Le 27ème Prix Jasmin

Le Prix Jasmin, Prix lettres, images et parfums a été créé en 1983 à l’ initiative du Comité Français du Parfum. Il distingue les journalistes, les photographes ou illustrateurs qui, au cours de l’ année, expriment avec sensibilité, qualité et originalité l’ univers du parfum.

Cette année, j’ ai eu l’ honneur de faire partie du jury aux côtés de Yannick Alleno, Responsable des Cuisines de l’Hôtel Meurice (Paris), Pascal Bruckner, écrivain, philosophe et essayiste, Sylvie Jourdet, Présidente de la SFP, Francis Kurkdjian, parfumeur, Michel Mosser, ancien président de la Febea et Alexandra Senes, Directrice Artistique. Cette année, nous avions aussi un « Candide », Emmanuel Médina, recruté par concours sur le site du C.F.P.. Notre présidente de jury était Isabelle Giordano, journaliste dont on connaît la finesse et le talent.

Comme chaque année, tous les articles,  toutes les photos, tous les dessins consacrés au parfum dans la presse ou sur internet ont été répertoriés du 1er janvier au 31 décembre 2008. Ils ont été ensuite soumis au jury, qui le lit, l’ analyse et l’ apprécie selon différents critères indiqués comme la créativité, l’ originalité, la richesse et l’ analyse, la qualité de l’ écriture et l’ incitation à la découverte du parfum.

Sept prix ont été décernés :

Trois Prix Lettres :

« Une belle plume » a été décernée à Danièle BOTT pour son article « Essences de l’ infini » paru dans Psychologies Hors Série de novembre 2008. Le jury a apprécié le travail de recherche et la qualité littéraire du texte de l’article.

« Un concentré de désir » a été décerné à Anne-Marie Corre, pour son article « Parfums, aux sources de l’inspiration » paru dans Paris Mach du 22 au 28 mai 2008. ce papier donnait cette sensation « d’ailleurs » et de voyage.

« Un autre regard » a été décerné à Guillaume Crouzet pour son article « Dans l’ombre du parfum » paru dans l’Express Style en novembre 2008. Le jury a apprécié cette vision différente du monde du parfum qui met en valeur  et en lumière la profession d’ évaluateur.

Trois Prix Images :

« un oeil expert » est décerné à Roger Turqueti pour ses visuels « Collet monté » paru dans le Numéro de mars 2008. Le jury a récompensé la parfaite maîtrise de l’ image et le grand sens esthétique.

« Un Concentré de désir » est décerné à Roger Turqueti pour ses visuels « Les liens du style » paru dans Atmosphères en décembre 2008. Une série de photos originales et « impactantes ». Un concentré de flacons faisant naître une bouffée de désir de parfums !

« Un autre regard » est décerné à Eric Maillet pour ses visuels « Kaleidoscopese paru dans Numéro de septembre 2008. Le jury a été saisi par la qualité singulière des photos, mi-flacons et mi-substance liquide.

Un Prix Internet

Ce nouveau prix depuis cette année récompense un article écrit dans des blogs ou sur des sites internet. D’excellents articles avaient été remarqués par le jury, comme celui paru sur Osmoz « Essences du Beau ». Mais, pour une première édition, le jury a voulu privilégier la liberté de ton de ce support et mettre en avant la critique, puisque  « Sans la liberté de blâmer, il n’ est point d’ éloge flatteur » (Beaumarchais, Le Mariage de Figaro).

En effet, la critique permet d’ y voir plus clair, brise la loi du silence, à l’ unique condition qu’ elle sache être constructive et intègre. Le parfum est un art mais aussi et surtout un métier d’ art. Ce qui implique des exigences et des contraintes liées au marché. On ne peut donc juger de la même manière l’ oeuvre de l’ artiste créée librement dans l’ atelier et celle soumise aux paramètres du métier. Pour se livrer avec talent à cet exercice, il faut en connaître tous les rouages. Luca Turin, biophysicien et chercheur a ainsi innové en 1992 en abordant le parfum par le biais de la critique. Ses propos sont constructifs et nourris de connaissance, le ton est juste et sans complaisance.  Le 27ème Jasmin a récompensé  Monsieur le Critique de Parfum, plus ou moins anonyme mais très libre et parfois expéditif  dans le ton et ses jugements !

La fragrance du Prix Jasmin a été créée par Firmenich, une expression moderne d’une fleur emblématique du parfum.

