FLEURS MÉCANIQUES EDITIONS DE PARFUMS FRÉDÉRIC MALLE par Jean-Luc SUCHET

 

 

FMalleNom intriguant, étrange machine, fragrances vaporeuses, voici les savantes et plaisantes œuvres que Frédéric Malle nous propose pour parfumer nos intérieurs, une première des plus emballantes pour cet esthète hors pair qui s’aventure cette fois dans monde de la maison.

Il est vrai que dans ce domaine, la bougie odorante est reine, presque un phénomène de mode. Entre celles qui sentent du moins que quelconque, celles qui brulent mal ou trop vite, celles qui fument, on a l’embarras du choix au rayon des qualités incertaines. Pour ce qui est du top, je ne mets que des bons points à Mizensir, Tom Ford, Trudon, Zenadora et, bien sûr, Diptyque qui, depuis quelques temps, a tendance à s’endormir sur ses lauriers. Mais, en dehors, des bougies ou de quelques pschitt pschitt, force est de constater que les nouvelles et bonnes idées sont rares pour satisfaire une demande de plus en plus exigeante qui, à mon avis, est en pleine expansion.

Machine2 Baptisée Fleurs Mécaniques, la proposition de Frédéric Malle a le mérite de n’être pas qu’un gadget, elle est le fruit d’une réflexion longue et d’une certaine prise de tête. En fait, elle consiste en un diffuseur électrique accompagné de cinq senteurs au choix. Un peu plus tard, je reviendrai sur le diffuseur en lui-même, qui est d’une grande ingéniosité et, de plus, un bel objet contemporain, et non pas une de ces horreurs bon marché que l’on ne sait pas où dissimuler.

Parfumer une maison, puisqu’il s’agit bien là de parfums et non de senteurs bêbêtes, n’est pas exactement la même démarche que de faire un parfum à porter, explique Frédéric Malle, en soulignant, qu’on ne doit pas couvrir les odeurs de la vie mais les accompagner. Pour accomplir cette délicate mission, il a choisi de collaborer avec des spécialistes de la parfumerie fine et non pas avec des as de la parfumerie fonctionnelle. Son ultime but étant de rester aussi figuratif que possible.

A l’origine de leur réflexion et de l’élaboration du concept, il y a les travaux du Dr Braja Mookherjee (IFF), un chimiste indien, aujourd’hui disparu, qui s’est très longtemps intéressé aux techniques de headspace afin de capturer les secrets olfactifs de la nature, que ce soit les odeurs de fleurs ou de lieux. Les produits issus de cette recherche, du fait de la difficulté de leur maniement ou de leur coût connaissent des fortunes diverses. Pourtant, le headspace est intéressant pour faire parler des fleurs muettes, celles dont on ne peut rien extraire: lys, muguet, lilas, camélia et tant d’autres.

N’étant pas un savant, je n’ai pas l’intention de vous expliquer comment ce bourreau des fleurs s’y prenait pour les analyser sans les torturer. Toujours est-il que les cinq premières fragrances proposées dans la collection Fleurs Mécaniques sont composées à partir d’éléments provenant de la technologie headspace et, bien entendu, de quelques formules pertinentes issues du savoir-faire des parfumeurs – Carlos Bénaïm et Dominique Ropion – qui ont collaboré au présent sujet.

Le résultant est aussi impressionnant que des photos hyperréalistes de fleurs comme celles de Robert Mapplethorpe ou de Irving Penn. Je dirai même qu’olfactivement il est plus vrai que nature. Chaque senteur est un soliflore tel qu’on les imagine exhalant en bouquet dans un salon frais où bien en brassées provenant d’un jardin luxuriant traversé par d’aimables vents.

magenau Des cinq propositions, je n’ai essayé que Rubrum Lily imaginé par Carlos Benaïm. Un lys d’une époustouflante présence un brin entêtante, extraordinairement sophistiqué, floral à foison, vert, salicylé et très épicé. Les autres sont bien imagés: Un Gardénia, la nuit; 1er Mai qui, on s’en doute, est un muguet, les deux de Dominique Ropion; Rosa Rugosa et Jurassic Flower de Carlos Bénaïm. Pour ce dernier, quelle est la fleur qui se cache derrière ce nom un peu mystérieux? Un magnolia de grande tenue.

La petite machine, un cube rouge de 11 cm, permet la diffusion et la ventilation à froid des exquis nectars. Son design très «70» en fait un objet agréable à l’œil. Sa batterie rechargeable comme un téléphone portable lui confère une autonomie de quinze heures afin de la déplacer d’une pièce à l’autre au gré de ses envies, et même dans un lieu sans électricité.

Enfin, parallèlement à cette collection de Fleurs Mécaniques, il existe aussi des bougies d’ambiance de grand luxe, neuf au total, dont deux méritent une mention spéciale: Russian Nights composé par Sophia Grojsman et Saint des Saints par Carlos Benaïm. Cette ultime senteur est également déclinée dans un rectangle de gomme parfumé, destiné à des petits endroits comme un dressing room ou un placard, et porte le nom de Rubber Incense. Du vrai bel et fin ouvrage.

Diffuseur avec une recharge, 260€; Fleurs Mécaniques, de 50 € à 70€ , 30ml dont la durée de diffusion est évaluée à près de 60 heures.

http://www.editionsdeparfums.com

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