Une jeune reine trends-setteuse (Partie 2)

Marie_Antoinette_2 Marie-Antoinette aimait à la folie la mode et les tendances nouvelles. Rose Bertin fut présentée à la Reine en 1774, qui en devint entichée au point que chaque jour la modiste roule sur le pavé de Versailles, encombrée de grosses caisses et de cartons. Elle est admise à toute heure chez la Reine, discute avec elle sans intermédiaire dans sa Méridienne. La Reine écourte, sitôt son Rouge posé, le cérémonial de la Toilette. La Cour est choquée, d’autant que l’étiquette qui interdisait aux marchands d’approcher directement la Reine, n’est pas respectée. Mais la reine a hâte de discuter de plumes, rubans et autres fanfreluches. Rose Bertin impose d’ailleurs son arrogance à toutes les dames de la Cour. Lorsque Rose Bertin rentre dans sa boutique, elle pavane et s’exclame : « Je viens de travailler avec Sa Majesté » se proclamant « Ministre des modes » Sa fertilité d’inventions est incroyable et elle dédaigne travailler avec les bourgeoises ou servir les provinciales en modes nouvelles. Elle enchaîne les créations, saisissant chaque fois l’actualité, comme ce pouf appelé Quès aco Marin, d’après un pamphlet à succès de Beaumarchais et qui avait aussi inspiré la nouvelle coiffure à la mode dite le hérisson. Mais en matière de mode, tout est éphémère, ce fut ensuite le pouf aux sentiments qui rassemblaient des fruits, des fleurs, des légumes, des oiseaux empaillées, des poupées et des bibelots. Le coiffeur Léonard se faisait le complice de ses inventions, excellant dans l’art de poser les poufs de gaze au prix même de tour de force. On dit que la Reine subit aussi la dictature de ce prétentieux coiffeur, qui « travaille du peigne et de l’esprit ».

En matière de mode, tout devait être « à la reine ». La reine de France était l’étoile qu’épiait et admirait le monde élégant de toutes les capitales de Madrid à Saint-Pétersbourg. Ceux qui n’avaient pas le privilège de l’apercevoir, apprenaient comment elle était mise par les comptes rendus du Journal des Dames. On ne pouvait arrêter le cours de la mode. En 1775, la reine se présente devant son royal époux dans une robe dont il s’exclame qu’elle avait « la couleur des puces » Aussitôt on ne parlait plus que d’un habit puce, une veste puce. Même Monsieur frère du Roi avait trouvé une certaine étoffe de teinte cendrée qui avait la couleur des cheveux de la Reine. On fit porter une mèche de cheveux de la Reine aux Gobelins et à Lyon qui adoptèrent cette teinte « cheveux de la Reine » pour leurs soieries, leurs velours jusqu’aux ratines et aux draps !

Partout régnaient les parfums les plus recherchés et l’on en rencontrait que des marquises ambrées, des petits-maîtres chyprés et des abbés musqués. Les moralistes dénonçaient cette débauche de senteurs mais cela ne troublait guère cette société en trompe l’œil qui usait et en abusait au même titre que du fard, de l’onguent et de la poudre. Les trois couleurs du fard : blanc de céruse pour le teint, bleu des veines pour souligner les sang bleu, rouge « en furie » du fard des joues et des lèvres. Ces visages tricolores à la Cour de Versailles sont obtenus par un usage codifié du fard, dont la toxicité abîmait non seulement l’épiderme mais aussi l’ossature du visage : arsenic, mercure entraient dans leur composition ! !

Le fard était un masque qui indiquait votre rang social, permettait d’être vu du roi et dissimulait vos émotions.  Les mouches avaient aussi leur langage. Ces morceaux de taffetas noirs étaient collés sur le visage depuis le XVIIème des hommes et des femmes. Chaque mouche avait sa place sur le visage et son langage pour indiquer à l’autre votre humeur. La Reine renonce peu à peu au fard et à la perruque car ses teintes naturelles sont admirables et elle préfère garder naturel le visage. La Reine adopta tous ces usages de la Cour avec la frénésie d’une enfant inoccupée et abandonnée à elle-même. Elle fut jugée dépensière « comme une femme à la mode, comme une favorite mais non comme une souveraine ». En 1776, le roi avait payé sans broncher sur sa cassette privée les 487.000 livres de dettes qu’elle avait déjà contractées. Le bruit courait aussi que pour imiter la Reine les dames couraient à la ruine, avec des dépenses de modes qui dépassaient celles de la table et celle des équipages. Madame Campan l’explique clairement : « On voulait, à l’instant avoir la même parure, que la Reine, porter ces plumes, ces guirlandes auxquelles sa beauté prêtait un charme infini » ».

En 1775, selon l’Abbé de Véri, une dame de haute naissance qui n’arrivait pas à suivre les modes de MA aurait répondu à la Reine « Madame, il ne suffit pas que nous payions nos robes, il nous faut encore payer les vôtres. » Avec la mode, Marie-Antoinette tente non seulement de tromper son ennui, mais aussi de s’imposer à la Cour. La mode est son royaume et elle va en jouer comme d’une arme pour distinguer les initiées des ignorantes, les riches des pauvres, les jeunes des vieilles. Certaines familles disparurent de la Cour pour ne pas se soumettre à cette dictature de la mode, d’autres vivaient dans l’ angoisse de tenir son rang « à la dernière mode ». La Reine s’affranchit des codes ancestraux de la parure qui renseignent sur la place que vous occupez dans la société. Elle impose son mode de vie, qui lui rappelle son enfance et la mode qu’elle a envie de porter, celle de la jeunesse. La reine aime et protège les artistes et les artisans, les marchands de mode et de parure car comme le disait son frère Joseph II « ceux qui lui procurent le plus de plaisir sont les plus écoutés ».

Advertisements

Poster un commentaire

Classé dans Notes de fond

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s