29 Commentaires

Classé dans Notes de tête

29 réponses à “Le 27ème Prix Jasmin

  1. Garde Rose

    Monsieur le Critique de Parfum…ha! ha! qui l ‘eu cru?

  2. Emmanuel medina

    je suis tout à fait d’accord avec votre critique ma chere elisabeth…

  3. Lamarr

    Chère Elisabeth,
    Merci pour cette review sur le 27ème prix Jasmin. J’avais en effet beaucoup apprécié l’article de Guillaume Crouzet dans l’Express Styles, il méritait récompense. Je suis cependant désappointée par le prix remis pour la partie internet. D’autres blogs me semblent bien plus pertinents et bien moins complaisants. Il est dommage que certains membres du jury soient passés à côté… Question d’affinités olfactives, sans doute…
    Espérons que la 28e édition soit plus objective dans ses choix🙂

  4. Cassandre

    Bonjour Elizabeth,

    je lis toujours avec plaisir vos chroniques parfumées, celle-ci ne fait pas exception et pour une fois, je ne résiste pas à l’envie de la commenter.

    Il convient donc de féliciter Le critique de parfums (marque déposée)!
    Une belle victoire pour ce héros masqué de l’ombre qui a fait de l’humilité et de l’anonymat son credo, n’est-il pas?
    J’aurais bien sûr préféré que ce zorro des sucreries donne plus de substance à ses articles… Qu’il me donne moins l’impression de lire des briefs publicitaires de 3 lignes des jus/créateur qu’il affectionne…
    On me pardonnera donc de préférer des auteurs capables d’étayer leur propos, leurs goûts et leurs dégoûts.
    J’imagine que tous les blogs francophones consacrés au parfum faisaient partie de la sélection, je m’incline donc bien volontiers devant ce choix et j’attends avec impatience les prochaines éditions.

  5. Cassandre

    Par ailleurs, je me permets d’ajouter que je trouve curieux qu’un critique impartial qui clame sa liberté sur tous les toits accepte un prix quel qu’il soit. Cela me fait le même effet que si le guide Michelin se voyait récompensé par un prix, je ne sais pas, cela manque de sens.
    D’autres auteurs rédigent des articles critiques sur tel ou ou tel jus, et d’autres consacrés aux matières premières, à l’histoire du parfum, à un vécu ou des anecdotes poétiques autour du parfum, cela aurait plus de sens de récompenser l’un de ces articles.
    Peut-être suis-je trop pointilleuse…

  6. Je me joins à Lamarr pour féliciter le jury d’avoir récompensé Guillaume Crouzet — L’Express Styles est sans doute l’hebdomadaire qui couvre les parfums de la façon la plus intéressante, du moins à mon sens.

    Je souris tout de même de voir un bloggeur qui souhaite préserver son indépendance — et son anonymat — aussi farouchement, loin de Paris et de ses coteries, venir recueillir un prix décerné par la profession. Je comprends qu’on désire la reconnaissance (et j’avoue qu’il est toujours agréable de recevoir un chèque), mais… un peu de cohérence ne nuit pas.

    Et puis, n’est pas Luca Turin qui veut, comme vous le laissez entendre.

    Tout exaspérant et péremptoire qu’il soit parfois, Luca a les moyens de sa politique: des décennies d’expérience, une solide connaissance des classiques, un goût très affirmé avec lequel on peut ne pas être d’accord (il a ses chouchous, c’est clair) mais sur lequel on peut toujours s’appuyer, fût-ce a contrario. Et un sens de la métaphore que ne renierait pas Paul Morand, qui lui permet d’être concis, tour à tour lyrique ou cinglant.

    Certes, la critique de parfums est un genre très embryonnaire, et il est difficile de trouver le ton juste: saluons donc la reconnaissance, par la SFP, de ce moyen d’expression encore jeune et qui mérite que les professionnels y prêtent plus d’attention, malgré ses tâtonnements.

  7. Merci pour cette présentation du Prix! Tous les ans j’ai eu du mal à m’informer dans le virtuel. C’est aussi une excellente occasion de voir d’autres plumes dans la presse écrite. Il devient de plus en plus difficile de répertorier ce qu’on écrit sur le parfum, la manière, les angles de vue et les prises de position si cela existe. C’est un déluge parfumée et google n’est pa là🙂
    Quant au parfum Firmenich, cela me rend encore plus curieux – il y a plein de créations cachées de nos jours. En plus, Firmenich, moteur de la recherche des molécules jasmin, cela fait rêver.
    Est-ce que les années précedentes ont été marquées aussi par des parfums? D’un coup, je ne crois pas les avoir vus à l’Osmothèque.

