Archives mensuelles : mars 2008

Gabrielle Chanel ou la modernité (Partie 1)

st_chanel1 Evoquer la vie et l’œuvre de Mademoiselle en peu de mots est un exercice difficile. Comment résumer une personnalité qui fut décrite par André Malraux comme l’un des personnages les plus importants du XXème siècle avec De Gaulle et Picasso !!! XXème siècle et pourtant Gabrielle Chanel naquit en 1883 ! Cette année là ; le Pont de Brooklin était inauguré par le Président des USA, le tsar Alexandre III et la tsarine se faisaient couronner empereur et impératrice de toutes les Russies. La France hissait son drapeau sur la citadelle d’Hanoï mais aucun journal ne signalait la naissance de Gabrielle Chanel. Fille d’un couple de mercelots d’origine cévenole non mariés et fort pauvres, elle avait vu le jour dans un hospice de Saumur. Orpheline de mère très jeune, elle fut abandonnée par son père et élevée aux frais d’un couvent. Elle fut surnommée Coco lors de ses essais de chanteuse à la Rotonde de Moulins puis devint coco Chanel et régna à sa manière sur le monde. Mais comment en arrive-t-on là ? Quelles furent les ruptures qui engendrèrent chez Gabrielle Chanel tant de succès ?

Il semblerait que sa personnalité créatrice soit l’incarnation de la modernité. Étymologiquement, le terme « moderne » est issu du grec « modos » qui signifie « d’aujourd’hui ». Être moderne, en définitive et en excluant toute définition philosophique ou politique, c’est avant toute chose, vivre avec son temps et non pas désirer conserver ce qui est jugé ancestral.

Gabrielle Chanel en a à sa manière sa propre définition : « La mode n’existe pas seulement dans les robes ; la mode est dans l’air, c’est le vent qui l’apporte, on la pressent, on la respire, elle est au ciel et sur le macadam, elle tient aux idées, aux mœurs, aux événements. ». En effet, la modernité n’est rien d’autre que ce qui s’inscrit dans une époque.

Aussi, évoquons ensemble ces  ruptures introduites par Chanel pour instaurer la modernité. Je vous donne rendez-vous autour de dates importantes dans la vie de Coco Chanel.

Coc1ère date : 1913.  Gabrielle Chanel ouvre une boutique à Deauville.

 J’y vois deux révolutions qui ont un lien entre elles.

La première est d’ordre privée, liée à sa condition de femme. Chanel a 25 ans quand un fils de bonne famille, issu de la haute bourgeoisie, lui propose quelques années plus tôt non pas de l’épouser mais de partager sa vie. Etienne Balsan en fit ainsi son irrégulière. Elle mène à ses côtés une vie de château, entourée d’une joyeuse bande de fils de famille et de leurs entretenues mais déjà elle sait imposer un style qui lui convient et elle y rencontre celui qui fut son grand amour et qui lui donna les moyens de se sortir de cette situation irrégulière. Cet homme, c’est Boy Capel. Il devint son commanditaire car il croyait avant tout en son talent. Elle, à la nature frondeuse, rêvait déjà de s’exprimer et d’être libre des hommes, grâce aux fruits de son travail. Chanel incarne ainsi une révolution dans la condition féminine de l’époque.

La 2ème révolution tient dans sa conception du corps.  En 1913, elle lance à Deauville la mode sport. Elle le dit elle-même, elle a créé une mode qui lui convenait. Elle était déjà apparue aux courses en 1910 en redingote, cravate et canotier, qu’elle emprunte à Balsan et à ses amis dandies. Elle avait déjà créé des chapeaux que toutes ses amies s’arrachaient dans sa garçonnière du Bd Malesherbes. Cette mode 1900, lourd héritage du XIXème qui tranformait les femmes en abats-jour volumineux et sans grâce, était en train d’être aboli sous ses ciseaux. «  je savais que tout ce qui était riche ne m’allait pas. Je ne tenais qu’à mon manteau en peau de bique et à mes pauvres habits ». Elle serait à l’opposé des trois grands fournisseurs du gotha : Worth, Doucet, Poiret et elle saura les braver.

