougères aromatiques, dans un genre moins bêtement viril, mais néanmoins furieusement masculin.

image Portrait of a Lady est un pur bijou olfactif. Le charme et l’arrogance à l’état pur, avec un zeste d’innocence. Aurait-il été composé pour la future princesse de Galles, Kate Middletown, ou bien alors pour l’Anglaise la plus chic au monde, Lady Yehudi Menuhin, ou certaines Kent. En tout cas, ça sent furieusement bon. Ici, la base commune donne toute sa vertigineuse ampleur, une persistance incommensurable. Il est fortement probable que le patchouli et, surtout, un dosage massif de muscs blancs, y sont pour quelque chose. Pourtant, ce que l’on garde de cette belle fragrance à vue de nez, c’est la rose. Essence et absolue de Rose Turque sont posées là comme sur un coussin de velours. Elles dévoilent mille et un sortilèges qui vont de la rose fraiche au départ, à un bouquet ultime des plus capiteux, sans tomber dans la confiture. Ce n’est ni Paris de YSL, ni Trésor de Lancôme. C’est tout autre chose, infiniment délicat mais, au final, un monstre de sensualité. Bravo !

Géranium pour Monsieur, EDP 50ml, 95€ ; Portrait of a Lady, EDP 50ml, 145€. http://www.editionsdeparfum.com

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« OH, MY GOD ! » PORTRAIT OF A LADY et GÉRANIUM POUR MONSIEUR by Jean-Luc Suchet

portrait of a lady A presque un an d’intervalle, Dominique Ropion a composé ces deux fragrances insolites pour Les Editions de Parfums Frédéric Malle. L’une n’étant pas le contraire de l’autre. Monsieur va bien avec Madame, dans un genre very british, plutôt high society que middle class. A vrai dire, chez notre dandy parfumeur, gentleman Malle, il n’y rien là de bien étonnant. Au diable, chez lui, les parfums dictés par des tests, adieu au consensuel et au banal, aux « parfums de coiffeuses », place à l’élégance innovante, à l’inattendu, pour le plus grand plaisir des nez bien élevés.

Cette lady là n’a rien de gaga, exit aussi Madame Beckham et toutes les autres cruches du même tonneau. Le propos de la dite Lady évoque la grande élégance, au sens littéral du mot, un heureux mixte entre tradition et extravagance, celle qui se sent plus qu’elle ne se voit. Idem pour son compagnon, il n’est pas du genre pilier de pub, à se gratter le costume trois pièces, en public. Tout ce beau monde sait se tenir, non sans ironie et audace.

Mais, vous allez me dire, qu’est-ce que ça donne du côté olfactif ? De l’original, du bien foutu, du bien maîtrisé un peu déjanté. Les deux fragrances partagent une base de musc, de benjoin, de cannelle, de santal, de patchouli et d’encens. Inutile d’énoncer qu’elle ait des plus désinvoltes. C’est plutôt hot. Sur le masculin, elle est nettement plus en sourdine, car elle pourrait défriser la gent masculine aussi facilement qu’un jour de pluie en Cornouaille. Pour qu’elle leur aille ou du moins à ce qu’il fasse avec, la composition fait entrer en piste un cœur de géranium Chine et une absolue de menthe. Ce qui donne un côté à la fois frais et savonneux, qui pourrait sembler classique mais qui ne l’est pas du tout. En vérité, très chewing-gum.

geranium pour monsieur 100ml Etant mon propre cobaye et n’étant pas réfractaire aux essais, j’étais persuadé que j’allais me l’approprier aussi vite qu’un t-shirt de bonne qualité bien coupé. Ô rage, ô désespoir, sur moi, c’était aussi agréable qu’une friction de Synthol, ça faisait plus de mal que de bien. Question de peau, question de goût, que sais-je… Quelques temps plus tard, j’ai eu le plaisir de croiser Frédéric Malle, ce jour-là, il portait Géranium pour Monsieur. Sur lui, c’était parfait, ça lui allait comme le bleu va à la grande bleue. En fait, c’est un parfum qu’on enlève bien ou pas du tout, qu’on aime ou qu’on déteste. Un peu dérangeante pour certains, emballante pour d’autres, cette belle création, comme toute véritable création, n’est pas faite pour plaire à tout le monde frisé ou pas. Elle est à mes yeux une alternative aux fougères aromatiques, dans un genre moins bêtement viril, mais néanmoins furieusement masculin.

image Portrait of a Lady est un pur bijou olfactif. Le charme et l’arrogance à l’état pur, avec un zeste d’innocence. Aurait-il été composé pour la future princesse de Galles, Kate Middletown, ou bien alors pour l’Anglaise la plus chic au monde, Lady Yehudi Menuhin, ou certaines Kent. En tout cas, ça sent furieusement bon. Ici, la base commune donne toute sa vertigineuse ampleur, une persistance incommensurable. Il est fortement probable que le patchouli et, surtout, un dosage massif de muscs blancs, y sont pour quelque chose. Pourtant, ce que l’on garde de cette belle fragrance à vue de nez, c’est la rose. Essence et absolue de Rose Turque sont posées là comme sur un coussin de velours. Elles dévoilent mille et un sortilèges qui vont de la rose fraiche au départ, à un bouquet ultime des plus capiteux, sans tomber dans la confiture. Ce n’est ni Paris de YSL, ni Trésor de Lancôme. C’est tout autre chose, infiniment délicat mais, au final, un monstre de sensualité. Bravo !

Géranium pour Monsieur, EDP 50ml, 95€ ; Portrait of a Lady, EDP 50ml, 145€. http://www.editionsdeparfum.com

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