  8. Thierry

    Je me réjouis moi aussi de la « reconnaissance » accordée à un mode d’expression polymorphe que constitue la « critique » sur le net.
    Cependant, le choix de la SFP me laisse pour le moins… dubitatif…

  9. Garde Rose

    La langue de bois c ‘est pas mon style, je vais etre directe et franche; le choix de recompenser Le Critique de Parfum est une aberration.

  10. Nono

    Quelques réflexions à partager avec Monsieur Le Critique du Parfum

    Croire que la critique des parfums est vitale à ce que le travail des parfumeurs-créateurs soit reconnu comme une oeuvre de l’esprit est non seulement faux mais aussi très réducteur. La critique des parfums ne peut être bénéfique à ce sujet que dans le cas où le parfum critiqué est reconnu par plusieurs, plubliquement et officiellement, comme un parfum sortant du lot. Cette originalité de notoriété publique permettra alors au parfum d’obtenir plus de crédibilité quant à sa reconnaissance en tant qu’oeuvre de l’esprit. Parallèlement, il ne suffit pas de considérer un parfum comme un chef d’oeuvre pour qu’il le soit ou le devienne. Seul le temps fait d’un parfum un chef d’oeuvre. Chanel N°5 n’a pas été considéré tel un chef d’oeuvre dès 1921. Une prouesse technique et esthétique peuvent être relevées par les professionnels mais cela ne décidera pas du succès du parfum dans le temps. Paramètres essentiels au chef d’oeuvre : l’admiration du plus grand nombre (oeuvre universelle) et quelque soit l’époque (oeuvre intemporelle)

    • elisadefeydeau

      je partage entièrement votre point et je développe les mêmes théories a propos du N5 de Chanel, véritable mythe moderne qui rend visibles des forces invisibles. Merci de votre commentaire structurant.

  11. Le temps n’a rien à faire avec la qualité de chef d’oeuvre en matière stricte de composition olfactive. C’est important pourtant si on pense le parfum de manière globale (y compris les mythes, les histoires, etc). Et pour No5 – il serait bien de sentir la version 1921, 1946, les années 60 et 80. Ce n’est pas le meilleur exemple pour un parfum dont la formule est quand même loin de l’original même s’il reste remarquable en terme d’oeuvre d’esprit. Mais No5 est une des rares oeuvres globales, un parfum plus qu’une formule.
    Un tableau reste (presque) inchangé dans un musée. Un parfum peut tellement bouger durant sa vie et je me demande sur la valeur de la « critique » (le texte) dans les années à venir.
    Pour le No5 et le caractère de chef d’oeuvre il faut aussi préciser que très peu de gens accordaient parfum et art à l’époque. Vionnet – c’était des robes et éventuellement des robes sculptures dans les pages de Vogue. Pas plus. Il a fallu des décennies pour en parler autrement et des décennies pour mettre dans la même phrase Chanel et Picasso (à voir l’ancienne expo Cubism in fashion de NY).
    Le caractère spécial (pour ne pas dire chef d’oeuvre) on le reconnaît tout de suite. Et cela est valable pour tous les arts (majeurs ou mineurs pour rester classiques). Pour le parfum c’est entre 1-2 ans, le temps de s’habituer aux matières nouvelles si le choc est grand (la dissonance olfactive). Les molécules nouvelles (y compris les compos qui en font appel) ne peuvent pas être jugées en 5 secondes. Avec chaque création originale on entre dans un autre univers. Il faut s’y habituer et après « s’attaquer » à l’esthétique.
    Pour le moment je ne crois pas à la critique du parfum telle qu’elle est.
    J’opte pour une « lecture critique du parfum » et son « écriture critique », pour un sens positif du mot « critique ». (Thinking critically about creation, exploring it and discussing the findings). Un exercice difficile.

  12. bonjour

    et… qui était nominé ? j’ai bien demandé aux organisateurs, mais sans réponse. Si quelqu’un a l’info, je suis preneur.

    merci

  13. Il me semble, comme à Octavian, qu’il n’est pas nécessaire qu’un parfum soit reconnu comme un chef d’œuvre pour qu’il donne lieu à une lecture critique puisqu’on peut, avant même sa consécration, le situer dans une histoire, une famille, un corpus (celui du parfumeur ou de la maison), éventuellement une école esthétique… Lorsqu’il ne s’agit pas de la énième démarque d’un succès, auquel cas une lecture critique peut également le signaler. Ce qui suppose une connaissance assez solide du marché.

