GUERLAIN : SHALIMAR (1925)

 

TN_Shalimar_2004 Shalimar … « Demeure de l’amour » en sanscrit, huit lettres qui rendent hommage à l’amour immortel et plongent les femmes dans le plaisir d’un parfum de légende.

1925, Paris vit au rythme fou de l’Exposition internationale des Arts Décoratifs. La parfumerie est consacrée par cette manifestation parmi les plus importantes industries du luxe. Un parfum de légende y représente une des plus prestigieuses maisons françaises de parfumerie presque bicentenaire : Shalimar de Guerlain.

Guerlain, une maison déjà mythique, fondée en 1828 par le fils d’un artisan potier d’étain, Pierre-François-Pascal Guerlain. Après avoir étudié la médecine et la chimie en Angleterre, il revient en France et s’installe au rez-de-chaussée de l’hôtel Meurice à Paris. Décidé à consacrer tout son savoir, sa ténacité et son audace au service du monde des parfums et de la beauté, il énonce un axiome qui est encore de nos jours la règle d’or chez Guerlain :  » Faites de bons produits, ne cédez jamais sur la qualité. Pour le reste, ayez des idées simples et appliquez-les scrupuleusement. »

L’avenir lui donnera raison. « Parfumeur sur mesure » des personnalités de son époque comme Honoré de Balzac ou Lord Seymour, célèbre dandy appelé aussi Milord l’Arsouille, il compose des harmonies d’odeurs pour ces têtes célèbres titrées ou couronnées le temps d’un soir, l’espace d’un parfum.

La consécration arrive en 1853, lorsque Pierre-François-Pascal Guerlain offre à l’Impératrice Eugénie L’Eau de Cologne Impériale, dans son célèbre et splendide flacon dit « aux abeilles », emblématique de l’Empire et par la suite de la Maison Guerlain. Il obtient alors le titre très convoité de « Fournisseur de l’Empereur », qui lui ouvre la porte des Cours Européennes, dont il devient le parfumeur attitré.

Ses fils reprennent le flambeau en 1864 : Gabriel s’occupe de la gestion et du développement commercial et Aimé s’installe derrière l’orgue à parfums pour nous offrir en 1889 un parfum révolutionnaire à plus d’un titre, marquant ainsi les débuts de la parfumerie moderne : Jicky. Démarrant sur l’accord bien connu de la vénérée et vénérable Eau de Cologne, Jicky s’achève sur des accents inconnus et profonds à l’animalité chaude et tenace.

Les femmes s’affolent, les dandies en raffolent et adoptent ce parfum qui introduit pour la première fois dans sa composition une association de produits de synthèse, la coumarine et la vanilline alliée aux essences naturelles. Aimé engagea le fils de Gabriel, Jacques, qui devint à seize ans l’héritier spirituel et artistique de son oncle et le créateur de parfums magnifiques comme « Après l’Ondée »( 1906), L’Heure Bleue,(1912), Mitsouko (1919), Vol de Nuit (1933), Liu (1929), Ode (1955).

jardin Shalimar Dès 1921, commence la genèse de Shalimar, parfum mythique rendant hommage à une légende orientale. Paris s’enfièvre des rythmes endiablés du charleston. La ville-lumière rassemble toux ceux ayant engendré le temps et prend des allures cosmopolites et élitistes. L’engouement pour l’Orient et l’exotisme en général y est incroyable. Jacques Guerlain se met à rêver à un parfum ancré dans son époque, où flotte un air de liberté et de folie.

shali C’est alors qu’un maharadjah, rencontré à Paris, raconta à Jacques et Raymond Guerlain l’histoire de l’amour immortalisée par le Taj Mahal et les jardins de Shalimar, unissant l’empereur Shäh Jahän et son épouse vénérée Muntaz Mahal. Ce parfum serait l’ultime présent que l’Empereur aurait créé pour sa bien-aimée au milieu des senteurs exotiques des jardins de Shalimar. L’Orient et le romanesque se croisèrent donc pour que jaillisse de l’imagination créatrice de Jacques Guerlain, un des plus beaux parfums de tous les temps.

L’accord principal fut trouvé en un instant par une impulsion soudaine : Jacques Guerlain jeta dans un flacon de Hicky une bonne dose d’un nouveau produit de synthèse : l’éthylvanilline, à la note de vanille puissante à la fois crémeuse et douce, qui ajoutait quelque chose de merveilleusement érotique à un parfum. Cela fit de Shalimar , dit-on chez Guerlain, « une robe du soir outrageusement décolletée » !

Une fois la signature donnée à Shalimar par cette note puissamment vanillée, l’équilibre restait à trouver pour parfaire ce qui allait devenir un chef d’oeuvre olfactif. La note de tête est fraîche grâce aux notes hespéridées et à la puissante concentration de bergamote. Puis le coeur prend toute son ampleur avec des accors irisés enveloppants et poudrés qui préparent le sillage sensuel exacerbé par la vanille et auréolé de notes balsamiques. Ce parfum veut transcrire l’Orient en quelques secondes, avec tumulte, passion, puissance et sensualité.

L’un des plus jolis compliments et des plus beaux hommages vint d’Ernest Beaux, créateur du célèbre N°5 de Chanel (1921) :  » Si j’avais utilisé autant de vanille, j’aurais juste été capable de faire un sorbet ou une crème anglaise, alors que lui (Jacques Guerlain) en fit un chef d’oeuvre, Shalimar !  » disait-il émerveillé.

shali flacon Alors il fallut habiller ce parfum merveilleux et Raymond Guerlain lui tailla une robe somptueuse et éternelle. L’inspiration du dessin du flacon lui vint de l’art stupa, caractéristique de l’Inde mogole, qui représente des bols remplis de fleurs et de fruits gravés sur la pierre ou brodés sur les tapis. Le bouchon bleu saphir en forme d’éventail était inspiré d’une pièce d’argent appartenant à la famille Guerlain. Un flacon de luxe fabriqué chez Baccarat qui demeure une pièce d’art pour les collectionneurs.

Souvent imité mais jamais égalé, Shalimar, reste un parfum-symbole des parfums orientaux, renouant ainsi avec les racines de la parfumerie, vers l’Orient où le parfum naquit. Inspiré par une légendaire histoire d’amour, Shalimar est devenu à présent sa propre légende.

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2 Commentaires

Classé dans Parfum culte

2 réponses à “GUERLAIN : SHALIMAR (1925)

  1. Merci pour cet historique et cette très belle évocation de Shalimar.

    Quel plaisir de voir Guerlain soutenir son vénérable classique avec cette nouvelle campagne ambitieuse et qui tient toutes ses promesses (pas comme celle pour Guerlain Homme).

  2. Pingback: L'irresistible mythe "Shalimar" de Guerlain | Metropolitaine

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