Venise et les parfums

 

Venise Avec les invasions barbares et la chute de l’Empire Romain d’Occident qui s’ensuivit en 476, les pratiques liées au parfum connurent un déclin. La situation s’améliore aux XII et XIIIème siècle grâce aux croisades et aux marchands qui commercèrent avec l’Orient et plus particulièrement les Vénitiens et les Arabes. C’est là que Venise entre en scène. Au Moyen Âge, Venise est la capitale des parfums, car elle a le monopole du commerce des épices et par conséquent du parfum entre le Xe et le XVIe siècle. Les épices et les matières premières nécessaires à la parfumerie transitaient par la cité des Doges en provenance de l’Inde, de Ceylan, dans les cales des navires arabes, et en direction de toute l’Europe. Les échanges commerciaux en Méditerranée amorcés après la période des Croisades continuèrent, surtout depuis les ports italiens de Venise et Gênes. Ces Républiques acquirent ainsi une grande puissance. Les parfums d’Orient pénétrèrent par Venise en Europe. Venise est la plaque tournante des bois rares, des épices, de la soie, de la verrerie bien- sûr mais aussi des bijoux, des cosmétiques et des parfums. C’est à Venise que le luxe connut son plein essor. L’orient y avait donné rendez-vous à l’Occident pour y exposer les richesses les plus rares.

location_venise_accueil Au XIIIème siècle, les fours qui produisaient le verre furent installés sur l’îlot de Murano, pour des raisons de sécurité et de secret. Ils imposèrent leur art dans le monde entier, grâce aux matériaux exceptionnels qu’offre la lagune, tel ce sable d’une rare finesse qui donne une telle transparence. Les verreries de Muranoi furent célèbres dans l’Europe entière, en raison de la fabrication toute particulière qui y était pratiquée : au verre sodique était ajouté de la cendre d’algues. Les Vénitiens reprirent également la technique du verre coloré mise au point à Alep en Syrie. Les flacons pouvaient être de simples fioles et ampoules soufflées, ou en métal, en pierres dures ou les imitant comme le verre calcédoine ou en polychrome imitant le marbre ou blanc laiteux comme de la porcelaine orientale. Au XVème siècle, l’art du verre atteint son apogée à Venise.

carnaval Au XVIe siècle, Venise est une ville de plaisirs, l’abondance des aromates favorisait la présence des parfums. L’Italie bénéficiait aussi d’un climat favorable qui permettait de tirer profit des fruits. En 1494, Philippe de Commynes, ambassadeur de France, découvre la cité des Doges, il est ébloui. Au cours des banquets, les mets, les tables et les assiettes sont parfumés. Les sauces sont allongées d’eau de rose et pleines d’épices. Lors du carnaval, les déguisements, les éventails et les masques dégagent des odeurs de musc et de gingembre. Les Vénitiennes font décolorer leurs cheveux au soleil après les avoir enduits d’une préparation à base de soufre, d’alun et de miel. C’est tout naturellement à Venise, vers 1555, que fut rédigé le premier traité européen de parfumerie par l’alchimiste Girallo Ruscelli, traduit en français sous le titre de Secrets de Maître Alexis le Piémontais. Grâce à des botanistes allemands et des ingénieurs vénitiens la technique de l’alambic put s’améliorer, le nombre d’huiles essentielles augmenter, et la parfumerie alcoolique apparaître.

chanel à Venise Venise ne cesse d’être une ville d’inspiration et de respiration pour les artistes, peintre, écrivains, poètes, musiciens, qui viennent à Venise pour s’y ressourcer, entre ciel et mer, dans ce labyrinthe mystérieux et glorieux. Ainsi, Gabrielle Chanel y fit son premier voyage à Venise en août 1920. Voyage salvateur et initiatique sous l’aile protectrice du couple José Maria Sert après la mort brutale de Boy Capel, le grand amour de sa vie. Elle se consola de cette cruelle absence dans l’atmosphère changeante de Venise, ville de l’ombre et de la lumière. Elle aimait se réfugier dans les églises, plus particulièrement à la Salute. Gabrielle Chanel trouva dans le riche imaginaire de Venise un renouveau et un second souffle. Elle y développa sa passion de la décoration baroque, dont son appartement du 31, rue Cambon est le plus parfait exemple. Elle contempla les ors de la basilique Saint-Marc. Le Pala d’Oro, fameux retable byzantin du Xème siècle – situé derrière l’autel- inspira les créations de Chanel : bijoux fantaisie, robes brodées au fil d’or etc.  Chez Chanel, l’Orient commence et s’arrête à Venise.

A Venise, on s’y perd et on s’y retrouve…

Photo V.H. Grandpierre. All rights reserved /Courtesy of Vogue Paris

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6 Commentaires

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6 réponses à “Venise et les parfums

  1. Un très intéressant article, où l’on ne se perd pas. Et où, avec plaisir, on se réapproprie quelques éléments de l’histoire d’une ville ; berceau, sans doute, de la beauté occidentale.

  2. JALLOT

    Bonjour Elisabeth,

    je souhaite te féliciter pour la qualité ( fond et forme) de ton blog où les articles sont passionnants. Bravo!!!Je l’ai montré à Constance ( ma fille) qui est passionnée par les parfums.
    A bientôt

    Amicalement

    Laure

    • elisadefeydeau

      Chère Laure, Merci beaucoup pour ce gentil message. Ces derniers temps, je n’ai plus eu trop le temps d’écrire mais je vais m’y remettre !! A bientôt et avec toute mon amitié,
      Elisabeth

  3. Ping : Un peu d’histoire… | L'actualité Parfum

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