Les Exclusifs de Chanel : BEIGE

beige Chez Chanel, le beige était déjà une couleur. Gabrielle Chanel l’ avait mise à l’ honneur dès 1916 avec son révolutionnaire tailleur en jersey Rodier, matière jusque là réservée aux sous-vêtements masculins, dont le ton indéfinissable était la preuve du rôle caché  qu’ on leur réservait alors. Ce matériau jugé trop pauvre, trop mou, trop indigne était juste bon pour être porté en dessous. Le beige était considéré par les pesanteurs du passé, comme aussi indéfinissable que le sale. Mais Gabrielle Chanel lui trouva la couleur du sable mouillée, de la terre battue. Elle en aimait toutes les nuances du grège au miel et elle en fit celle de l’ élégance :  « Je me réfugie dans le beige parce que c’ est naturel. Pas teint. »  En effet, le beige est la couleur de la peau, veloutée, sensuelle, chaude et secrète.

Jacques Polge, le nez de Chanel, donne à cette couleur son odeur. Imaginez en la complexité : la peau n’ a-t-elle pas toutes les variations de couleur, de la plus pâle à la plus ambrée, pouvant être saisissable à l’ infini dans sa senteur ? Alors, penchez-vous un peu plus près d’ elle, sentez la s’ envoler, s’ échapper de son apparence, se déployer avec lenteur et volupté . A cette couleur, il lui fallait du léger et du profond. Jacques Polge imagina « un bouquet de fleurs blanches aux reflets blonds : un floral miellé. »

La nature se devait d’ être présente, pour être en accord avec le respect que lui portait Chanel. A la première respiration, on est saisi par la blancheur de la brume qui se dégage, celle d’ une haie d’ aubépines sous la pluie, d’ une jonchée de fleurs de frangipanier dans la brise, d’ une brassée d’ ylang-ylang, d’ une poudre d’ héliotrope. Puis, la terre mouillée, cet humus gonflé d’ indole, se révèle dans l’éclat ténébreux des reines de la nuit : ces fleurs à la blancheur capiteuse. Le lys et le jasmin s’ unissant pour nous donner un doux engourdissement, la tête qui tourne un peu, les oreilles qui bourdonnent. Est-ce l’ abeille butinant le coeur des fleurs pour en faire du miel ?

Beige reste sur notre peau, nous enveloppe avec une douce féminité. Silhouette blanche passant dans un souffle, coeur d’or irradiant dans la lumière. Rien dans Beige n’ est diaphane : ce sillage musqué-poudré a la fine élégance du trouble. Un nouveau chapitre dans la parfumerie très littéraire que nous écrit Jacques Polge.

BEIGE est en vente à partir du 20 février 2009 dans les boutiques CHANEL.

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8 Commentaires

Classé dans Notes de coeur

8 réponses à “Les Exclusifs de Chanel : BEIGE

  1. Sur les forums anglophones, les avis sont mitigés — comme si Beige n’était pas assez spectaculaire… Ce qui, bien entendu, est l’antithèse de cette « non-couleur » dont vous retracez bien l’histoire chez Chanel.
    Personnellement, je suis très séduite par cette composition miellée — je la porte fréquemment, c’est beaucoup dire quand on a une collection comme la mienne. C’est l’un de ces parfums que l’on applique sans trop se poser de questions, contrairement à des compositions plus surprenantes, sans qu’elle soit simpliste pour autant…

    • elisadefeydeau

      Merci pour ce commentaire, qui est une véritable valeur ajoutée d’information et d’émotion sur ce dernier Exclusif, tout en finesse ciselée et élégance qu’il est bon de sentir en parfumerie.

  2. Je l’ai senti et il sent très bon, je trouve que le parfum c’est aussi un voyage

  3. Olivier

    Pour aller droit au but :
    les exclusifs sont remarquables (le vétiver/enscens sombres de sycomore, l’iris beurré de la pausa, l’ambrette orgininale du 18, le bel respiro si végétal sont mes favoris)
    belle évolutions, ingrédients rares, juste équilibre chimie/nature, etc.
    je m’étonne de trois compositions : le coromandel, la rue cambon et le beige.
    ces trois odeurs sont indignes de la maison : est-il possible de pouvoir l’affirmer? elles sont grossières.
    je refuse de croire que des considérations commercialent peuvent entrer ici dans cette collection niche. Alors quoi?
    coromandel : il doit y avoir moyen de faire du lourd, du saturé, de l’oriental plus en finesse (coco par exemple)
    la rue cambon: non ce n’est pas ça, mais ici je peux comprendre que l’on ne partage pas mon avis
    le beige (excusez du peu) me fait penser à des parfum d’interieur en aérosol de la grand esurface, décidément le frésia ne doit pas figurer dans des parfums;

    • elisadefeydeau

      Merci Olivier de votre franchise ! je suis aussi une grande fan des Exclusifs. J’aime la Pausa, dont l’iris est travaillé en fluidité et finesse. Je les aime tous pour leurs particularités. Quant à Beige, je ne suis pas très « fleurs blanches », qui peuvent faire vite parfumerie fonctionnelle. Mais une fois encore chez Chanel, je trouve que l’ensemble se tient bien.

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