En 1913, une poignée de privilégiés connaissent les plaisirs de la côte normande. On se rendait à la plage comme à la ville, habillé de pied en cape de manière très inconfortable. Elle allait donc inventer une mode de détente, de plein air, se gardant des inspirations passéistes mais reprenant à son compte des formes jugées trop populaires. Elle loua une boutique rue Gontaut-Biron, rue chic, où elle employa deux aides et se mit au travail ; Une boutique de chapeaux, auxquels s’ajoutèrent vite des blouses, des vestes et cette fameuse marinière, inspirée du costume des marins normands. Sa jeune tante Adrienne lui emprunta des vêtements et joua le mannequin vivant sur les planches de Deauville . La clientèle doubla. Le célèbre caricaturiste Sem lui fit une belle publicité dans un de ses albums « Le vrai et Faux chic ».Sem rendait hommage au vrai chic incarné par la mode que créait Gabrielle Chanel.

En 1914, à la faveur d’un été brûlant, Chanel tailla dans un tissu des sweaters de Boy, le premier maillot de bain, chaste encore mais tellement plus confortable. Lorsque la guerre éclata, elle resta à Deauville et ses tailleurs lâches et désinvoltes permirent aux femmes de marcher, libres de leurs mouvements. La tenue Chanel devint la tenue du moment. « Un monde finissait, un autre allait naître. Je me trouvais là, une chance s’offrait, je la pris. J’avais l’âge de ce siècle nouveau et c’est à moi qu’il s’adressa pour son expression vestimentaire ». Le siècle nouveau en effet, Péguy nous dit que les siècles n’ont pas toujours 100 ans et c’est bien en 1914 et non 1900 que le XXème siècle naquit. Il prit les habits couleur Chanel.

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2008 : un anniversaire chez Guerlain

guerlain2 En 2008, Guerlain fête ses 180 printemps. Depuis cinq générations chez Guerlain, la femme est une muse, au travers d’un jeu de correspondances olfactives, qui constitue l’essence même de la séduction. Près de deux siècles d’histoire d’amour et 726 parfums créés, que je vous propose de retrouver au fil des semaines par de petits billets parfumés. C’est chez Guerlain, il faut bien que je vous l’avoue, que j’ai eu mon premier coup de coeur olfactif : « L’Heure Bleue », un « double je olfactif », qui reste mon cocon. Je vous en dirai quelques mots, quand l’heure sera venue !

Cette belle histoire commença un jour de 1828, lorsque Pierre-François-Pascal Guerlain, parfumeur chimiste de son état ouvrit boutique au rez- de- chaussée de l’Hôtel Meurice à Paris, lieu de résidence de la haute société cosmopolite.

 L’audace d’un « nouveau nez » de la parfumerie 

 Du nez, il en avait tout comme le sens des affaires et l’audace de transformer ses convictions en réussites. Fils d’un potier d’étain et marchand d’épices, il naquit à Abbeville en 1798. A 19 ans, il s’engage comme « commis-marchand et voyageur » pour de grandes maisons de parfumerie de l’époque. Il sillonne la France et l’Europe. En 1826, il monte une société commerciale à Londres, où il importe des produits français, dont l’Eau de Cologne Jean-Marie Farina dont il fut l’élève. Là-bas, il acquiert aussi la connaissance des produits anglais si réputés en France. En effet, lorsqu’il revient à Paris, l’anglomanie fait toujours rage et il ne tarde pas à recevoir dans son échoppe de la rue de Rivoli, les dandies et élégantes venus lui acheter la fameuse Lotion Gowland, importée d’Angleterre ou encore ses premiers parfums sur-mesure. Théâtres, opéras, bals et personnalités du Gotha international sont parfumés par ce nouveau venu dans le monde de la parfumerie, au talent si affirmé. Lord Seymour, arbitre des élégances, se déclare son protecteur attitré. Le succès qui est déjà au rendez-vous le pousse à déménager et il prend boutique en 1840 dans la « chaussée la plus mal pavée de Paris », au numéro 40, que l’on nomme « rue de la Paix ». Visionnaire toujours, c’est en « pleine campagne », à l’ombre de l’Arc de Triomphe, qu’il installe son usine. La consécration arrive en 1853, lorsqu’il obtient le brevet de fournisseur impérial, pour son Eau de Cologne qu’il offre à l’Impératrice Eugénie de Montijo, épouse de l’Empereur Napoléon III. Le flacon aux 69 abeilles est semi- manufacturé,  innovation pour l’époque et hommage à l’Empire. Aujourd’hui, on le commande toujours chez Guerlain.

