Julien Lévy est un communicant. Il a toujours une technologie d’avance pour partager sa passion du parfum avec les autres. Discret et attentif, il est précis et incisif dans le traité de l’information. Ouvert aux autres, Julien vous écoute surtout et il capte tout ce qui est nouveau autour de lui. Ensuite, il exprime les idées qu’il a retenues. Et là, ça pétille ! Les projets ne font pas que voler, ils se concrétisent. De formation Graphique et des métiers du livre (école Estienne) il suit un cursus universitaire et se passionne très tôt par le phénomène internet. Entrepreneur dans l’âme, il crée à 21 ans seulement une agence de design de sites web en 1998. Mais quand on l’appelle deux ans plus tard pour monter un projet nouveau sur le parfum, sans hésiter ou presque, il cède sa société pour rejoindre osMoz. Le parfum fait en effet partie de sa vie et comme il se questionnait sur l’ indéfinissable du parfum, il a voulu en percer tous les mystères. Ses deux passions principales étaient ainsi réunies. A la suite d’un travail titanesque, osMoz.fr ouvre en 2001. Incontournable dans le secteur, il est le premier site thématique dédié au parfum : Actus tendances, 500 lancements traités par an, une encyclopédie du parfum, des forums et une communauté pour partager l’amour du parfum. Derrière Julien, se trouve une équipe formidable et très réactive, qui permet à Osmoz d’être toujours au top. Parce que vous avez certainement déjà visité au moins une fois Osmoz, j’ai souhaité vous faire connaître la personnalité, qui se cache derrière cette formidable entreprise et dont le silence tout comme la parole sont d’or. Rien n’échappe à Julien Lévy : il voit et sent tout – dont quelques parfums fétiches -; lit et entend tout – particulièrement de la musique baroque sur l’un de ses archi-saturés Ipod. Il a aussi pris le temps de répondre au questionnaire de Proust et je l’en remercie !
1. Le principal trait de votre caractère ?
La détermination
2. Votre rêve de bonheur ?
Celui de mes enfants
3. La musique qui vous transporte ?
Celle que je transporte : les claviers bien tempérés de Bach par Keith Jarret, les nocturnes de Chopin, tous les albums de Jack Johnson et la Surf Musique en général
4. Votre couleur préférée ?
Le bleu dans toutes ses nuances
5. Vos héros ou héroïnes dans l’histoire ?
Ernest Shackleton et les explorateurs en général
6. Vos héros ou héroïnes dans la fiction ?
Jack Sparrow (Johnny Depp dans Pirates de Caraïbes) !
7. Vos héros ou héroïnes dans la vie réelle ?
Paul Smith, Keith Richards, Steve Jobs et Jack Johnson
8. Le lieu qui vous ressemble ?
Là où j’habite
9. Un accessoire qui parle de vous et dont vous ne vous séparez pas ?
mon iPhone
10. Un livre que vous ne quittez pas ?
Les Miscellanées de Mr Schott ! J’adore ce recueil, une accumulation surréaliste de listes dans un livre objet magnifiquement fabriqué. J’ai lu près de vingt fois American Psycho de Bret Easton Ellis qui a eu une vraie influence sur ma vie, bien que je ne sois jamais devenu tueur en série.
11. Votre peintre préféré ?
Ma fille de 4 ans
12. Le plus délicieux moment de la journée ?
Le retour à la maison, pas trop tard
13. Votre repas idéal ?
Celui du samedi midi avec ma femme et mes enfants, quel qu’en soit le menu !
14. Votre boisson favorite ?
Le Saint-Julien
15. Avez-vous un parfum fétiche ?
Vétiver de Guerlain
16. Votre première rencontre avec un parfum ?
Premier choc olfactif : l’odeur du patchouli sur une amie de mes parents, je devais avoir deux ans. Première rencontre avec un parfum féminin, Anaïs Anaïs, je suis tombé amoureux de toutes les filles qui le portaient… Mon premier parfum : 1881, vers 15 ans.
