Portrait d’un électron libre et expert olfactif :Pierre Aulas

Pierr Aulas 1 Excellent communicant, Pierre Aulas respire la passion de son art. Fondateur de Art of Nose, il est directeur artistique olfactif pour les marques, qui font appel à ses services pour développer un parfum, faisant le lien entre la marque et les parfumeurs, qui recevront ses directives. “J’aide à l’accouchement des notes”, dit-il. Depuis six ans, cet artiste dans l’âme a été de tous leurs lancements. Son parcours se dessine hors des sentiers battus et des voies tracées d’avance !

Enfant, il passe ses vacances au coeur de la vallée de la Tarentaise, où sa grand-mère possède une maison familiale depuis des générations. Savoyard et fier de l’être, il y apprend avec sa grand-mère le jardin : « Avant de rentrer dans la parfumerie, je connaissais vraiment les fleurs et leurs odeurs. J’ai toujours aimé ça. Je sais tailler les arbres, à quel moment il faut planter, sarcler, butter les fleurs … Il y avait des jonquilles, des narcisses, des phlox, des soucis, des pivoines, des asters, des rhusses, des roses, des tulipes et une incroyable haie d’hortensias d’un mètre cinquante de haut qui datait de mon arrière-grand-mère.” Bac scientifique en poche, il suit la filière école de commerce et s’inscrit en prépa HEC à Annecy. Il rentre à Sup de Co Dijon, où il monte un gala de fin d’année, qui depuis est devenu une espèce de festival artistique étudiant européen, subventionnée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dijon. C’est également à cette même époque que Pierre, profitant des trésors d’un région réputée pour sa gastronomie, commence à prendre des cours de cuisine et va jusqu’à participer deux années d’affilée au Concours Culinaire des Grandes Ecoles. Il y obtiendra la 4ème place du concours sur le thème des poissons et la seconde sur celui des desserts.

 

Il commence le piano à sept ans, entre au Conservatoire, y joue les sonates de Beethoven et les impromptus de Schubert. A 23 ans, il interprète le difficile Stabbat Mater de Poulenc et découvre la puissance phénoménale et les joies intenses de chanter dans un choeur. Ce baryton basse n’a jamais cessé de chanter depuis. Pour Pierre, il existe un réel rapport entre le parfum et la musique ne serait-ce que par le vocabulaire utilisé dans les deux domaines. “En parfumerie, on parle de notes, d’accords et d’harmonie, explique-t-il. Quand je re-sens régulièrement les matières premières, je fais mes gammes. Pour moi un parfum peut être une petite musique ou d’une symphonie. Je me nourris de l’émotion de la musique pour tenter d’obtenir au final des émotions pour le parfum.

Après des stages au marketing de Danone et au sein de l’agence Shining, Pierre décroche son premier travail comme chef de produit dans la filiale française d’une grande société grecque, Famar. Son travail consiste à organiser la sous-traitance de produits cosmétiques pour les marques de distributeurs comme Carrefour, Système U ou Monoprix. Un an après, il se fait débaucher par Carrefour, où on lui confie le développement des produits du rayon hygiène beauté à marque Carrefour. En s’occupant du rayon hygiène-beauté pendant deux ans, il apprend le B.A.-B.A de son métier et depuis la fabrication d’un gel douche ou d’une crème n’a plus de secret pour lui.…A 26 ans, il gère un budget annuel de 450 millions de francs. C’est dans ce contexte que Pierre rencontre pour la premières fois des interlocuteurs du monde du parfum qui viennent lui soumettre des idées pour parfumer ses produits. La société Mane lui propose de rentrer chez eux à Grasse : “J’y ai fait mes gammes pendant six mois. Ma formation s’est déroulée d’une façon très accélérée. Il ne s’agissait pas vraiment d’une formation de parfumeur. De toute façon, on apprend beaucoup avec la pratique et au contact quotidien des nez.” En cinq ans chez Mane, il apprend les ficelles du métier de commercial Body care et réussit à gagner les compétitions de parfumage de quelques belles pour le compte de sa société. Là encore, il se fait repérer. Le géant suisse Firmenich le débauche et lui propose un poste de responsable Grands comptes en parfumerie fine. Il accepte à une seule condition: s’occuper aussi de la marque Thierry Mugler à cause de la fascination qu’Angel exerce sur lui depuis son lancement. Pendant quatre ans, il s’occupe de marques comme Lancôme, Armani, Cacharel, Burberry, Cerruti et Azzaro. De cette époque date sa rencontre avec Vera Strubi. Pierre voue admiration et respect à l’ancienne présidente de Thierry Mugler Parfums avec laquelle il a quasiment travaillé durant dix ans. Il crée sa société Art of Nose sur les conseils de Vera Strubi. Au lieu de vendre les parfums d’une seule société, celle-ci lui recommande de passer du côté client. But de la manoeuvre : mettre en compétition plusieurs nez afin de trouver le meilleur des parfums pour son commanditaire. Son slogan : “Pour que survive la parfumerie continuons à l’ancrer dans le luxe.” Dans sa bouche, cela signifie qu’il ne faut pas oublier qu’un parfum repose sur un travail d’orfèvre et que les marques se doivent de toujours offrir des produits de qualité aux consommateurs. C’est aussi pour cela qu’il crée en janvier 2009 Egofacto, dont je vous avais déjà parlé lors de son lancement. Le claim ressemble à son créateur : EGOFACTO est née de l’envie de créer haut & fort des parfums remarquables. Que l’on reconnaisse, dont on se souvienne, que l’on soit fier de porter.
Pierre Aulas 3 Je vous propose le portrait très atypique d’un « accoucheur de notes ».