 Une maison familiale 

arbre_genealogique_guerlain A sa mort en 1864, la gestion de la maison reste familiale puisque ses deux fils Aimé et Gabriel se partagent en fonction de leurs compétences la création et la gestion. Aimé crée « Jicky » en 1889 et Gabriel installe Guerlain aux Champs – Elysées en 1914. Deux pas en avant vers la modernité : l’un qui instaure un art du parfum qui suggère davantage qu’il ne reproduit, en associant les notes de synthèse aux produits naturels. L’autre de s’installer dans cette avenue qui vient d’être inaugurée, avant de devenir la plus belle du monde. De leur père, ils ont retenu la leçon : « Faites de bons produits, ne cédez jamais sur la qualité. Pour le reste ayez des idées simples et appliquez-les scrupuleusement ». Tout l’esprit de Guerlain repose sur cet héritage, qui est le terreau de la marque : l’audace, la qualité et le savoir-faire qui fondent l’expertise, l’esquisse d’une empreinte olfactive matinée d’épices et d’eau de Cologne, une clientèle élégante et cosmopolite, le luxe et l’unicité des compositions qui à défaut de ne plus être seulement sur mesure, restent uniques.

   

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Opéra en plein air : Les Contes d’Hoffmann

operas.jpg A partir de juin 2008, amateurs d’opéra, vous allez pouvoir vous régaler avec « Les Contes d’Hoffmann » de Jacques Offenbach dans une mise en scène de Julie Depardieu et Stephan Druet. Créé en 2001 par Tristan Duval, Opéras en Plein Air, projet artistique autant atypique qu’inédit, a pour vocation depuis huit ans de favoriser un rapport nouveau à l’art lyrique. Chaque saison revisite une grande oeuvre du répertoire lyrique présentée dans un lieu de prestige : les Châteaux de Champ de Bataille et de Vaux Le Vicomte, le Jardin du Sénat, le Domaine de Sceaux jusqu’à Carcassone ou le château d’Haroué en Meurthe et Moselle. Composé sur un livret de Jules Barbier, créé par Offenbach à l’Opéra Comique le 10 février 1881, Les Contes d’Hoffmann relatent les aventures amoureuses d’un jeune étudiant et artiste, pour lequel toutes les femmes ont le visage d’une seule.

J’ai hâte d’y être et de retrouver les costumes de Franck Sorbier, qui avait créé les costumes féériques de La Traviata, mis en scène par Henry-Jean Servat en 2005. Joie aussi de redécouvrir cet opéra original dans sa forme, qui ne présente pas de narration et devrait permettre permet toutes les licences, avec une disstribution de jeunes talents déjà bien confirmés.

« On est grand par l’amour et plus grand par les pleurs » dit la muse à Hoffmann. Ce sujet intemporel doit tenir en 2H15 de spectacle ! un pari qui sera tenu, on est confiant, par l’équipe d’Opéras en plein air et la passion de Julie Depardieu, comédienne au palmarès éblouissant mais qui a la grâce de dire: « Hoffmann, pour moi, c’ est un rêve. » Faisons-le avec elle !

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Opéra en plein air : Les Contes d’Hoffmann

operas.jpg A partir de juin 2008, amateurs d’opéra, vous allez pouvoir vous régaler avec « Les Contes d’Hoffmann » de Jacques Offenbach dans une mise en scène de Julie Depardieu et Stephan Druet. Créé en 2001 par Tristan Duval, Opéras en Plein Air, projet artistique autant atypique qu’inédit, a pour vocation depuis huit ans de favoriser un rapport nouveau à l’art lyrique. Chaque saison revisite une grande oeuvre du répertoire lyrique présentée dans un lieu de prestige : les Châteaux de Champ de Bataille et de Vaux Le Vicomte, le Jardin du Sénat, le Domaine de Sceaux jusqu’à Carcassone ou le château d’Haroué en Meurthe et Moselle. Composé sur un livret de Jules Barbier, créé par Offenbach à l’Opéra Comique le 10 février 1881, Les Contes d’Hoffmann relatent les aventures amoureuses d’un jeune étudiant et artiste, pour lequel toutes les femmes ont le visage d’une seule.

J’ai hâte d’y être et de retrouver les costumes de Franck Sorbier, qui avait créé les costumes féériques de La Traviata, mis en scène par Henry-Jean Servat en 2005. Joie aussi de redécouvrir cet opéra original dans sa forme, qui ne présente pas de narration et devrait permettre permet toutes les licences, avec une disstribution de jeunes talents déjà bien confirmés.