    Et justement: une autre des facettes de ce discours critique qui s’est développé dans la plus grande anarchie sur le web est une approche consumériste des produits, comme on la retrouve au sujet d’à peu près tout, des logiciels aux voitures en passant par les couches-culottes. C’est alors un membre un peu plus « littéraire » de la communauté des amoureux de parfums qui développe son avis, annonce les nouveautés, dénonce éventuellement les dérives de telle maison, et sert de relais aux petites marques ne disposant pas de budgets publicitaires.

    Qu’il s’agisse d’une approche qui cherche à cerner, de façon souvent balbutiante, une/des esthétique(s) du parfum, ou d’une attitude de consommateur averti, ce n’est peut-être pas tant, me semble-t-il, aux parfumeurs eux-mêmes que l’on s’adresse pour les pousser à perfectionner leur art (ce serait terriblement prétentieux), mais au marché, c’est-à-dire à la fois aux consommateurs et, on l’espère, aux marques. Qui, d’ailleurs, sont souvent attentives à cette communication sauvage qui les agace parce qu’elles ne la maîtrisent pas, et qu’elles tentent parfois de manipuler — quoi de plus facile que de flatter un « fan » en l’arrosant… de parfums?

    (Merci, Elisabeth, d’avoir suscité une discussion qui me semble importante et qui prend un tour fort intéressant!)

  14. Nono

    Octavian soulève plusieurs débats à la fois qui , comme le dit Carmencanada, peuvent être importants. L’idée d’oeuvre globale me séduit beaucoup. La démonstration sur le Chanel n°5 est excellente. D’autant lorsque l’on sait toutes les réglementations qui pleuvent actuellement sur la Parfumerie et qui obligent à modifier les formules originales ou dites originales. Le problème de la conservation dans le temps des parfums est Réel et il serait intéressant d’en discuter avec l’Osmothèque. Quant aux reconstitutions pour conservation, elles nécessitent également la conservation de matériaux qui pourraient être amenés à disparaître. Pour ce qui est de la définition de « Critique » d’Octavian et d’Elisabeth, j’adhère également. Seule la Critique qui éduque et qui fait réfléchir est bonne. L’incisive, gratuitement méchante, déstructrice, limite prétentieuse et souvent trop rapide donc trop facile ne sert à rien. Il s’agit d’un exercice difficile car il nécessite une grande culture, un bon Nez et énormément d’honnêteté. L’aspect subjectif de la Critique n’est plus lorsque plusieurs ou toutes les critiques sont en accord. Pour répondre à Dominique, personne n’a reçu de Prix pour un Chef d’Oeuvre, ni une Oeuvre Globale. Pour finir, je ne suis pas complètement d’accord avec Carmencanada, dans le sens où ce n’est pas parce que la critique doit en premier lieu s’adresser aux consommateurs et aux marques qu’elle ne doit pas les éduquer. Ainsi, un discours de Pro qui a donc un peu de bouteille semble impératif. Un discours technique et esthétique étayé est nécessaire. Si il l’est les parfumeurs y attacheront alors de l’importance. Le critique de parfum ne peut pas s’en plaindre. Parce que plusieurs critiques de parfums reconnues peuvent considérer publiquement un parfum comme original, ce parfum sera alors juridiquement reconnu comme original. Ce dernier point est très important et heureusement que plusieurs blogs de critiques de parfums de très bon niveau existent aujourd’hui

  15. Nono, je n’ai jamais dit qu’une approche critique ne devait pas être éducative, au contraire. Je crois que si tout un public d’amateurs de parfums est désormais beaucoup plus averti, c’est en grande partie grâce à la prolifération de ressources en ligne ; si les professionnels de la parfumerie (je pense en particulier à ceux du marketing) lisent ces blogs et forums, ils peuvent y trouver également une source d’information et de réflexion. Et, bien entendu, un dialogue peut se développer avec les parfumeurs.