17. Jean Patou disait: « Ne faites rien de laid, on pourrait vous l’acheter », qu’est-ce que vous en pensez?
Le bon goût est extrêmement mal réparti
18. Votre devise ?
Just do it.
19. Etat présent de votre esprit ?
Vagabond.
El Attarine est un parfum très solaire de fleurs qui se mêlent au miel et aux épices pour donner de "l’or, du soleil en topaze, immortelles et sèves". L’attarin nomme dans les pays arabes l’odoriférant, tout ce qui peut renfermer l"atar" : le parfum, le coeur, la saveur, l’essence. Un mot très important dans une culture, où le beau se respire et que respirer donne la vie. Celle d’ un "captif amoureux, captivé". "El Attarine" est aussi le nom de l’une des plus belles écoles coraniques du monde à Fès. Sa beauté égale celle des palais et des mosquées, dont Serge Lutens a voulu cueillir les fruits de l’émotion pour "cet accord né d’un désaccord à la première personne, ouvert sur l’imagination".
Serge Noire est un oriental gris dédié aux "belles éthérées" à la peau blanche habillée de Serge Noire. Ce parfum, à l’esthétique ascétique, se dessine comme une estampe japonaise. La femme Lutens, en contrastes épurés, affirme à nouveau sa longue silhouette habillée et gantée de noir. Une femme mystérieuse et fantasmagorique. D’ailleurs, Serge Lutens avoue que toute création est pour lui féminine, car elle contient la femme et que son fantôme l’habite depuis toujours. Cette femme est comme ce parfum, "sans lieu, sans temps, ni d’ici ni d’ailleurs" mais caresse nos rêves et imprime notre pensée. Serge Noire vole en fumée d’encens comme le phénix, "cet oiseau mythologique brûlant au zénith de sa splendeur dans un éclat final" et qui renaît de ses cendres. Mystique et énigmatique, Serge Noire est une cérémonie structurée, dont le rituel se dessine précisément comme le trait du crayon. Serge Lutens a voulu aussi retrouver le tombé droit et net du tissu, la serge, avec lequel était confectionnée la soutane des prêtres. Noir, qui n’est pas une couleur ni un choix pour Serge Lutens mais une protection, une réforme. Une révolte aussi qui monte en lui pour se transfigurer en une création, qui se fait dans la résistance. Il y a du "per fumum" dans Serge Noire, du sacré, du pur, du grand. Il se respire dans la méditation et donne sa vérité à ceux qui le portent.![Newsletter2[1]](http://elisadefeydeau.files.wordpress.com/2008/06/newsletter211.jpg?w=543&h=768)
Mona Di Orio pose de la poésie dans ses parfums. Du parfum, elle en a même fait une philosophie, pleine de sensualité et d’harmonie. Elle veut créer des histoires et de la mémoire. Sincère et entière dans ses propos, elle pense que le parfum doit d’abord surprendre avant de toucher le coeur et l’âme. Cette passion pour l’art du parfum, Mona Di Orio l’a développée et fait grandir auprès d’Edmond Roudniska, célèbre créateur de grands classiques de la parfumerie tels que : Femme de Rochas (1944), Diorisimo (1956), Eau Sauvage (1966) de Christian Dior ou encore L’Eau d’Hermès (1951). Avec lui, elle a appris l’amour des belles matières premières et des créations, qui oublient le temps et l’espace. Depuis, elle taille et façonne son parfum, à la manière du "cousu main" de l’artisan, du façonnier qui fait naître un objet en pensant à la personne qui l’a commandé. Mais son âme de poète ne s’arrête pas à la parfumerie. De ses études passées à étudier la science du langage, elle en a gardé la passion des mots, avec lesquels elle tisse des histoires profondes. Le vin, plaisir de Bacchus, lui a livré ses secrets et pour lui rendre hommage, elle a voulu que ses flacons soient coiffés d’un bouchon de Champagne de la Maison Jacquesson, le préféré de Napoléon Ier.