« On est grand par l’amour et plus grand par les pleurs » dit la muse à Hoffmann. Ce sujet intemporel doit tenir en 2H15 de spectacle ! un pari qui sera tenu, on est confiant, par l’équipe d’Opéras en plein air et la passion de Julie Depardieu, comédienne au palmarès éblouissant mais qui a la grâce de dire: « Hoffmann, pour moi, c’ est un rêve. » Faisons-le avec elle !

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Une jeune reine trends-setteuse (Partie 2)

Marie_Antoinette_2 Marie-Antoinette aimait à la folie la mode et les tendances nouvelles. Rose Bertin fut présentée à la Reine en 1774, qui en devint entichée au point que chaque jour la modiste roule sur le pavé de Versailles, encombrée de grosses caisses et de cartons. Elle est admise à toute heure chez la Reine, discute avec elle sans intermédiaire dans sa Méridienne. La Reine écourte, sitôt son Rouge posé, le cérémonial de la Toilette. La Cour est choquée, d’autant que l’étiquette qui interdisait aux marchands d’approcher directement la Reine, n’est pas respectée. Mais la reine a hâte de discuter de plumes, rubans et autres fanfreluches. Rose Bertin impose d’ailleurs son arrogance à toutes les dames de la Cour. Lorsque Rose Bertin rentre dans sa boutique, elle pavane et s’exclame : « Je viens de travailler avec Sa Majesté » se proclamant « Ministre des modes » Sa fertilité d’inventions est incroyable et elle dédaigne travailler avec les bourgeoises ou servir les provinciales en modes nouvelles. Elle enchaîne les créations, saisissant chaque fois l’actualité, comme ce pouf appelé Quès aco Marin, d’après un pamphlet à succès de Beaumarchais et qui avait aussi inspiré la nouvelle coiffure à la mode dite le hérisson. Mais en matière de mode, tout est éphémère, ce fut ensuite le pouf aux sentiments qui rassemblaient des fruits, des fleurs, des légumes, des oiseaux empaillées, des poupées et des bibelots. Le coiffeur Léonard se faisait le complice de ses inventions, excellant dans l’art de poser les poufs de gaze au prix même de tour de force. On dit que la Reine subit aussi la dictature de ce prétentieux coiffeur, qui « travaille du peigne et de l’esprit ».

En matière de mode, tout devait être « à la reine ». La reine de France était l’étoile qu’épiait et admirait le monde élégant de toutes les capitales de Madrid à Saint-Pétersbourg. Ceux qui n’avaient pas le privilège de l’apercevoir, apprenaient comment elle était mise par les comptes rendus du Journal des Dames. On ne pouvait arrêter le cours de la mode. En 1775, la reine se présente devant son royal époux dans une robe dont il s’exclame qu’elle avait « la couleur des puces » Aussitôt on ne parlait plus que d’un habit puce, une veste puce. Même Monsieur frère du Roi avait trouvé une certaine étoffe de teinte cendrée qui avait la couleur des cheveux de la Reine. On fit porter une mèche de cheveux de la Reine aux Gobelins et à Lyon qui adoptèrent cette teinte « cheveux de la Reine » pour leurs soieries, leurs velours jusqu’aux ratines et aux draps !

Partout régnaient les parfums les plus recherchés et l’on en rencontrait que des marquises ambrées, des petits-maîtres chyprés et des abbés musqués. Les moralistes dénonçaient cette débauche de senteurs mais cela ne troublait guère cette société en trompe l’œil qui usait et en abusait au même titre que du fard, de l’onguent et de la poudre. Les trois couleurs du fard : blanc de céruse pour le teint, bleu des veines pour souligner les sang bleu, rouge « en furie » du fard des joues et des lèvres. Ces visages tricolores à la Cour de Versailles sont obtenus par un usage codifié du fard, dont la toxicité abîmait non seulement l’épiderme mais aussi l’ossature du visage : arsenic, mercure entraient dans leur composition ! !