    Mais il faut tenir compte du fait que contrairement, par exemple, au cinéma ou à l’art sur lesquels on peut suivre des cours au lycée ou à l’université sans pour autant se destiner à devenir cinéaste ou peintre, l’enseignement de la parfumerie reste difficile d’accès. À de rares exceptions près, dont Octavian et Élisabeth, les bloggeurs sont donc des autodidactes du parfum.

    Je serais la première à apprécier que les professionnels du parfum, et au premier titre les compositeurs de parfums, s’expriment plus ouvertement et plus fréquemment, mais ils sont souvent soumis à trop de contraintes (secret professionnel, politique de communication de la maison qui les emploie) pour le faire.

    En attendant, les blogs restent donc, malgré tous les défauts d’un genre naissant, et leur statut généralement amateur (également au sens noble du terme), un espace de liberté par rapport aux contraintes du discours marketing, auxquelles mêmes les journalistes beauté doivent se plier (je parle en connaissance de cause, ayant travaillé dans la presse féminine). Je ne connais aucun magazine qui se permettrait de contrarier ses annonceurs en émettant un avis ne serait-ce que mitigé sur leurs nouveaux lancements…

    Quant au statut juridique du parfum, je suis d’accord avec vous, c’est un combat qu’il faut mener — le Que Sais-je d’Edmond Roudnitska était en grande partie un plaidoyer en ce sens.

    • elisadefeydeau

      Carmencanada, je partage entièrement vos avis, tout comme ceux d’Octavian et de Nono, sur la Critique du parfum, genre difficile par essence, puisque l’oeuvre à juger et son appréciation évoluent avec le temps. Le parfum est une matière vivante et notre sens de l’odorat variable et relatif également. C’est bien pour cela que les philosophes ont estimé qu’il ne pouvait surgir de l’odorat un art véritable. JJ Rousseau avait beau penser que « l’ofaction est le sens de l’imagination », la chose n’était pas gagnée et les parfumeurs ne se prétendaient pas artistes mais artisans d’art. Ce qui est une nuance d’importance.

      M’étant penchée sur des formules de parfum du XVIIIème siècle, j’ai pu constater qu’il nous était impossible de les refaire à l’identique. Non pas parce que nous avions perdu l’art et la technique mais parce que nous ne disposions pas des mêmes conditions et matériaux, sans oublier les contraintes juridiques d’aujourd’hui … De plus, nous ne serions certainement pas capables de les apprécier de la même manière que les contemporains, soumis à des « décibels olfactifs » bien plus élevés ou du moins différents des nôtres. Le challenge fut de refaire la formule du « Bouquet aux mille fleurs », en respectant les dosages et les concentrations de l’époque mais avec nos matières premières naturelles, bien plus fines car moins parasitées par des notes grasses que celles de l’époque. Le résultat fut « Le Sillage de la Reine », illustration olfactive d’un des chapitres de mon livre « Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette ». On put constater que non seulement la technique permet de faire évoluer l’art mais aussi qu’elle permet au parfum d’être apprécié par son époque. Ainsi, l’art du parfum, tout comme d’autres arts, n’est pas statique mais en constante évolution mais en revanche son oeuvre pour être appréciée des différentes époques, doit subir quelques ajustements sans trahison de l’esprit créatif. Cela pose la question une fois encore de la critique du parfum, qui doit savoir le lire et l’analyser avec tous ses paramètres.

      Je me félicite tout comme vous tous de cet espace de liberté offert par les blogs et je trouve ce débat sur la critique du parfum particulièrement intéressant. Je vous remercie de vos avis et commentaires si structurants et j’aimerais qu’ils se transforment en recommandations pour la profession.

  16. Garde Rose

    Nono, bien que je n ‘ai pas de blogs, ma critique de passionnee du parfum sur les blogs est tres incisive, c ‘est une question de personalite et de ressentis que provoque un parfum ou un parfumeur. Je deteste faire dans le bon ton, le style pompeux, un peu comme le votre, que je trouve moralisateur et pedant.
    A tort ou a raison, je prefere de loin l ‘humour pince-sans-rire de Luca Turin, parce qu ‘on est pas oblige de se prendre completement au serieux quand on parle de parfum.
    De meme je prefere le discours passionant, pertinant et singulier d ‘un parfumeur autodidacte
    comme Serge Lutens plutot que celui de professionnels, tous issus des memes ecoles, avec le meme esprit, les memes references…

    Pour ce qui est des reformulations de parfum, je ne vois pas en quoi L ‘Osmotheque peut bien changer a cette situation. Ce sont les parfumeurs et les maisons de parfum qui doivent prendre la situation en main; le parfum Made In France, ca ne veut plus rien dire, ils sont soumis a des reglementations supra-nationales europeennes
    et l ‘industrie du parfum s ‘y soumet aveuglement sans la moindre resistance.