Amyitis, son dernier parfum, est une ode aux jardins de Babylone, mystérieux autant que célèbres, qui furent créés en l’honneur de la Reine Amyitis. Exilée loin de son royaume, elle se languissait de son pays aux verdoyantes collines. Mona nous invite à une promenade des sens au travers d’un jardin sybillin. Verdeur piquante de l’envolée, noble iris aux accents poudrés et boisés, profondeur des mousses, des résines et de l’ambre confèrent à ce parfum un sentiment d’éternité. Une chose est sûre : Mona a l’âme vagabonde et elle sait vous entraîner sur son tapis volant, dans un ailleurs parfumé. Sa personnalité éclectique d’ artiste lui donne un parcours atypique teinté d’élégance, que j’ai plaisir à vous présenter.
Un petit peu de temps suspendu, pour l’écouter se présenter avec douceur et pertinence.
C’est bien pour cela que Ma Dame n’a rien d’une dadame. Elle est une garçonne des temps modernes, une "fille au masculin", comme dans la chanson "3ème sexe" d’Indochine. Elle bouscule les codes établis avec impertinence et elle est incarnée par la top anglaise Agyness Deyn, ovni rock des podiums et l’un des mannequins fétiches de Jean-Paul Gaultier. Jean-Baptiste Mondino la met en scène, jouant la métamorphose avec assurance et irrévérence. Echo à la liberté de penser du couturier, sur la joue duquel en un éclair de tendresse, elle pose un baiser grenadine pour électriser le noir et le blanc.
Ses couleurs sont donc le rose électrique, le noir mat et le blanc laqué : un tag ludique et jubilatoire. Son packaging se déchire comme une fermeture-éclair et son flacon solide comme un bloc de verre aux angles vifs, révèle en douceur son galbe parfait. Lors de la soirée du lancement, on découvrait le parfum sur un pompon rose, pour mieux apprécier la douceur malicieuse de ce floral frais et moelleux. Orange acidulée, rose fraîche et fondante, grenadine et musc en overdose, cèdre pour donner de la tenue et un brin d’androgynie. Un parfum, signé par Francis Kurkdjian, qui fait pshitt, et pourrait devenir un hit chez les jeunes ! De la gourmandise, de l’humour et du glamour pour "cette muse qui m’amuse" nous dit Jean-Paul Gaultier et on le croit bien volontiers !
Après Un Jardin en Méditerranée, visite d’un jardin secret, Un Jardin sur le Nil, promenade sur les rives du fleuve, Un Jardin après la Mousson propose l’expérience d’un temps singulier où la nature renaît. Fermez les yeux, vous êtes en Inde, juste après la mousson qui a chassé le souffle brûlant de la sécheresse. Le bleu limpide nimbe le ciel. La lumière est blanche. La nature gorgée d’eau respire à nouveau et nous livre ses odeurs. Sentez comme elles sont vives, claires, vertes, mouillées. Jean-Claude Ellena nous invite à un voyage poétique à la découverte d’une Inde inattendue, bien loin des habituelles senteurs opulentes et capiteuses. Une histoire vécue que je vous invite à découvrir :
Si vous voulez vivre à l’anglaise sans traverser la Manche ou adopter la nationalité britannique, c’est possible et savoureux grâce à Regent’s Park. Cette marque est distribuée en France et en grande distribution par la Société Fresh Food Village. Parce qu’ils voulaient percer le secret du pain de mie anglais, toujours moelleux et frais, que Jean-Marc Krief et Antoine Weil eurent l’idée de mettre en place un véritable snaking à l’anglaise, à la portée de tous. Un vrai bonheur !
Pour des brunchs plus anglais que Sa Très Gracieuse Majesté, il suffit de vous procurer les produits de la marque Regent’s Park : des muffins bien blonds, du lemon curd, des "rolling scones", des crumpets et des pancakes. Sans oublier le véritable et vénérable Tea Time, dont la carte couvre le Breakfast, le five 0′clock et l’After-eight !!