Le fard était un masque qui indiquait votre rang social, permettait d’être vu du roi et dissimulait vos émotions.  Les mouches avaient aussi leur langage. Ces morceaux de taffetas noirs étaient collés sur le visage depuis le XVIIème des hommes et des femmes. Chaque mouche avait sa place sur le visage et son langage pour indiquer à l’autre votre humeur. La Reine renonce peu à peu au fard et à la perruque car ses teintes naturelles sont admirables et elle préfère garder naturel le visage. La Reine adopta tous ces usages de la Cour avec la frénésie d’une enfant inoccupée et abandonnée à elle-même. Elle fut jugée dépensière « comme une femme à la mode, comme une favorite mais non comme une souveraine ». En 1776, le roi avait payé sans broncher sur sa cassette privée les 487.000 livres de dettes qu’elle avait déjà contractées. Le bruit courait aussi que pour imiter la Reine les dames couraient à la ruine, avec des dépenses de modes qui dépassaient celles de la table et celle des équipages. Madame Campan l’explique clairement : « On voulait, à l’instant avoir la même parure, que la Reine, porter ces plumes, ces guirlandes auxquelles sa beauté prêtait un charme infini » ».

En 1775, selon l’Abbé de Véri, une dame de haute naissance qui n’arrivait pas à suivre les modes de MA aurait répondu à la Reine « Madame, il ne suffit pas que nous payions nos robes, il nous faut encore payer les vôtres. » Avec la mode, Marie-Antoinette tente non seulement de tromper son ennui, mais aussi de s’imposer à la Cour. La mode est son royaume et elle va en jouer comme d’une arme pour distinguer les initiées des ignorantes, les riches des pauvres, les jeunes des vieilles. Certaines familles disparurent de la Cour pour ne pas se soumettre à cette dictature de la mode, d’autres vivaient dans l’ angoisse de tenir son rang « à la dernière mode ». La Reine s’affranchit des codes ancestraux de la parure qui renseignent sur la place que vous occupez dans la société. Elle impose son mode de vie, qui lui rappelle son enfance et la mode qu’elle a envie de porter, celle de la jeunesse. La reine aime et protège les artistes et les artisans, les marchands de mode et de parure car comme le disait son frère Joseph II « ceux qui lui procurent le plus de plaisir sont les plus écoutés ».

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Une histoire mondiale du parfum …

livre

Une histoire mondiale du parfum

Collectif sous la direction de Marie-Christine Grasse

A l’occasion de l’ouverture du nouveau Musée International de la Parfumerie à Grasse, son conservateur, Madame Marie-Christine Grasse, relève le défi par un ouvrage collectif d’entraîner le lecteur dans le monde entier, de l’Amérique à l’Orient en passant par l’Europe et au travers du parfum de l’an 7000 avant J.C. jusqu’à nos jours. C’est un voyage épique et raffiné qui nous révèle que le parfum n’est pas un accessoire comme les autres. Quelque soit l’époque ou la culture, l’histoire de la parfumerie illustre la fonction sociale de ce qui ne se résume pas à une simple marchandise et qui constitue l’indéfinissable de la fabrication d’un parfum. En effet, l’esthétique olfactive dépasse les explications historiques ou sociétales par l’acte gratuit de la création d’un parfum. Au travers de ces nombreux textes, on découvre comment le parfum peut avoir une valeur thérapeutique, rituelle, voire même sacrée. On en apprend beaucoup sur toutes les faces cachées du parfum dans cet ouvrage unique en son genre, rythmé par Le parfum de l’Adaman noir, nouvelle policière de Jean-Bernard Pouy construite comme un feuilleton et qui vient mettre un peu de fantaisie dans ce monde scientifique.

 

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La visite de l’exposition au Grand Palais

Jeudi 13 mars 2008, vernissage de l’Exposition consacrée à Marie-Antoinette. La foule est déjà au rendez-vous et il faut même attendre avant d’entrer dans l’exposition. Marie-Antoinette, « super-star » ! Encore ! disent certains. Enfin ! s’exclament d’autres. En tous les cas, deux ans après celle de Bordeaux, cette exposition cerne au plus près le destin d’exception d’une des dernières reines de France. Personnage mythique autant par la dimension émotionnelle d’une personnalité multiple que par sa trajectoire brisée, Marie-Antoinette continue de fasciner. Sa vie commence comme un conte de fées et finit en cauchemar. La mise en scène exceptionnelle de Robert Carsen a cette dimension théâtrale qui nous entraîne dans le vécu de la Reine. On ne se contente pas de voir, on vit, on jubile et même on frémit dans les derniers moments de ce parcours de tragédie.  