  17. Je trouve cela très interessant, c’est une très bonne idée de décerner un prix aux critiques de parfums. Le parfum c’est aussi un art et aussi magnifique par les mots.

  18. Nono

    Garde Rose, je n’ai jamais dit que les autodidactes ne sont pas des Professionnels..Ils font d’ailleurs très souvent partis des meilleurs professionnels. Quant aux blogs, il est assez sciant de constater l’excellent niveau de connaissance Parfumerie au point de se demander si certains Profesionnels ne devraient pas prendre exemple. Lorsque je dis Pro, j’entend par là : avoir des connaissances techniques et culturelles solides
    Maintenant si c’est pour me faire insulter et me faire traiter de pédant, me faire critiquer gratuitement méchamment, je jete l’éponge car c’est bien ce que je déteste dans la critique : le jugement nuisible qui n’apporte rien. On est censé être dans l’échange, la discussion

  19. Garde Rose

    Nono, merci pour ce complement d ‘informations, je ne cherchais pas a etre deplaisante de maniere gratuite mais en toute franchise votre ton m ‘a parut un brin moralisateur, voila n ‘en faisons pas tout un plat. Sachez que je suis bien d ‘accord avec vous, voyez-vous, bien que grande passionnee du parfum j ‘ai toujours eu l ‘honnnetete de reconnaitre ne pas avoir les bases culturelles ni les connaissances techniques qu ‘il faut pour lancer mon propre blog comme on me l ‘a souvent suggere, par contre ca m ‘amuse de jouer les troubles-fetes sur les divers forums et les blogs qui existent, meme si par ailleurs je peux aussi etre tres serieuse et une voix critique constructive quand il le faut. J ‘estime que ce petit milieu souffre de beaucoup d ‘ego, un peu comme celui de la mode, d ‘un certain manque de legerete et de detachement. Peut-etre parce que le parfum c ‘est un peu comme la passion amoureuse, la perception que nous en avons est tres intime; on lit la mauvaise revue d ‘un parfum qu ‘on aime a la folie et voila on se sent blesser, notre amour propre en prend un coup. Je vous avoue que je suis tombee dans le panneau plus d ‘une fois! La critique ne peut etre que subjective forcement, pourtant personnellement je m ‘efforce de reconnaitre le talent et le travail de parfumeurs meme si je n ‘aime pas du tout leurs parfums comme exemple la parfumerie de Jean Claude Ellena; un tres grand parfumeur talentueux, tres bel homme fort cultive en plus de ca mais dont les parfums ne me parlent pas du tout.
    A partir du moment ou les bloggers et autres professionnels du parfum prennent le risque de s ‘exposer publiquement il faut accepter la critique, quelle qu ‘elle soit. Je cautionne pas Le Critique de Parfum, je n ‘aime pas ce qu ‘il fait, trop de lacunes dans tous les domaines, mais il est la et a le droit d ‘exister.