J’ avoue détester en général la présentation en sachets, mais ceux de Regent’s Park sont généreux en thé et d’une saveur très agréable. Leur sélection est faite en provenance des jardins de Ceylan , à l’arôme délicat et des hauts plateaux de la Vallée du Rift au Kenya, à l’arôme rafraîchissant.
Le Earl Grey est délicatement parfumée à l’huile essentielle de bergamote. En bouche, c’est un vrai plaisir. Les packaging sont aussi des concentrés d’humour britannique : photos des clichés que l’on a tous en tête lorsque l’on évoque l’Angleterre, petites histoires gourmandes racontées au dos du paquet et conseil amical pour préparer le thé dans les règles de l’art. Mais surtout, ne manquez pas de visiter le site de la marque pour en apprécier la fantaisie, l’originalité et apprendre tout sur l’art de vivre anglais. Bref, un large sourire que je voulais partager avec vous : des narines aux papilles, il suffisait de faire un pas !
Le joli mois de Mai s’en est allé et avec lui le cortège des souvenirs. Sous les pavés la plage et les jeunes dans la rue ! Un idéal qui fait rêver encore notre jeunesse en plein fantasme de cette époque, où il était interdit d’interdire. Les parfums de Révolution sont pour certains toujours là : Eau Sauvage (1966) avait annoncé la tendance des eaux fraîches et de la mixité…. involontaire mais aussi Miss Balmain (1968), Calandre de Paco Rabane(1969), Chamade de Guerlain (1969), Chanel N°19 (1970) ou Rive-Gauche d’Yves Saint-Laurent (1971) sans oublier Charlie de Revlon (1973), premier parfum "sociostyle" américain mettant en scène une working girl délurée et affirmée ! Sur ce phénomène autant sociétal qu’olfactif, j’ai eu l’occasion d’être interviewée pour le Figaro Madame "Parfums de Révolution" par Marion Louis (édition du 17 mai 2008
En 1930, Mademoiselle Chanel en rêvait déjà de ce parfum de bois authentique et noble. Elle créa un parfum à épaules tombantes et petite tête ronde, abrité d’un étui de bois clair et elle lui donna le nom de Sycomore. Un arbre légendaire, altier et séculaire. Son parfum vécut moins que l’arbre qui l’inspira. Mais comme Chanel met le temps en bouteille, son histoire restait à réécrire avec des mots neufs, dont Jacques Polge, gardien vigilant du patrimoine olfactif, a le secret. La mémoire épouse l’imagination et c’est bien le mystère de Chanel.
Les Exclusifs de Chanel racontent cette créativité qui fut celle de Gabrielle Chanel et du parfumeur Ernest Beaux. Cet onzième opus de la collection dessine un tronc sec et majestueux, puissant et poussant ses racines dans la terre. La ligne d’un beau bois, que ne découragent ni l’aridité du sol ni les tempêtes du vent. Une force hiératique à l’image de Gabrielle Chanel, tenace dans sa conviction de démoder ce qui ne lui convenait pas. Comme elle fit naître la féminité la plus absolue parce que troublante du masculin, Jacques Polge travailla le luxe dans la simplicité androgyne. Il dit : "Je n’ai pas cherché à faire un parfum ni à composer. Juste à travailler une note boisée. J’avais envie de quelque chose sans nuance; enfin sans autres nuances que celles qu’apportent les essences." Le vétiver est donc au coeur de ce travail et apporte une vibration racée. On la sent sortir de terre, livrer sa complexité olfactive, irradier de tout son feu. Son parfum terreux, fumé et balsamique enveloppe la peau d’une chaleur subtile. Une sécheresse aristocratique qui se ressent dans la simplicité absolue de sa ligne. Juste une pointe de santal pour en ajouter au mystère sacré. un faufilage épicé de cyprès, de genièvre et de baies roses vous chatouille le nez délicatement, sans enlever la vigueur initiale. C’est magique, troublant et sublime. Un très bel exercice de style qui est plus qu’un parfum, un véritable enchantement d’une noblesse absolue.