Dès l’entrée de l’exposition, Marie-Antoinette encore enfant, nous accueille au sein de sa famille. Elle danse et semble nous inviter à profiter des plaisirs de la vie. Née en 1755, elle n’était pas destinée à régner, mais les hasards de la politique européenne en décideront autrement. Pourtant, à l’observer sur ses portraits d’enfant, elle est déjà très souveraine et semble avoir conscience de sa destinée. Une dignité naturelle qui la caractérise déjà. La petite archiduchesse d’Autriche épouse l’héritier de la couronne de France le 16 mai 1770. La jeune fille a reçu une éducation artistique soignée : elle dessine, joue sur scène, chante et danse. Dans le « cocon » de la famille impériale, son goût s’est formé, suivant l’exemple de sa mère, au milieu des laques orientales, de la porcelaine asiatique et française, des objets montés, des collections de vases de pierres dures que l’on peut admirer.

À Versailles, la dauphine Marie-Antoinette est adulée. On célèbre sa beauté et sa vivacité. Devenue reine, l’intérêt porté à sa personne et à ses goûts s’exacerbe. Attentive aux modes et aux idées nouvelles, soucieuse d’échapper à « l’étiquette », la jeune reine s’invente un cadre de vie raffiné à l’extrême. Elle évolue dans ses choix artistiques, décoratifs et musicaux. Première « mécène » du royaume, elle suscite le développement d’un style qui demeure aujourd’hui associé à son nom. Que de merveilles à admirer !

La scénographie prend alors toute son ampleur et se divise en deux scènes de théâtre, l’une diurne toute en délices champêtres, air frais et chants d’ oiseaux. L’autre nocturne, toute en artifices et faux-semblants comme cette vie que la Reine jouait à Trianon, en oubliant de la vivre dans la réalité de sa fonction.

marie-antoinette-a-cheval-par-brun.jpgPuis, viennent les dernières années de sa vie dans un espace qui se réduit progressivement jusqu’à l’ultime image de Marie-Antoinette, celle fixée par David avant l’échafaud. De ses heures sombres, de cette vie cousue de malheur, naît le mythe de la femme. Il est étonnant de remarquer à quel point et avec quelle modernité, Marie-Antoinette est soucieuse de son image, en joue et s’en sert dans le Royaume comme vecteur de communication. La miniature de François Dumont « Marie-Antoinette et ses enfants au pied d’un arbre » est émouvante par l’intimité de la scène familiale mais se veut aussi un manifeste de la nature vertueuse et bonne de la souveraine. Madame royale, la main soutenue par Marie-Antoinette, s’applique à graver sur le tronc d’arbre les mots : « Soyez à tous leur mère. » Mais aussi, ce jeu à double tranchant se retourne contre elle, au point d’en perdre la maîtrise et de retourner l’opinion contre elle. Un sujet bien d’actualité ! …

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Souhaitons juste qu’en 2008, la Reine retrouve ses « 200.000 amoureux » qui l’avaient accueillie lors de son entrée dans Paris en 1770 ! Et même davantage. En tous les cas, cette exposition partage avec sa royale égérie le sens du raffinement et du goût. Un vrai délice, dont on se délecte !

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Cerise sur le gâteau, à votre sortie de l’exposition, la roulotte de Ladurée vous attend pour vous proposer des petits macarons ! La Reine était certes gourmande et ne les aurait pas reniés, même si les macarons ne se présentaient pas sous cette forme, inventée par le fondateur de la Maison Ladurée au XIXème siècle. Mais peu importe les anachronismes, pourvu que l’on se régale ! Plus de deux cents ans après, Marie-Antoinette continue de faire vendre, comme en témoigne aussi la boutique très bien achalandée de l’exposition !

Cette exposition est coproduite par la Réunion des Musées Nationaux et l’Etablissement public du musée et du domaine de Versailles.

Commissaires
Pierre Arizzoli-Clémentel, Directeur général, Etablissement public du musée et du domaine de Versailles
Xavier Salmon, adjoint au chef de l’Inspection générale des musées de France, Paris

Scénographie
Robert Carsen

Informations pratiques

Ouverture
Tous les jours, sauf le mardi.
Horaires
De 10 h à 22 h, jusqu’à 20 h le jeudi (fermeture des caisses : 45 mn avant).
Adresse
Galeries nationales du Grand-Palais
3, avenue du Général Eisenhower
75008 Paris
Accès
Métro Franklin-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau

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