  20. Nono

    Merci Garde Rose de ne pas m’avoir laissé sur les Roses. Mon ton moralisateur est sans aucun doute présent et il est sans doute là pour souligner le danger des dérives de la critique qui est à ses débuts pour la parfum. Ainsi, je me permet d’utiliser le « Il faut » au lieu du « Ne faudrait-il pas ? ». Ce qui est peu diplomate, je vous l’accorde. Je ne remets pas en ? la nécessité de l’existence de Monsieur Le Critique du Parfum. Je me demande d’ailleurs si il n’a pas reçu le Prix plus pour l’initiative que pour la qualité de ses critiques qui pour moi manque parfois de démonstrations, de fondements et de bouteille. Et ce qu’il s’agisse des parfums qu’il a adopté ou non. A ma connaissance, il est le seul blog critique français ou en français ? Pour revenir aux Chefs d’Oeuvre, combien d’entre eux ont été boudés, démolis à leur époque pour être considérés comme de grandes oeuvres une fois l’auteur disparu ? Pour répondre à Carmencanada, lorsque j’écris que « si les critiques sont techniquement et esthétiquement étayées, les parfumeurs y attacheront de l’importance ». Je ne pense pas à un échange direct avec les parfumeurs. Je me dis que si ils sont face à des critiques constructives, éclairées et raisonnées, comme le dit Elisabeth, ils risquent de prendre en considération ces critiques tant pour l’encouragement que pour la remise en ? qu’elles peuvent apporter. Quant à la liberté des blogs, elle est grandiose certes. C’est toutefois un danger car c’est l’anarchie et beaucoup peuvent croire tout et n’importe quoi parce que pas éduqués du tout comme Carmencanada l’explique.
    Pour revenir sur l’Osmothèque, je ne parlais pas de reformulations mais de conservations. La reformulation concerne effectivement les marques et les parfumeurs comme le dit Garde Rose.Pour revenir sur le très joli exposé d’Elisabeth sur le « Sillage de la Reine ».  Comme elle le dit, il s’agit d’une illustration olfactive d’un des chapitres de son livre « Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette ». N’aurait-il pas été également intéressant de reproduire, de reconstituer ? Certes, le nez contemporain ne l’aurait pas accepté facilement et il aurait été illégal de le vendre pour le porter. Cependant, n’y a-t-il pas des personnes suffisamment éduquées pour comprendre qu’un parfum historique puisse uniquement se sentir et non pas se porter pour des raisons de sécurité contemporaines ? La curiosité intellectuelle, culturelle n’aurait-elle pas permis d’apprécier uniquement la rencontre olfactive historique ?N’est-ce pas aussi cela éduquer ? Il n’a pas été nécessaire de rendre les films muets parlants pour qu’ils soient appréciés par les cinéphiles.

    • elisadefeydeau

      Cher Nono, le « Sillage de la Reine » a été reconstitué selon la vérité historique puisque en suivant les formules de l’époque mais comme nous ne disposons pas des mêmes matériaux, il ne peut sentir exactement comme au XVIIIème siècle.D’ailleurs, ce parfum 100% naturel a tout d’abord surpris nos contemporains, avant d’être apprécié pour ses qualités véritables. Un parfum avec une histoire et de beaux matériaux, nobles et rares !!

  21. Nono

    Bravo. Je n’avais pas compris les choses ainsi en lisant votre petit exposé. Où peut-on l’acheter ?

    • elisadefeydeau

      Cher nono
      Vous le trouvez au château de Versailles. Tous les bénéfices leur reviennent. Vous trouverez tous les détails et les contacts sur le Sillage de la Reine dans un de mes précédents articles sur le blog. Pour la version « commerciale », il a fallu faire quelques aménagements mais qui ne trahissent pas la vérité historique du shéma artistique d’un bouquet aux mille fleurs.
      Bien a vous
      Elisabeth

  22. emmanuel medina

    « C’est bien pour cela que les philosophes ont estimé qu’il ne pouvait surgir de l’odorat un art véritable. JJ Rousseau avait beau penser que “l’ofaction est le sens de l’imagination”, la chose n’était pas gagnée et les parfumeurs ne se prétendaient pas artistes mais artisans d’art. Ce qui est une nuance d’importance. »

    Chère Élisabeth,
    Là est bien la question, car pour reprendre Platon, l’art n’est que mensonge. Il reprend de façon secondaire ce que l’artisan conçoit et emprunte aux mondes des idées.
    Le parfum est pour moi la passerelle platonicienne entre le monde des idées et l’artisanat ce qui lui confère une place à part. Tour à tour solide, liquide et gazeux, il perdure dans la conscience et je pense également dans l’inconscient.
    Savoir si la création d’un parfum est un art c’est redéfinir la définition de l’art. Pour ma part, je pense qu’il est plus que ça car au delà de l’essence d’un parfum, il s’ouvre à l’existence par ceux qui le portent.
    Umberto Eco définissait une œuvre comme ouverte. Le parfum n’est jamais achevé car chaque porteur lui conférera une synthèse unique.
    Pour ce qui est du critique du parfum, je ne critique pas sa légitimité car celle-ci peut s’acquérir par l’empirisme mais surtout son attitude faussement cachée et son ton assez opportuniste ( intérêt ?)

    • elisadefeydeau

      Merci Emmanuel pour votre avis que je partage tant et sur tous les points. André Gide disait aussi que l’oeuvre d’art est une idée qu’on exagère. J’aimerais qu’en parfumerie, il y ait beaucoup d' »idées exagérées » !! Quant à Mr le Critique, vous étiez aussi du jury et jugez ainsi en connaissance de cause ! no comment !

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