  1. Le principal trait de votre caractère ? passionné, déterminé, exigeant, intuitif
  2. Votre rêve de bonheur ? j’ai cessé d’attendre le bonheur pour être heureux
  3. La musique qui vous transporte ? la voix en général, l’opéra en particulier avec un petit faible pour la mort de Thaïs de Massenet avec Renée Fleming ou les 4 derniers leader de Strauss par Jessye Norman
  4. Votre couleur préférée ? la couleur des yeux de ma moitié
  5. Vos héros ou héroïnes dans l’histoire ? ceux qui ont fait avancer l’histoire
  6. Vos héros ou héroïnes dans la fiction ? Rahan, Gaston Lagaffe, les Na’Vis d’Avatar
  7. Vos héros ou héroïnes dans la vie réelle ? je n’en vois malheureusement pas …
  8. Le lieu qui vous ressemble ? mon sac à dos
  9. Un accessoire qui parle de vous et dont vous ne vous séparez pas ? un sachet de mouillettes
  10. Un livre que vous ne quittez pas ? « Les Autres » d’Alice Ferney, les Chroniques du plateau Mont-Royal de Michel Tremblay
  11. Votre peintre préféré ? La toile qui vous emballe ? El Greco pour son avant-gardisme (le christ en croix), Turner pour ses atmosphères, Schiele pour sa réalité crue, Ingres pour ses détails, le « groupe des 7 » canadiens pour leurs paysages enneigés qui me rappelle mes Alpes ….et tant d’autres !
  12. Le plus délicieux moment de la journée ? ça change tous les jours en fonction des évènements !
  13. Votre repas idéal ? un repas partagé
  14. Votre boisson favorite ? les grands crus de Bourgogne rouge. J’ai fait mes études à Dijon et j’ai une maison près de Chablis … ça laisse des traces !
  15. Avez-vous un parfum fétiche ? Féminité du Bois et Alien
  16. La matière première naturelle qui vous inspire le plus ? pas une matière première en particulier. Ce qui m’intéresse c’est leur combinaison, leur choc, leur fusion, leur synergie.
  17. Votre première rencontre avec un parfum ? Au risque d’être un peu banal, celui de ma mère, Coriandre de Jean Couturier.
  18. De quel(s) parfumeur(s) admirez-vous le style ? Annick Ménardo pour sa créativité, Michel Almairac pour sa parfaite maîtrise, Olivier Polge pour ses accords délicats, Olivier Cresp parce qu’Angel continue à me surprendre 17 ans après, Dominique Ropion pour sa précision, Christine Nagel quand elle ne s’adonne pas aux fruités !
  19. Votre palette idéale ? le beau, l’émotionnel, la mémorisable, le différent, l’inattendu
  20. Jean Patou disait: « Ne faites rien de laid, on pourrait vous l’acheter », qu’est-ce que vous en pensez? Qu’est ce que le laid ? tout cela n’est il pas une question de jugement ?
  21. Quelle est votre vision du parfum de demain ? plus qu’une vision, un souhait cher : plus de courage et moins de test !
  22. Votre devise de parfumeur ? des idées, un peu d’inspiration, de technique et beaucoup de travail. J’aime le mot de Dali qui disait qu’il n’y a pas de chef d’œuvre paresseux !
  23. Etat présent de votre esprit ? serein
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3 Commentaires

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3 réponses à “Portrait d’un électron libre et expert olfactif :Pierre Aulas

  1. Passionez

    Très joli portrait d’un homme aux talents multi-disciplinaires!

    C’est étrange de lire autant d’articles sur la thématique du parfum et de la musique (sujet entre autres abordé par Pierre Aulas dans votre article). Il serait temps que le parfum soit élevé au même rang artistique que la musique, la peinture etc…

    Edmond Roudnitska a tracé la voie, aux autres de la poursuivre…

    J’assiste lundi prochain à une conférence organisée par la Sorbonne sur le thème du Parfum et de la Musique. En avez-vous entendu parler?

    • elisadefeydeau

      Merci ! oui, j’ai entendu parler de cette conférence mais je n’irai pas, étant très occupée en ce moment. Pour moi, le parfum est un art mineur qui a bien des affinités avec la musique dans la perception et l’émotion ressentie. Au XIXème siècle, un parfumeur – Septimus Piesse – avait imaginé une gamme d’odeurs. D’ailleurs, étant aussi musicienne, je peux reconnaître qu’un parfum agit sur moi comme une odeur. Cependant, dans le processus de création et de destination de l’oeuvre, la musique reste un art majeur par la pérennité de l’oeuvre. Cela est plus difficile à démontrer avec le parfum qui se situe entre l’art et l’industrie.

  2. Passionez

    J’ai joué du violon il y a très longtemps et éprouve donc des affinités avec la musique. Mais je ne me considère pas musicienne, n’ayant pas poursuivi la pratique de la musique. Toutefois, j’ai pu ressentir des émotions similaires en jouant (ou écoutant) de la musique que lorsque je sens ou découvre un parfum.

    Les sensations sont très fortes et me relient directement à mon moi profond.

    Je comprends que vous considériez la musique comme un art majeur et le parfum comme un art mineur, de par son appartenance au monde industriel. Toutefois, la musique fait hélas également souvent partie de l’industrie de nos jours. Même la musique classique l’était en son temps. Quand je pense à certains musiciens qui n’osaient pas publier certaines de leurs oeuvres par peur de rejet de la société. L’art doit être un domaine créatif libre. Dès lors qu’il est assujetti, il perd de sa force.

    Je pense notamment à Saint Saens dont l’oeuvre la plus originale et créative est pour moi le Carnaval des Animaux. Oeuvre qui a été seulement publiée après son décès. Oeuvre qu’il a d’ailleurs en partie reniée lors de son vivant car trop poétique et romantique.

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